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Mabingue N’Gom, directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre : "Les efforts publics et des partenaires ont un impact limité parce que le croît démographique est insoutenable"

29/12/2016
18:30

En début décembre 2016, votre quotidien a reçu comme invité de la rédaction, le directeur régional Afrique de l’Ouest et du Centre du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Mabingue N’Gom. Pendant près de deux heures, le Sénégalais, spécialiste du développement économique, à la tête de la direction régionale de l’UNFPA depuis janvier 2015, a fait une analyse sans complaisance des défis qui se posent aux 23 pays africains qu’il couvre. Pour ce fervent défenseur de la gestion basée sur les résultats, les efforts publics et ceux des partenaires ont un impact limité dans la lutte contre la pauvreté, parce que le croît démographique est insoutenable. M. N’Gom revient, aussi, sur la pertinence des combats que mène son organisation, notamment contre la mortalité maternelle, les grossesses non désirées, les mariages d’enfants, les mutilations génitales féminines… 

Sidwaya (S.) : Quand on entend Fonds des Nations unies pour la population, on pense a priori ŕ une source de financement. Qu'en est-il exactement?

Mabingue N’Gom (M.N) : Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) est une agence du Système des Nations unies dont le rôle est d'accompagner les pays, dans la mise en œuvre des décisions issues de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD). Dans l'agenda du développement durable, le Fonds vise principalement un monde sans pauvreté et prospère où nous respectons la planète. En effet, il y a deux risques majeurs qui pèsent sur ce continent africain. Le plus important de ces risques est lié au changement climatique. C'est un risque sur lequel l'Afrique a un contrôle marginal. Le deuxième risque se rapporte au poids démographique. Sur ce point, il faut souligner que l'Afrique est passée de 179 millions de personnes à la veille des indépendances pour franchir aujourd'hui le cap du milliard cent. C'est dire que la population a augmenté à un rythme extrêmement rapide. Et c'est cette croissance rapide qui fait que le continent n'a pas pu pleinement profiter des efforts qui ont été consentis pendant l'ère des Objectifs de développement du millénaire. La population ayant augmenté très vite, les efforts publics ne se sont pas fait sentir. C'est ce qui fait que nous travaillons à ce que les individus et les communautés puissent accéder aux services de planification familiale. Cela démontre combien notre action est centrale dans l'amélioration des conditions de vie des populations, mais également dans la protection de la planète. Si l'Afrique continue de croître au rythme actuel de 2,6%, sa population sera comprise entre 3,2 milliards et 4,6 milliards à l'horizon 2100. Or, nous savons déjà qu'à l'heure actuelle, les terres cultivables ont commencé à baisser et nous savons également que beaucoup de jeunes africains sont en manque d'emploi. Nous travaillons donc à trouver des solutions à ces prévisions. Donc, en plus du planning familial, nous travaillons à faire reculer la mortalité maternelle qui est aussi un fléau dont le taux le plus élevé dans le monde se trouve en Afrique de l'Ouest et du Centre. Nous sommes à 679 cas pour 100 mille naissances vivantes. Nous sommes également une organisation qui appuie les opérations de recensement.  Nous travaillons aussi avec la jeunesse pour que chaque jeune puisse apporter sa contribution dans le développement socioéconomique.

S. : D'où tirez-vous vos ressources financières?

M.N : Nous avons ce que nous appelons les ressources régulières et celles non régulières. Les ressources régulières viennent d'un certain nombre de bailleurs de fonds. Ces ressources ordinaires permettent d'entretenir l'organisation, mais aussi de financer les programmes de base. Pour ce qui est des ressources non régulières pour lesquelles notre bureau du Burkina Faso vient de mobiliser cinq millions d'euros, elles portent sur des actions que nous menons en faveurs des pays, de nos clients, pour monter des projets prioritaires et intercéder auprès des bailleurs de fonds traditionnels et non traditionnels. Ces ressources permettent d’améliorer les conditions de vie de nos populations. C'est dans ce cadre que vous avez le projet «Autonomisation  des femmes et dividende démographique au Sahel » (SWEDD) qui est le fruit d’un partenariat avec la Banque mondiale et d'autres organisations pour une mobilisation de fonds colossaux en vue de faire face à un besoin critique. C'est un projet régional qui implique le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. En plus de ces deux volets, il y a ce que nous appelons les nouveaux gisements de ressources. D'abord, les leaders religieux. Dans chacun des pays où nous travaillons, ils ont la capacité de mobiliser et de faire avancer certains chantiers importants. Ils ont des méthodes à eux, susceptibles de faire bouger les aspects sensibles. En les impliquant, ces leaders communautaires, parce qu'ils ont la crédibilité, arrivent à faire évoluer les choses. Ils sont écoutés, ils ont la confiance de la communauté. Partant, ils sont une ressource extraordinaire qui ne peut être chiffrée, mais qui constitue beaucoup « de millions de dollars ». Donc, je crois que ce sont là de nouvelles ressources qu'il convient de chiffrer désormais.  Un autre exemple, c'est la jeunesse. Dans la lutte contre la maladie à virus Ebola par exemple, nous avons dû faire recours à la mobilisation des jeunes pour réussir le pari dans certains pays. Cet apport qui n'est pas numéraire a une place de choix dans la conduite de nos activités sur le terrain. Ce qui me convainc que l'Afrique a des ressources pour accélérer son développement. Et nous allons continuer à travailler dans tous les pays pour faire reculer l'ignorance et la pauvreté. 

