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Accès des femmes et des jeunes à la terre : Rêves brisés et opportunités d’affaires dans le Séno

28/12/2016
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Les jeunes et les femmes constituent des franges importantes de la population et incontournables pour le développement du Burkina Faso. Pourtant leur accès à la terre demeure problématique dans la province du Séno dans le Sahel. A Dori et dans ses environs, certains jeunes et femmes exploitent des hectares de terre alors que d’autres n’y ont pas accès malgré leur diplôme de fermiers agricoles. Leurs rêves ont été brisés du fait des promesses non tenues et ces jeunes et femmes ont dû changer d’activité. Constat en octobre 2016 ! 

C’est avec colère, amertume et regret que Abdoul-Aziz Taita et Fatimata Zabré de la 19e promotion du Centre de promotion rurale (CPR) de Diomga, situé à une dizaine de km de Dori nous racontent leur mésaventure. Sortis avec des diplômes de fermiers agricoles en 2013, leur situation était tellement insupportable qu’ils ont changé de secteurs d’activités parce que les promesses d’accompagnement pour leur installation avec des fonds de roulement n’ont jamais été tenues. En plus de l’agriculture et de l’élevage qui leur ont été enseignés, les pensionnaires ont eu des connaissances en menuiserie, savonnerie, tissage et couture.
A défaut d’avoir une portion de terre pour exercer des activités agro-sylvo-pastorales, le jeune  Abdoul-Aziz Taita fait de la menuiserie et travaille temporairement comme agent distributeur pour une ONG au camp des réfugiés maliens de Goudebou. Il dit avoir été déçu par les nombreuses promesses et démarches infructueuses entreprises pour accéder à la terre. En fin 2011, souligne Abdou-Aziz, l’ex-Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, alors en visite dans le Centre, leur avait pourtant promis un accompagnement en équipements et frais d’installation. Et d’ajouter qu’avant la fin de la formation, il a tâté le terrain à Dori. «Toute chose qui m’a conduit chez l’Emir du Liptako qui est le propriétaire terrien de Dori, les services de l’agriculture, pour savoir comment acquérir la terre pour travailler.  Toutes mes démarches sont restées vaines jusqu’à ce jour», confie-t-il.
Quant à Fatimata Zabré, elle a pourtant abandonné l’école classique pour le Centre. En effet, raconte-t-elle, «en 2010, le directeur du Centre fréquentait bien ma famille à telle enseigne qu’il parlait en bien du Centre lors de ses visites». La mère de Fatimata Zabré l’a exhortée à déposer ses dossiers parce qu’elle venait d’échouer au BEPC. «Ne voulant pas lui désobéir, j’ai, malgré moi, abandonné les études pour le Centre l’année suivante. Elle pensait qu’à la fin de ma formation, j’allais m’installer à mon propre compte. Après ma mésaventure, elle a regretté de m’avoir encouragée à prendre une mauvaise décision», retrace-t-elle ce douloureux passé avec émotion. A l’entendre, avant la fin de la formation, les responsables du Centre avaient promis de les équiper, mais rien n’a été fait. «J’étais fière d’être à Diomga, mais deux ans après ma formation, j’étais toujours à la maison à ne rien faire», regrette-t-elle. La situation devenant  de plus en plus insupportable, son mari a décidé de payer une formation de filles de salle qu’elle a achevée et attend le test d’intégration. Mais en 2015, elle a reçu du matériel incomplet pour la savonnerie alors qu’elle comptait investir les bénéfices de la savonnerie dans l’élevage. «C’est dommage que je ne puisse pas réaliser mon rêve», lance-t-elle d’une voix triste. A en croire Zabré et Taita, aucun apprenant de leur promotion n’a pu s’installer à son propre compte. Au mieux, ils ont tous viré vers d’autres secteurs. Pourtant, le chef de village de M’Bamga, Abdoulaye Oumarou Dicko, par ailleurs chef coutumier et propriétaire terrien que nous avons approché, dit posséder plusieurs hectares de terre dans son village situé sur l’axe Dori-Bani. Pour lui, une partie est utilisée pour la culture et l’autre pour faire paître les animaux. M. Dicko prête une partie de ses terres aux femmes et aux jeunes pour y pratiquer leurs activités agro-sylvo-pastorales qui, souvent, le récompensent avec des céréales.


A quoi servent les textes et lois ?


