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Afrique : la méningite A en passe d’être éradiquée

22/02/2016
21:27

A la conférence d’Addis-Abeba, des responsables africains planifient la transition vers des programmes de vaccination infantile pour prévenir la résurgence d’épidémies meurtrières. Lisez plutôt le communiqué de presse ci-dessous.

 Des experts mondiaux de la vaccination et des responsables des 26 pays africains de la « ceinture de la méningite » se sont réunis à Addis-Abeba, Éthiopie, pour célébrer l’une des plus grandes victoires de santé publique : l’introduction du vaccin MenAfriVac®, conçu, développé et produit pour l’Afrique. Après cinq années de vaccination dans les pays de la ceinture de la méningite, le MenAfriVac® a quasiment éradiqué les maladies à méningocoque du sérogroupe A et il est dorénavant intégré aux programmes nationaux de vaccination systématique.

 
À la Conférence de clôture du Projet Vaccins Méningite (PVM), des scientifiques ont annoncé que le nombre de maladies infectieuses mortelles avait considérablement chuté, passant de plus de 250 000 lors de l’épidémie de 1996, à 80 cas confirmés en 2015 dans les pays qui n’avaient pas encore mené des campagnes de vaccination massives et parmi les personnes non vaccinées.
 
Ils ont également annoncé que huit pays ont demandé des financements pour commencer à intégrer ce vaccin salvateur à leurs programmes nationaux de vaccination contre les maladies infantiles.
 
« Notre franc succès contre la méningite A n’est en aucun cas permanent », a prévenu le docteur Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique. « Pour maintenir le niveau de protection actuel contre cette maladie, tous les pays à risque doivent achever leurs campagnes de vaccination et intégrer le vaccin à leurs programmes de vaccination systématique contre les maladies infantiles ».
 
La Conférence de clôture du PVM, organisée par l’OMS et l’organisation non gouvernementale PATH, s’est tenue peu avant la Conférence ministérielle africaine sur la vaccination. Répondant à l’appel des ministres africains de la Santé après l’une des pires épidémies de méningite jamais connue, l’OMS et PATH ont fondé en 2001 le PVM, qui a dirigé pendant plus de quatorze ans le développement, l’homologation et l’introduction d’un nouveau vaccin contre la méningite A.
 
En 2008, Gavi, l’Alliance du Vaccin a soutenu la vaccination des populations à risque (âgées de 1-29 ans) dans les 26 pays de la ceinture de la méningite à travers des campagnes préventives. Depuis la première campagne, Gavi a alloué 367 millions $EU à des programmes de financement des campagnes de vaccination et des réserves d’urgence.
 
Dorénavant, ce projet pionnier a pris fin, et le PVM et d’autres partenaires collaborent avec des responsables africains de la santé pour organiser soigneusement les prochaines étapes du déploiement permanent de MenAfriVac®. Selon un modèle mathématique, les pays risquent de connaître de nouvelles épidémies d’ici quinze ans si aucun programme de vaccination n’est mis en place après ces campagnes ponctuelles.
 
Pour assurer une protection permanente aux futures générations, Gavi offre dorénavant un soutien financier aux pays qui souhaitent intégrer le vaccin à leurs programmes de vaccination systématique.
 
« Nous avons remporté une victoire historique avec MenAfriVac® : créer un vaccin abordable, efficace et sur mesure pour l’Afrique », s’est félicité Steve Davis, président et PDG de PATH. « Grâce à une nouvelle avancée majeure, le vaccin ne nécessite plus de réfrigération constante, et c’est le premier dont l’OMS autorise l’utilisation à température ambiante, jusqu’à 40 °C (104 °F) et quatre jours. »
 
Introduction du vaccin dans les pays de la ceinture de la méningite
Le vaccin a été introduit pour la première fois fin 2010 au Burkina Faso. Depuis, l’OMS a signalé que 16 des 26 pays de la ceinture de la méningite (qui s’étend du Sénégal à l’Éthiopie) ont mené leurs premières campagnes de vaccination massive. Ainsi, plus de 235 millions d’enfants et de jeunes adultes (de 1 à 29 ans) ont été immunisés, et la méningite a disparu de ces zones.
 
« Le déploiement du vaccin contre la méningite A a été une très belle réussite en Afrique subsaharienne », a déclaré Manuel Fontaine, directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. « À l’UNICEF, nous continuerons à travailler avec les autorités nationales, les professionnels de santé et les chefs traditionnels et religieux afin que les vaccins restent bien acceptés et couvrent toutes les communautés de la ceinture de la méningite. »
 
Parmi les 10 pays qui doivent encore mener des campagnes complètes, cinq sont prêts à le faire en 2016, soit à l’échelle nationale (République centrafricaine, Guinée-Bissau et Soudan du Sud) ou dans des zones à haut risque (République démocratique du Congo et Ouganda). Les cinq pays restants devraient mener des campagnes de vaccination massive dans des zones à haut risque en 2016-2017 (Burundi, Érythrée, Kenya, Rwanda et Tanzanie).
 
