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"On s’en fout des textes"

02/11/2016
22:14

La discipline fait la force des armées, a-t-on coutume d'entendre chez les bidasses. On clame souvent également à qui veut l'entendre cette formule magique qui dit que "l'armée n'est pas l'armoire". Le tout pour insinuer la vertu et le principe disciplinaire et hiérarchique qui règnent dans l'environnement des Forces de défense et de sécurité (FDS). L'ordre, la discipline et la loyauté sont des marques de sagesse qui fondent la noblesse des hommes de tenue. Le père de la Révolution d'août 83, le capitaine Thomas Sankara, ne se lassait de rappeler qu' "un militaire sans formation patriotique, idéologique est un criminel en puissance". Ce qui s'illustre à travers le principe très disciplinaire qui définit chaque maillon des FDS. Et par discipline, on entend le respect strict des textes et lois réglementaires. De telle sorte que tous les corps armés font le serment de servir avec loyauté, abnégation et dévouement leur pays. On parle alors d'armée républicaine. Toute chose qui amène à constater que la plupart des devises dans ces milieux expriment directement ce que le corps lui-même possède comme valeurs intrinsèques, comme missions, comme "ligne éditoriale". A la Police nationale, on lira sur les armoiries de recherches, "Discipline, travail, loyauté" tandis que la gendarmerie couronne ses macarons avec : "Pour la patrie, la loi et l'honneur", etc. Chaque entité cherche à incarner une certaine pensée qui guide ses actions. Et les différents responsables de chaque département veillent, sauf indication contraire, à ce que les missions assignées à son unité soient respectées à la lettre. On parle alors de la chaîne de commandement. Mais ces devises sont-elles toujours des références? Pas si sûr. Lors du premier jour de grève du Syndicat autonome  des travailleurs de l'information et de la culture (SYNATIC), le directeur général de la Police nationale, le contrôleur général de police, Lazare Tarpaga, se serait rendu sur le piquet de grève devant la télévision nationale et aurait instruit les éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) et de la Brigade anti-criminalité (BAC) de "nettoyer les lieux" dans cinq minutes. Pire, devant les journalistes dont certains avaient les enregistreurs allumés, le DGPN martèle : "on s'en fout des textes". Pour bien de confrères, c'était la première fois qu'un haut gradé d'un corps militaire ou paramilitaire s'exprimait de la sorte. Malgré l'ordre et la discipline apparents qui régnaient au piquet de grève, le contrôleur général de police a ordonné à ses hommes un MO (maintien de l'ordre).  Mais qu'est-ce qui peut bien justifier la colère du directeur général de notre police pour qu'il foule aux pieds les conventions et textes, notamment l'article 87 de l'Organisation internationale du travail (OIT) qui stipule que le lieu de travail du travailleur en grève pacifique peut lui servir de piquet. Certes, dans l'histoire de ce pays, il fut un moment où on ne savait pas qui respecte les textes et qui ne le fait pas. Et cela, c'était sous le putsch manqué. Mais depuis le retour à une vie constitutionnelle normale, c'est la première fois qu'un haut gradé déclare son mépris de la loi. Où est donc passé le glaive blanc de la police? Ces propos sont porteurs de message et interpellent les organisations de la société à rester vigilantes car les pratiques d’antan peuvent refaire surface si on n’y prend garde. A un moment où les grèves sont légion, il ne sera pas une surprise pour personne d'assister à une répression de la part des forces de sécurité. Mais nous demeurons convaincus que de toutes les manifestations qui se succèdent, aucune ne s'est encore présentée sous la forme violente. De ce fait, la loi du dialogue doit toujours prévaloir entre les tenants du pouvoir politique, les responsables de la sécurité nationale et les unités syndicales. C'est dans cet élan patriotique et responsable que les populations pourront collaborer longtemps avec les hommes en armes dans le cadre de leurs missions régaliennes. 


Wanlé Gérard COULIBALY  





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