Selon les projections de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), la population du Burkina Faso est estimée à 19 034 397 habitants en 2016. Elle compte 8 284 800 soit 51,10% de femmes et 7 925 607 soit 48, 89% de jeunes âgés de moins de 40 ans. Quant aux résultats de l’enquête multisectorielle continue de 2014, ils révèlent que 81,1% des parcelles à usage agricole sont détenues par les hommes contre 18,9% par les femmes. Pour faciliter l’accès équitable des femmes et des jeunes à la terre, l’Etat burkinabè a adopté de nombreux textes et lois. Il s’agit, entre autres, de la Politique nationale de sécurisation foncière en milieu rural (PNSFMR), de la loi 034 portant régime foncier rural, de la Politique nationale genre (PNG), du décret portant adoption de la Stratégie nationale de promotion de l’entrepreneuriat féminin et de la loi d’orientation relative au pastoralisme. Malgré tout, l’application effective de ces textes demeure la véritable équation alors que les jeunes et les femmes contribuent au développement du pays. Néanmoins, certains jeunes et femmes arrivent à se forcer le destin dans le domaine de l’agriculture.


Fortune diverse pour les exploitants


Habiba Bilgo exploite une parcelle d’une superficie de 4,5 hectares qui lui a été empruntée depuis 2001 par un ami de son mari. «Il n’y a pas eu de contrat formel entre nous, mais il a dit que le jour que j’estime ne plus vouloir de la terre je peux la lui restituer», nous informe-t-elle. Elle cultive du maïs, du sorgho, du petit mil, du haricot, du sésame, des arachides et du gombo pour la consommation familiale dont les cultures étaient à l’étape de la maturation lors de notre passage. En outre, elle pratique l’élevage des volailles, des ovins et des bovins. En cinq ans d’exploitation, elle n’a payé aucun centime à son bienfaiteur. Cependant, atteste-t-elle, lors des labours et des récoltes, elle envoie ses enfants et manœuvres pour l’aider. Elle travaille avec deux de ses enfants et un petit-fils en plus, par moment, deux à trois manœuvres (mendiants) payés à 1 000 F CFA par jour. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle affirme que la dizaine de membres de celle-ci est divisée en deux. Le premier groupe travaille la terre et vend du bois de chauffe et le second fabrique du savon en boule et en liquide vendu sur les différents marchés hebdomadaires des communes du Séno. 
La seule femme à exploiter de grandes surfaces dans le village de Diomga, Habiba Bilgo estime qu’elle est traitée de «folle» parce qu’elle est installée en «brousse» en vue de bien gérer ses activités. «Si on te traite de folle parce que tu es une femme qui s’adonne aux activités agro-sylvo-pastorales, est ce que tu oses encore encourager certaines personnes à faire comme toi ?» s’interroge-t-elle. Toutefois, elle a déploré le fait qu’elle soit la seule femme exploitante agricole alors qu’elle voulait de la «concurrence féminine». Aussi, les oiseaux granivores qui dévastent les récoltes et le déficit de pluie sont les difficultés rencontrées par notre amoureuse de la terre.
Ayant débuté en septembre 2009 sur une superficie de 600 m2 devant leur concession  au secteur n°3 de Dori, le président de l’Union régionale des entrepreneurs agricoles du Sahel, Aboudramane Dicko exploite maintenant trois sites de 62 hectares dans les villages de Oulo, Djigo et Fétombaga. A l’origine, explique-t-il, son frère aîné lui a acheté une boîte de semences d’oignon à 25 000 F CFA. «A la récolte, j’ai eu plus de 200 000 F CFA. C’est là que j’ai réalisé que m’investir dans l’agriculture serait très profitable», retrace-t-il ce glorieux passé. Dans la foulée, ajoute t-il, son père lui a donné un terrain de 3 hectares dans le village de Djigo où il a entamé la production de manioc. L’année suivante, poursuit-il, un projet l’a appuyé en aménageant 3,5 hectares et il les a étendus à 10 hectares. «C’est de là que j’ai commencé à payer la terre à Oulo. Chaque fois que j’avais l’occasion d’acquérir une terre cultivable, je n’hésitais pas. J’ai investi plusieurs millions que la terre elle-même m’a donnés pour l’acquisition de terres», nous apprend t-il. Pour lui, c’est le bénéfice de la production de manioc qui lui a permis d’acquérir autant de parcelles pour ses activités agro-sylvo-pastorales. C’est ainsi que sur le site de Fétombaga, Aboudramane Dicko ne produit que des céréales telles que le sésame, le petit mil, le niébé et les arachides. A Djigo, il cultive du manioc et de la patate douce. Le site de Oulo est utilisé pour le maraîchage. Sur les 62 hectares, il cultive annuellement 18 hectares et laisse les autres en jachère. Les tubercules sont destinés à la vente, alors que les céréales sont utilisées pour la consommation familiale. M. Dicko travaille avec huit manœuvres de façon temporaire. Il détient des actes de vente de ses parcelles et travaille à l’obtention des titres fonciers en vue de pouvoir accéder aux crédits. 