S. : Avec l'arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, votre organisation n’est-elle pas inquiète de voir les sources de financements venant de ce pays gelées, quand on sait que les Républicains par essence ne sont pas favorables ŕ la planification familiale?

M.N : Ce n'est pas la première fois qu'un président républicain prend le pouvoir aux Etats-Unis. Ce qui est important, c'est ce que nous faisons pour la mobilisation des ressources. Ainsi, avec l'avènement des nouveaux gisements dont nous avons parlé plus haut, le système ne connaîtra pas de perturbation. Nous aurons sans doute des moyens pour faire face à des coupures éventuelles de financements. Nous ne nous faisons pas de soucis à ce niveau, car avons un agenda clair qui intéresse la communauté internationale et nous pensons qu'il y a des ressources à travers les différents partenaires. Nous continuerons à travailler avec les autorités américaines actuelles et futures sur toutes les questions pour trouver les ressources dont nous avons besoin pour accompagner les choix des pays. Donc, nous sommes indépendants et équidistants. Ce qui nous intéresse, c'est que nous puissions apporter notre appui à un pays comme le Burkina Faso où la mortalité maternelle est une préoccupation. 

S. : Dans le cadre des nouvelles ressources, vous avez évoqué les leaders religieux. Alors que parmi ceux-ci figurent des détracteurs de la planification familiale. Comment surmonter ces oppositions religieuses? 

M.N : Il y a beaucoup d'initiatives. Au Sénégal, après une rencontre avec les leaders religieux, il y a de cela un an, j’ai été surpris de voir que la majeure partie de ces leaders ont parfaitement compris la lutte que nous menons. Certes, il y a parfois des domaines de divergence et nous devons envisager comment arriver à une convergence de vues pour le bonheur des populations. De ce fait, nous devons continuer la conversation en mettant au-devant les évidences. Par exemple, l'introduction du programme d'éducation sexuelle au profit des élèves du lycée de Cocody, en Côte d'Ivoire, a beaucoup amélioré la situation des jeunes filles. Du coup, on s'est rendu compte que le taux de réussite a explosé. Mieux, les filles qui étaient sexuellement actives ont commencé à s'abstenir et il y a aujourd'hui zéro grossesse dans ce lycée. A Adjamé, le même programme a permis de passer de 37 à 4 grossesses l'an. Ce programme permet aux élèves de comprendre le corps, la sexualité et de prendre les précautions idoines. Nous ne sommes pas une organisation qui fait la promotion de la promiscuité, mais plutôt qui permet de sensibiliser et de promouvoir le bien-être social. Le planning familial par exemple que nous défendons permet de réduire de 30% la mortalité maternelle. Ainsi, nous pensons qu'une bonne communication, prenant en compte la sensibilité de tout un chacun, permettra d'avoir une convergence vers des progrès beaucoup plus importants.

S. : L’UNFPA demande l’accčs des jeunes filles ŕ la contraception. Alors que des opinions s’élčvent pour dire que ces produits sont dangereux ou que la garantie de ne pas tomber enceinte avec la contraception encourage ces filles ŕ une vie sexuelle incontrôlée. Que répondez-vous ?

M. N : J’insiste que nous ne sommes pas une organisation qui encourage la promiscuité. Mais si nous savons par exemple que bon nombre de jeunes ne s’abstiennent pas des rapports sexuels, il faut permettre à ces jeunes sexuellement actifs de s’informer du danger qui les guette à travers des rapports sexuels non protégés. Faire en sorte que ces filles qui ont des rapports sexuels non protégés ne puissent pas tomber enceinte, je ne pense pas que c’est encourager la promiscuité. Il faut les protéger contre les grossesses précoces, les risques liés aux avortements. On sait que ce sont les adolescentes non mariées qui sont les plus exposées. Dans mon propre pays au Sénégal, près de 76% des cas d’avortement sont faits par des adolescentes qui ne sont pas mariées. Donc, il faut leur donner la possibilité de se protéger. Il faut que l’on soit conséquent. Soit on les laisse avoir des rapports sexuels non protégés et continuer de surveiller la prévalence en matière de VIH. 

