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Chronique : Si je n’avais qu’une médaille…

08/12/2016
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Si je n’avais qu’une médailles en poche, je la décernerais à l’enseignant qui traverse la boue des marres pour aller planter la graine du savoir entre les épines du désert. Parce qu’enseigner, c’est se saigner sans renoncer à faire avancer le dernier vers le premier. Enseigner, c’est s’adonner pour mieux donner à ceux qu’on a abandonnés sous une paillote, à même le sol. 

Enseigner, c’est s’oublier au présent pour faire advenir à l’avenir, le devenir de tous ces enfants qui marchent pieds nus vers l’horizon incertain. J’ai vu des enseignants patauger dans la poussière des tableaux noirs sans reconnaissance. On n’enseigne pas pour devenir millionnaire, on est rarement à l’honneur. J’ai vu des enseignants croupir dans des taudis sans lampe tempête et se battre contre les ténèbres pour que la lumière soit. J’ai vu des enseignants battus par leurs propres élèves et pourchassés comme des rats jusqu’à leur dernier retranchement. J’ai vu des enseignants donner le cours la queue entre les jambes, de peur d’être froissés par le loubard barbu qui trône au fond de la classe. J’ai même vu des enseignants baisser la tête sous le poids du complexe, parce que mal logés, mal nourris et mal habillés. Oui, je décernerais ma médaille à l’enseignant qui exerce sans motivation, par vocation. Oui, je la décernerais à l’enseignant consciencieux qui se bat à main nue et sans abri, loin des regards et de tout égard. 
Si je n’avais qu’une médaille en poche, je la clouerais à la poitrine du soldat qui veille les poings fermés pendant que nous dormons en ronflant. Je la donnerais à l’agent et au volontaire adjoint de sécurité qui fait le pied de grue au soleil, sous la pluie, dans la poussière et le froid, juste pour que nous allions et revenions sains et saufs. Ceux qui vont au front se sacrifient pour ceux qui sont restés en amont. Il n’y a pas de militaire en acier, il n’y a pas de gendarme en fer, point de policier en pierre. Ces hommes sont faits de chair et  d’os, de sang et de souffle. Ce sont des mortels, mais ils affrontent jour et nuit le danger et la mort, sans jamais reculer. Combien sont tombés sans jamais se relever ? Combien sont partis sans revenir ? Il y en a qui sont revenus mais dans un cercueil décoré aux couleurs nationales, au prix de l’idéal ? Mais combien coûte une médaille, fût-elle en or ? Aucune médaille ne vaut la vie d’un homme. Il faut décorer les plus méritants, ceux qui sont prêts à verser leur sang pour que la Nation survive. Il faut encourager les plus engagés, ceux qui triment pour lutter contre le crime, parfois sans prime. Oui, c’est leur travail, mais combien sont-ils ces dignes paresseux qui tournent le pouce aux dépens de la République ? 
Si je n’avais qu’une médaille en poche, je la décernerais au pompier qui brave les flammes pour défier la mort. Ces hommes et femmes sont prêts à périr pour sauver. Je la décernerais au méconnu agent de santé qui délivre la parturiente à la lueur d’une torche de téléphone portable. Chaque jour, ces hommes en blouse blanche sauvent des vies sans trop de procédure, sans peser le pour et le contre, sans mettre dans la balance la conscience et l’indépendance. Parce qu’on n’a pas besoin d’invoquer la Constitution pour réveiller un comateux. On n’a pas besoin d’être indépendant pour sauver une vie. On n’a pas besoin d’être libre à l’absolu pour réussir une injection, un accouchement ou une opération chirurgicale. On n’est jamais assez autonome quand on doit juger du pronostic vital d’un grabataire. Au-delà de la connaissance, on a juste besoin de courage et de confiance en soi pour opérer une tumeur au cerveau. Malheureusement, il y a des « toubibs en noir » qui ne peuvent même pas éjecter le pus d’un bénin furoncle, même avec un équipement de pointe. On ne soigne pas un grand corps malade en lisant entre des alinéas. On ne prescrit pas une ordonnance en se préoccupant de la calligraphie des mots. Même les mains liées, un bon médecin sait distinguer les symptômes des effets secondaires. On ne soigne pas les maux avec des mots. On ne baisse pas une fièvre avec de l’eau tiède. On prend souvent la température du corps pour adapter le traitement. Sinon, le reste n’est que de l’automédication et bonjour les allergies. Le bon agent de santé sait comment gérer les situations d’urgence. Parce qu’en situation d’urgence, il faut toujours savoir garder patience avec diligence.On n’a pas besoin de plaider coupable ou non coupable pour se faire soigner. Seuls les faux malades ne guérissent jamais, parce qu’ils auront toujours de faux traitements.
Si je n’avais qu’une médaille en poche, je la décernerais à la balayeuse de rue qui s’échine entre les roues meurtrières des bolides effrénés, juste pour des broutilles. Je la décernerais à la jeunesse aux poings fermés qui marche avec une balle dans la chair, en fredonnant l’hymne national. Si je n’avais qu’une médaille, je la décernerais à l’homme intègre. Hélas !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr


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