«Ma femme … a beaucoup fait pour moi»


De l’avis d’Aboudramane Dicko, pour les aménagements du site d’Oulo, il a failli abandonner en vendant tout, car il traversait des périodes difficiles, mais un responsable de l’agriculture l’en a déconseillé. Pendant ce temps, confie-t-il,  c’est sa femme qui l’aidait en vendant des galettes pour assurer son argent de carburant. «Ma femme connaissait ma situation et elle a beaucoup fait pour moi. Souvent je donnais ma moto aux jeunes du quartier pour aller à des mariages à condition qu’ils mettent le carburant à hauteur de 1 000 F CFA», témoigne-t-il de ses trois ans de souffrances. C’est à cette allure qu’il dit avoir pu achever l’aménagement de Oulo et après, s’acheter une motopompe à 2 500 000 F CFA. Hormis cette difficulté, il a fait face aux critiques de la société sur ses activités. «Pour eux, il n’est pas question que le fils de l’Emir du Liptako que je suis ramasse du fumier parce que je n’ai jamais utilisé de l’engrais. Je balaie la bouse de vache devant les enclos des animaux donc ils estimaient qu’en tant que prince je ne devais pas faire cela», explique M. Dicko qui fait l’élevage de volailles, d’ovins et de bovins.


Souaibou NOMBRE
snombre29@yahoo.fr



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Le rôle des services de l’élevage et de l’agriculture

Les services de l’élevage et de l’agriculture de la province du Séno contribuent à faciliter l’accès à la terre aux femmes et aux jeunes par le biais de la signature de Procès-verbal (PV) de cession entre les chefs coutumiers ou les propriétaires terriens et les bénéficiaires sous la supervision de l’autorité locale. «De façon endogène, les gens s’entendent à travers des PV de palabre ou de cession de terrain pour que certains arrivent à occuper des lopins de terre et exercer leurs activités d’embouche ou de maraîchage», souligne Foldioa Ouaba, chef du service du foncier, de l’organisation et de la formation du monde rural à la direction provinciale de l’agriculture et des aménagements hydrauliques du Séno.


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La tradition peule, la femme et la terre

De l’avis du chef de village de M’Bamga, Abdoulaye Oumarou Dicko, la terre peut être prêtée à une femme pour ses activités mais en aucun cas cette dernière ne pourra disposer de document comme titre foncier dans le but d’en profiter pleinement. De façon générale, confie-t-il, il est rare de voir la femme en pays peul, travailler la terre. Quant à l’élevage, la femme le pratique sans problème. Pour sa part, le chef de service en charge du foncier à la direction provinciale de l’agriculture du Séno,  Foldioa Ouaba, a confié que selon la tradition, la femme ne s’occupe que de la transformation des produits issus de l’agro-sylvo-pastoral. 


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Comment faciliter l’accès à la terre ?

Dans le but de garantir l’accès de la terre aux femmes et aux jeunes, il est souhaitable que  les autorités burkinabè  sensibilisent les chefs coutumiers et propriétaires terriens afin qu’ils puissent céder leurs terres à ces deux catégories sociales. Ainsi, elles pourront mener des activités pour  leur autonomisation en employant d’autres personnes et lutter du coup contre la pauvreté tout en contribuant à l’économie nationale. Pour ce faire, le président de l’Union régionale des entrepreneurs agricoles du Sahel, Aboudramane Dicko, demande aux autorités d’«achever» les accompagnements des jeunes et des femmes en mettant à leur disposition des «vrais» fonds de roulement. Pour cela, préconise-t-il, l’Etat doit suivre les bénéficiaires pendant deux ou trois ans et savoir arrêter lorsqu’un jeune ou une femme n’est pas compétent afin d’être plus regardant sur ce qui est financé. Pour ceux qui sortent des centres de formation comme le CPR de Diomga, il estime que l’Etat ne doit pas les laisser à leur propre sort. Selon lui, ils doivent faire un stage d’une ou deux ans dans des exploitations privées parce que l’enseignement technique dans les centres est parfois différent de ce qui se passe sur le terrain. 


S.N.




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