S. : Les partenaires-clés comme la Banque mondiale tiennent-ils compte des réalités sur le terrain pour financer les projets ?

M. N : Je travaille avec la Banque mondiale depuis bientôt un tiers de siècle. Il y a beaucoup de clichés. Ces organisations, c’est comme vous et moi. Nous apprenons, nous faisons des erreurs et nous nous améliorons. Ne croyez pas qu’il soit juste de dire que ce sont des organisations qui ne tiennent pas compte de ces réalités sociales. La preuve, nous travaillons avec la Banque mondiale ici au Burkina sur les questions de changement de comportement des communautés. Nous travaillons avec la banque pour engager les leaders religieux. Et je crois que nous ne sommes pas plus sensibles qu’elle  sur cette question. Moi-même j’ai fait un passage à la banque et je dois vous dire qu’elle fait des efforts. Ce sont des organisations qui travaillent sur un certain nombre de paramètres. Mais, je ne crois pas qu’on puisse leur reprocher de négliger la dimension sociale. D’ailleurs aujourd’hui, c’est le cheval de bataille du président Jim Yong Kim, qui vient  du secteur social. Il a travaillé avec nous quand j’étais au Global fund, au début des années 2000. A l’époque, il était à l’OMS. Donc, il n’est pas étranger aux questions sociales. Et je crois qu’il est en train de marquer son passage à la banque en mettant l’accent sur les questions de population et de développement. Je ne crois pas que ce soit un bon procès de les accuser. Je crois plutôt que ce sont les pays eux-mêmes souvent qui ne poussent pas trop dans le domaine social. Dans beaucoup de pays, les gens pensent qu’il faut construire des ponts et des usines. Non ! Je vous le dis avec un sens élevé de responsabilité. Je le disais à Dakar à l’occasion de la réunion des parlementaires africains que ce ne sont pas les ponts, les barrages seuls qui vont faire le développement. Si vous construisez ces infrastructures et vous ne réglez pas les questions sociales, vous ne serez pas en paix. Si vous avez ces jeunes de plus en plus nombreux dans les rues à ne rien faire, personne ne viendra investir dans votre pays parce que les gens savent que c’est une poudrière. Donc, je pense que c’est de la responsabilité des pays de mettre en avant les questions sociales et non les institutions, parce que la banque finance ce que les pays demandent.

S. : Il est reproché souvent aux organismes de développement de mobiliser beaucoup d’argent et de produire peu d’effets. Qu’en pensez-vous ?

M.N : Il y a deux choses qu’il faut dire. La première est que nous sommes dans des pays où il y a beaucoup de choses à faire. Je vais vous raconter une histoire. J’étais dans un pays où j’ai rencontré un Premier ministre un samedi matin à 10 h chez lui. Nous avons parlé du cas de l’éducation. Il me disait qu’en trois ans, son gouvernement a construit plus de salles de classe que ce qui a été fait depuis l’indépendance. Mais, on n’est pas sorti de l’ornière. Supposons par exemple que vous avez un besoin de plus de 50 salles de classe. Le temps de finaliser le financement et de commencer à construire, il y a une nouvelle cohorte d’enfants, qui arrivent et pour lesquels même 500 nouvelles salles de classe ne seront pas suffisantes. Vous voyez ? Donc, tu commences à travailler pour 500 classes, le temps de finir, tu as un besoin de 5000 salles de classe. Il faut qu’on dise les choses franchement. Ce qui n’a pas été fait, et je pense que c’est là où nous voulons un changement, c’est qu’on ne peut pas seulement compter sur l’offre, parce que les moyens sont limités, ils ne sont pas élastiques. On ne peut pas être dans une logique où chaque femme a 5, 8 enfants. Cela n’a pas de sens. Ce n’est pas soutenable. Il faut qu’on puisse mettre les individus et les communautés devant leurs responsabilités. Qu’on sache que c’est une fraction et qu’on ne peut pas travailler uniquement sur une partie de la fraction. Les efforts publics, les efforts des partenaires comme nous, ont un impact limité au niveau des populations parce que le croît démographique est insoutenable. Il faut qu’on touche du doigt le problème. Si vous avez deux enfants à la maison que vous n’arrivez pas à nourrir et vous en faites 5 autres, est-ce le problème du gouvernement ou des bailleurs de fonds si, dans ces conditions, vous ne pouvez pas mettre vos enfants dans les classes ? Il faut que l’on soit sérieux. C’est pourquoi, au début, je disais qu’il y a deux risques : le climat, sur lequel la justice et la solidarité internationale voudraient que l’Afrique soit soutenue. Ce n’est pas le fait de l’Afrique et ça, on ne le contrôle pas. Je le mets de côté. Mais la chose que nous pouvons contrôler, c’est le nombre d’enfants que nous faisons et à cause desquels nous n’arrivons pas à sortir la tête de l’eau. Je crois que les gouvernements doivent d’ores et déjà avoir une attitude un peu plus responsable et ne pas seulement rester dans la logique de construire des salles de classe, des hôpitaux, créer des emplois. Ils ne vont pas y arriver si le croît démographique reste tel, si chaque femme doit continuer à faire plus  de 5 enfants en Afrique.