« Depuis des générations, la méningite A est un fléau dans toute la ceinture africaine de la méningite, mais aujourd’hui nous pouvons nous féliciter qu’un vaccin sûr et efficace sauve des millions de personnes de la mort et de l’infirmité », a expliqué le docteur Seth Berkley, PDG de Gavi, l’Alliance du Vaccin. « Toutefois, il faut rester prudents. Les pays à risque doivent absolument commencer à intégrer ce vaccin dans leurs programmes de vaccination systématique et s’assurer que tous les enfants sont couverts et protégés. »
 
Huit pays ont déjà demandé un financement pour inclure le MenAfriVac® dans leurs programmes nationaux de vaccination systématique contre les maladies infantiles en 2016 (Burkina Faso, République centrafricaine, Tchad, Ghana, Mali, Niger, Nigeria et Soudan).
 
Les 18 pays restants de la ceinture de la méningite devraient eux aussi demander des fonds dans les deux prochaines années, éventuellement selon le calendrier suivant : en 2016, Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, République islamique de Gambie, Guinée, Sénégal et Togo ; en 2016-2017, Burundi, Érythrée, Kenya, Rwanda et Tanzanie (ces cinq pays pourraient soumettre des demandes conjointes pour les campagnes et les vaccinations systématiques) ; en 2017, République démocratique du Congo, Éthiopie, Guinée-Bissau, Mauritanie, Soudan du Sud et Ouganda.
 
Dans le dernier appel d’offres de l’UNICEF, le coût du vaccin pour les programmes de vaccination contre les maladies infantiles s’élève désormais à 0,50 $EU par dose.
 
« Le Projet Vaccins Méningite est l’un des plus grands succès de santé publique », s’est réjoui le docteur Chris Elias, président du Programme mondial de développement de la Fondation Bill & Melinda Gates, principal bailleur du projet. « Le succès du PVM démontre le potentiel des partenariats public-privé dans le développement des vaccins qui, une fois introduits, peuvent avoir un impact majeur dans la résolution des problèmes de santé publique. »
 
À propos de la méningite A et du MenAfriVac®
Depuis un siècle, les épidémies de méningite à méningocoque A, infection bactérienne de la fine membrane recouvrant le cerveau et la moelle épinière, ont fait des ravages dans 26 pays d’Afrique subsaharienne, tuant et handicapant des jeunes chaque année. Cette maladie très redoutée sur le continent peut en quelques heures tuer ou provoquer de graves lésions cérébrales. Les épidémies se déclarent généralement en début d'année, lorsque des sables secs du Sahara sont emportés vers le sud.
 
Avant 2010, les épidémies étaient plus fréquentes et plus répandues en Afrique, et constituaient un lourd fardeau pour les individus, les familles et les systèmes de santé des pays de la ceinture de la méningite.
 
Fabriqué par le Serum Institute of India, le MenAfriVac® constitue un progrès par rapport aux anciens vaccins polysaccharides, lesquels ne pouvaient être utilisés qu’après le début des épidémies, ne protégeaient pas les enfants et les nourrissons et ne fournissaient qu’une protection à court terme. MenAfriVac® présente aussi l’avantage de renforcer les réponses immunitaires contre le tétanos, une maladie bactérienne douloureuse pouvant entraîner des contractions musculaires involontaires et des spasmes violents au point d’entraîner des fractures des os, voire la mort. Selon une étude récente, les cas de tétanos néonatal ont chuté de 25 % dans les pays qui ont vacciné contre la méningite A les individus âgés de 1 à 29 ans.
 
Cibler d’autres souches de méningite 
Outre le maintien du niveau de protection contre la méningite A, les experts de santé publique présents à la Conférence de clôture de PVM ont décidé de s’attaquer à d’autres souches de méningites à méningocoque tels que les sérogroupes W, X et C, qui entraînent eux aussi des épidémies dans les pays de la ceinture de la méningite
 
En juillet 2015,
 l’OMS a tiré la sonnette d’alarme face aux réserves insuffisantes de vaccins – anciens vaccins polysaccharides – alors que la menace d’épidémies causées par les sérogroupes W et C semblait plus pressante. Au début de l’année 2015, la méningite C avait été reconnue comme la cause principale de l’épidémie de méningite au Niger et au Nigeria.
 
Avant l’introduction du MenAfriVac® en 2010, la méningite A était la principale cause d’épidémies dans la ceinture de la méningite. Toutefois, selon les chercheurs, la méningite W a été détectée plus fréquemment entre 2010 et 2013, les cas de méningite C ont augmenté en nombre et géographiquement, avec une expansion rapide entre 2013 et 2015, et la présence de la méningite X se confirme toujours.
 
« Pour débarrasser totalement le monde des épidémies de méningite, nous devons nous attaquer à toutes les souches principales à travers un seul vaccin de santé publique », a conclu Adar Poonawalla, PDG et directeur exécutif du Serum Institute of India. « Nous collaborons avec PATH sur un vaccin pentavalent contre la méningite – contre les cinq souches de méningite, A, C, W, X et Y – et nous commencerons les tests cliniques cette année. »
 

Communiqué de presse,  ADDIS-ABEBA, 22 février 2016

 



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