S. : Pourquoi ne pas adopter le modčle chinois pour légiférer sur la limitation du nombre d’enfants ?

M. N : Je crois qu’il faut savoir raison garder. Il y a un problème auquel il faut trouver une solution, mais il faut que ce soit une solution juste. Nous donnons l’information aux populations, nous les aidons à prendre des décisions. Ce sont les populations qui prennent les décisions. L’UNFPA n’est pas favorable à leur infliger des coercitions. Je crois que nous ne serons pas d’accord avec des méthodes qui consistent à fixer le nombre d’enfants. Notre travail, c’est de faire en sorte que ceux qui veulent espacer les naissances, ceux qui veulent limiter le nombre d’enfants, s’organisent en conséquence et aient les moyens d’aller dans la direction qu’il faut. C’est une question de droits humains. La question de la liberté des choix est un principe fondamental dans nos méthodes de travail et d’action. 
Je crois que c’est une question de principe et nous n’allons jamais aller vers des politiques de restriction des droits humains. Je pense qu’il faut laisser aux individus le soin de faire le choix en ce qui concerne leur sexualité et la reproduction. C’est une des choses fondamentales sur lesquelles nous devons veiller. Les droits fondamentaux, il faut les protéger. Il est vrai qu’il y a des risques mais c’est la meilleure façon de faire. Je crois que fondamentalement, lorsque les individus ont l’information et connaissent très bien les conséquences de chacune des options, c’est la meilleure façon de les pousser vers les bonnes décisions, parce que les individus sont en général rationnels. Il faut que nous gagnions le combat de la disponibilité des produits de santé de la reproduction pour que tous ceux et celles qui veulent les produits puissent les trouver comme on trouve une bouteille d’eau dans une boutique. Et si on le fait, je crois qu’on peut sortir l’Afrique de la situation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui.
Si par exemple vous pouvez faire 5 enfants, faites-les. Mais si vous n’avez pas la capacité de leur donner une bonne éducation, une bonne santé, s’il faut simplement les mettre au monde et les laisser dans la rue, il est sage qu’on vous dise que ce n’est pas la bonne voie, la décision vous revenant.

S. : Est-ce qu’en soit la population est un problème ?

M.N : Je vais vous donner un exemple. En 2010, les pays riches ont mis autour de 4% de leur Produit intérieur brut (PIB) dans l’éducation, parce que les élèves (âgés de 5 à 20 ans) représentaient 16,9% de la population. La même population dans les pays pauvres comme ceux d’Afrique au Sud du Sahara, représente entre 37 et 39%. Donc, si l’Afrique veut par exemple donner à ses enfants la même éducation que les pays développés, nous devons y mettre  autour de 9,2% de nos PIB, ce qui, arithmétiquement, n’est pas possible. La conséquence, c’est que vous allez avoir des enfants dans les rues, des enfants qui ne sont pas bien formés. Entre le Nigeria et la RDC, il y a 13 millions d’enfants dans la rue, des gosses qui devraient être dans des salles de classe. Donc, quelqu’un qui veut recruter aujourd’hui des terroristes ou faire quoi que ce soit, voilà le meilleur endroit où il peut aller les chercher gratuitement. La question du dividende démographique est très simple. Ce que nous voulons, c’est qu’il y ait une baisse de la fécondité, une baisse de la mortalité maternelle et infantile. Ce sont ces deux facteurs qui vont faire baisser la fécondité. Ce qui permettra de contenir un peu le croît démographique. Aucun pays du monde ne peut se développer avec un fort croît démographique. C’est la première chose. Et la deuxième, c’est de profiter de cette vague de jeunes pour investir dans l’éducation, dans la santé, dans la formation, ce qui va relever la productivité. Si l’on prend le cas de deux familles de 20 personnes : une famille A avec une personne qui travaille et une famille B où 10 personnes travaillent. Voyez  un peu le poids. Dans la famille A, on ne peut même pas penser à une capacité d’épargne, on va parler d’une capacité d’endettement. Et quand il n’y a pas d’épargne, il n’y a pas d’investissement et sans investissement, il n’y a pas d’emploi. Dans le deuxième cas, il y a quand même une possibilité de faire de l’épargne, de l’investissement et même d’investir dans la qualité de la famille. Le dividende démographique nous permet de passer d’un modèle où on investit dans la quantité des enfants à un modèle où on investit dans la qualité des enfants. Vous voyez donc qu’il y a une différence. Ce que nous disons, dans un premier temps, il faut que cette baisse de la fécondité puisse aider à une épargne, à un investissement, à créer des emplois et qu’on investisse dans l’éducation et la formation de la jeunesse pour qu’il y ait des gains de productivité. Voilà un peu de quoi il s’agit et je suis heureux de dire que les pays africains sont déterminés à avancer dans cette direction, parce que nous préparons activement les deux sommets de 2017 de l’Union africaine qui vont porter sur le dividende démographique. D’ailleurs, c’est une question que nos collègues sont en train d’aborder à l’instant, une question pour laquelle le président Roch Marc Christian Kaboré était à New York, à l’occasion de la 71e  session de l’Assemblée générale des Nations unies. Il a présidé une importante réunion avec un grand nombre de chefs d’Etat. Et les Africains ont parlé d’une même voix. Ils ont demandé à la Banque africaine de développement (BAD), au NEPAD, à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), à la Commission de l’Union africaine et au Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) de mettre en place une feuille de route. Nous avons préparé la feuille de route et elle a été approuvée lors du sommet des chefs d’Etat à Kigali en juillet dernier et maintenant nous allons vers les deux sommets de 2017. Je crois que la communauté internationale est prête à accompagner l’Afrique dans ce choix. Ce n’est pas un projet qui vient des autres, ce sont nos efforts de plaidoyer qui ont permis aux pays africains, dans une position commune, de pousser pour le dividende démographique. Les Africains ont également poussé ce dossier au niveau de l’agenda de 2063. Ils l’ont également utilisé lors des négociations de l’agenda 2030 pour en faire un chantier important. C’est un dossier de l’Afrique, les chefs d’Etat le soutiennent et j’en profite pour vraiment rendre un hommage au président Roch Marc Christian Kaboré qui a été rapidement convaincu que c’est la voie à suivre. Parce qu’il n’y aura pas cette Afrique que nous voulons si nous ne réglons pas cette douloureuse question de la jeunesse africaine. Nous sommes dans la bonne direction, et vous, la presse, avez un rôle à jouer. Vous devez accompagner le processus. Je crois que vous devez également faire davantage en ce qui concerne la communication avec les populations pour que les individus et les familles puissent savoir qu’on ne pourra jamais améliorer les conditions si chaque femme continue de faire 6 ou 7 enfants ; ce n’est pas possible. Ce n’est pas seulement un problème des gouvernements, mais une responsabilité collective, sinon nous allons vers l’implosion du continent. Boko Haram dans le bassin du lac Tchad et le djihadisme dans le Sahel, sont, en réalité, des manifestations de l’échec de nos efforts en faveur de la jeunesse. Et le dividende démographique, ce n’est rien d’autre que de faire en sorte que le croît démographique et des investissements dans la jeunesse puisse permettre à l’Afrique d’être au rendez-vous de 2030 et 2063. Ce n’est pas de la philosophie, ni de l’idéologie. Ce sont des choses très simples.

S. : L’on communique depuis des années sur la planification familiale, mais les comportements tardent à changer. N’est-ce pas un combat qui piétine?

M. N : Non, je suis sûr qu’on est en train de gagner le combat. Regardez par exemple le nombre de femmes mariées qui ont un besoin non satisfait en matière de planification familiale. Ça également, c’est un problème. Cela veut dire que nous n’avons pas suffisamment de ressources même pour répondre à la demande qui existe. Il y a aussi un problème de l’offre de services. C’est pourquoi nous travaillons avec les pays, y compris le Burkina Faso, pour faire en sorte que toutes les femmes qui le veulent puissent avoir accès aux services de planification familiale. C’est un chantier important sur lequel nous travaillons dans l’optique de réduire les conséquences du problème dont nous avons parlé tout à l’heure. Nous avons des méthodes efficaces pour toucher les populations, les convaincre et les aider à un changement de comportement. Mais l’obstacle principal, ce sont les ressources. Nous avons beaucoup d’expériences concluantes, mais elles sont à petite échelle. Il faut maintenant que la communauté internationale, les pays et leurs partenaires puissent aller vers une approche plus stratégique. Il y a par exemple deux chemins : nous pouvons passer tout notre temps à régler les symptômes du croît démographique ou bien, trouver une approche stratégique qui consiste à mettre davantage l’accent sur la résolution des causes du problème. Et je pense que c’est là où on a un choix stratégique. Je dois néanmoins avouer que c’est un choix difficile, un choix entre le long terme et le court terme. En général, les humains préfèrent régler la question immédiate, la question journalière que de régler le problème à long terme. Je parlais tantôt des salles de classe. Les pays sont pour les efforts de construction de salles de classe ou d’hôpitaux additionnels que des efforts courageux pour contenir le croît démographique. Si par exemple on prend le taureau par les cornes et que la communauté internationale appuie ces pays de façon conséquente, je pense qu’on peut arrêter la construction de salles additionnelles dans l’espace de quelques années. Mais si on ne le fait pas, on pourra construire des milliers de salles de classe, mais ne jamais réussir à résorber le problème. Donc, l’efficacité de l’action publique dépend des choix stratégiques que nous faisons. C’est pourquoi, je dis que c’est le croît démographique qui peut changer tout en Afrique, et ce changement peut aller dans un sens ou dans un autre. 

S. : Chaque  1er décembre est commémorée la  Journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA. Les chiffres en la matičre sont de nouveaux inquiétants, surtout chez les jeunes oů les taux de séroprévalence sont stagnants, voire en hausse. Quelle est votre analyse ?

M. N : Pour être honnête, cela fait partie des choses qui m’ont le plus traumatisé dans le passé. C’est dans la région, en Afrique de l’Ouest et du Centre, qu’on a le taux  d’accès  aux antirétroviraux le plus bas du monde. Nous savons également que chez les jeunes, c’est le VIH qui est la 2e  cause de mortalité et c’est dans le seul groupe d’ailleurs où il y a une tendance à la hausse de la mortalité. Mais pire, il y a plusieurs pays dans la région qui ont franchi le cap de 4%. Donc, je partage parfaitement votre inquiétude et je crois que nos programmes, en faveur des jeunes, peuvent aider à renverser cette tendance. Il faut reconnaître qu’au niveau des instruments, nous avons certainement raté le coach, parce que la tendance a été très souvent de mettre l’accent sur des pays où on a le taux de prévalence le plus élevé ; ce qui n’est pas une mauvaise chose. Maintenant, est-ce à dire que lorsque vous vivez dans un pays où il y a un taux de prévalence faible, vous n’avez pas le droit d’avoir accès aux antirétroviraux ? Ou bien si vous êtes un bébé, né d’une mère qui vit dans un pays où le taux de prévalence est faible, vous devez avoir moins de chance? Je pense que les instruments n’ont pas été efficaces à ce niveau, ils ont produit un sérieux problème d’équité. Si vous regardez par exemple le taux d’accès, les personnes qui vivent dans des pays où il y a un taux de prévalence élevé, ont plus de chance de survivre que les personnes qui vivent dans des pays où le taux de prévalence est bas. C’est parce qu’on a mis l’accent au niveau des pays où le taux de prévalence était élevé. Je connais des pays où il y a des enfants qui naissent et qui n’ont pas accès au traitement de la prévention de la transmission mère-enfant. Il faut que dans les années à venir, on puisse apporter des corrections à ce niveau.

S. : A vous entendre, les données démographiques ne sont pas satisfaisantes au niveau de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Depuis votre arrivée à la tête de l'Organisation, y a-t-il eu un changement ?

M. N : Nous parlons d’indicateurs qui ne sont pas très sensibles. Mais, je suis confiant et satisfait qu’en quelques mois, nous avons réussi à avoir un agenda fort et je pense que les chefs d’Etat et de gouvernement sont mobilisés. Ils ont décidé, malgré la multiplicité des défis du continent, de dire qu’en 2017 ils vont consacrer les deux sommets à la question du dividende démographique. Avec le travail que nous menons dans ce domaine, comme le dialogue avec les autorités, j’ai senti une très forte mobilisation, un intérêt de tous les acteurs à travers le continent. Actuellement, nous sommes submergés, il y a une forte demande parce que tout le monde est intéressé par ce sujet important. Il faut maintenant qu’on puisse avancer au niveau des actions concrètes. Il faut qu’il y ait des programmes ambitieux sur le terrain, des programmes d’envergure qui sont soutenus par les pays eux-mêmes. Mais aussi un appui conséquent de la communauté internationale, pour qu’on puisse vraiment investir dans le dividende démographique et faire en sorte que l’Afrique puisse aller de l’avant. Nous sommes dans la bonne direction et il faut continuer dans ce sens. Nous pensons qu’avec les deux sommets, nous avons la chance de poser des actes qui vont amener l’Afrique de l’avant. L’appui du gouvernement est important, la solidarité internationale est indispensable parce que les salles de classe additionnelles, les produits et les maternités dont les femmes ont besoin, l’Afrique n’en a pas la capacité financière, il faut donc une solidarité internationale.

S. : Etes-vous satisfait de votre collaboration avec le Burkina Faso ?

M.N : La collaboration est très bonne, nous avançons très bien. Nous sommes satisfaits. Nous apprécions l’engagement des autorités nationales. J’ai parlé d’autres initiatives que j’ai trouvées très  bien. J’ai eu la chance de me rendre  à Bagrépôle pour voir les investissements qui ont été faits. Maintenant, nous sommes en train de voir comment rapprocher ce type d’investissement extrêmement porteur avec la résolution de l’employabilité des jeunes. Ce sont là des conseils que nous donnons aux gouvernements, des conseils qui ont la capacité d’aider nos partenaires à résoudre certaines questions.

S. : Actuellement au Burkina, les enfants de zéro à cinq ans et les femmes enceintes sont pris en charge gratuitement dans les formations sanitaires. Comment appréciez-vous cette initiative ?

M. N : C’est une bonne chose. Les enfants de moins de cinq ans font partie des plus vulnérables. Un enfant de moins de cinq ans en Afrique de l’Ouest et du Centre a 120 fois moins de chance d’assister à son 5e anniversaire  qu’un enfant qui est né dans des pays développés. Nous ne pouvons que saluer cette initiative du gouvernement du Burkina Faso, de faire en sorte que ce bébé qui est né puisse avoir la chance de fêter son 5e  anniversaire comme un enfant qui est né en Suède ou aux Etats-Unis. Et c’est ce genre de travail que nous faisons au niveau de l’UNFPA. Dans certains pays aujourd’hui en Europe, dès qu’une femme est en grossesse, le service d’état civil comptabilise  une nouvelle naissance. Au même moment, chez nous, si votre parente est enceinte, vous pensez que c’est la dernière fois que vous allez la voir, tant les risques de mourir en couche sont grands. Cela n’est pas acceptable et ça fait honte. Moi, je connais un pays de 15 millions d’habitants qui met moins de mille dollars dans son budget pour la planification familiale. 

S. : Vous militez pour des investissements conséquents au profit de la jeunesse. Quelle politique de jeunesse efficace sur le continent ?

M.N : On a actuellement un grand problème entre les mains. Il faut trouver des emplois pour les jeunes. Il y a beaucoup d’expériences concluantes. Si je pense à un endroit comme Bagrépôle, on doit pouvoir trouver des moyens d’encourager les jeunes à s’installer autour, et de créer leurs propres initiatives. Il faut les encourager à rester investir au lieu d’essayer de traverser l’océan. Avec beaucoup d’argent qu’ils payent à ces marchands d’illusion, ils peuvent commencer du business, comme Bill Gates et Microsoft qui ont commencé avec 500 dollars. Ceux qui se battent pour le visa, souvent ils dépensent beaucoup d’argent par des moyens que nous connaissons pour y avoir accès. Et lorsqu’ils l’obtiennent, ils doivent acheter le billet pour partir. Je pense qu’avec cet argent, les jeunes peuvent commencer du business. Mais avant, il faut que l’on croit au génie africain, qu’on change d’habitude, qu’on regarde à l’intérieur. Et je pense que si chacun des jeunes de Bagré essaie de rester et les jeunes des autres parties du pays décident de venir s’installer, ils pourront prendre avantage du potentiel qui est un effort public, louable, et déjà disponible. Il faut arrêter de penser que ce sont seulement des étrangers qui doivent venir investir à Bagré. D’ici quelques années, Bagré sera comme une « Silicon Valley » (ndlr : Silicon Valley, pôle des industries de pointe aux Etats-Unis). Je crois que les jeunes Africains sont talentueux, courageux et nous devons canaliser cette énergie, ce potentiel vers ces nouvelles initiatives.
Dans beaucoup de pays, nous voyons que toutes les opérations de marketing sont tournées vers l’Europe, pour faire venir des investisseurs étrangers, mais je pense que non. Il faut que les choses changent. Il faut former les jeunes pour qu’ils puissent investir au niveau de leurs terroirs, au lieu d’aller perdre la vie en méditerranée, au désert ou sur les routes. Il faut accompagner les jeunes par des zones comme Bagrépôle, des zones de croissance parce qu’il y a un besoin d’un nouveau type d’employés. Ce sont des questions sur lesquelles nous travaillons avec des gouvernements pour les accompagner. Nous les aidons parfois à convaincre les partenaires pour qu’ils viennent vers leurs pays.

S. : Quelle place la femme doit-elle occuper dans les efforts de développement de nos pays?

M. N : L’Afrique n’ira nulle part si on continue à marier nos filles à 15, 16 ou 17 ans. Cela veut dire que l’on sorte une bonne partie de la population de la force de production. On n’a pas assez de femmes au sommet parce qu’on les exclut dès le bas-âge. Je crois que l’Afrique ne sera pas compétitive sur le plan international si nous continuons à mettre la femme en marge du développement. Il y a quelques-unes qui échappent, mais elles sont mal traitées. Je crois que quelque chose doit changer en Afrique sinon nous ne pouvons pas aller loin.   Et ce sont des questions sur lesquelles nous travaillons. Dans tous les pays, nous avons des programmes de réparation des femmes atteintes de fistules et lorsqu’elles sont réparées, nous faisons beaucoup de choses pour les insérer dans la vie sociale et économique. Nous en faisons de véritables actrices de développement. Il y en a qui ont été expulsées par leur mari et leur famille qu’on a aidées à retourner à l’école. J’en ai rencontré une au Niger en novembre 2000 qui est en train de finir sa troisième année de médecine. C’est pour montrer le courage et l’ambition de ces femmes. Pourquoi nous ne pouvons pas donner une chance à nos filles ?

S. : Certaines conditions d’octroi de l’aide internationale, comme le respect du droit des minorités, sont parfois décriées en Afrique. Quel commentaire ?

M. N : Dans les régions de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le problème c’est la croissance démographique, la mortalité maternelle, le mariage des filles qui est le facteur le plus aggravant de la croissance démographique. Je crois que ce sont des priorités sur lesquelles nous devons travailler. Je ne connais pas d’aide liée aux droits de minorités. Chez nous, nous respectons les lois et règlements au niveau des pays ainsi que les droits humains. Nous devons faire en sorte que les préoccupations les plus importantes de tous les pays et des populations puissent être prises en compte. Il y a des questions qui sont encore difficiles et que nous devons aborder avec beaucoup de tact, surtout au niveau de certaines communautés. Ce n’est pas seulement en Afrique, même dans les pays développés il y a des questions que l’on ne peut pas aborder d’une certaine manière, parce qu’il y a une certaine façon de penser et de vivre qu’il faut respecter. 

S. : Le président cubain, Fidel Castro, s’est éteint à l’âge de 90 ans. Que retenez-vous de l’homme ?

M.N : C’est le symbole de la résistance pour avoir réussi à échapper à un nombre important d’attentats.

S. : Quels sont votre plus grande satisfaction et votre plus grand regret dans la vie ?

M.N : Ma plus grande satisfaction, c’est le travail que je fais mais également ma famille. J’ai des enfants qui grandissent et j’essaie de leur donner une bonne éducation  et de les garder enracinés dans notre culture, tout en les poussant un peu à une ouverture d’esprit. Mon souhait est que nous puissions avoir une Afrique où les Africains sont heureux et respectés. Une Afrique qui n’est plus aperçue comme l’endroit où il y a des maladies, mais une Afrique qui compte. Mon regret c’est de ne pas avoir l’occasion de passer suffisamment de temps avec ma propre famille, avec mes amis, mais également m’occuper de ma propre santé, de dormir et de manger convenablement. Parce que je fais mon travail avec passion. C’est un terrain extraordinaire avec une possibilité de don humain. Je prie pour que Dieu me donne la chance de continuer.
 
S : Avez-vous des hobbies ?

M.N : Je cours, même si ce n’est pas régulier. Je joue également au football de temps en temps. J’aime aussi aller chez ma mère prendre du thé. 

S. : Quels sens donnez-vous aux mots suivants ?

Femme : c’est la vie
Jeunesse : Avenir
Population : le futur
Planification : le levier
Développement : l’Afrique
Démocratie : tout le monde
Dividende : dividende démographique

La Rédaction


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21/05/2017 19:13
14/05/2017 19:48
 

 



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