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Si j’avais un million…

05/01/2017
21:39

Si j’avais un million, je me sentirai redevable vis-à-vis du martyr qui s’est immolé aux « heures de plomb » pour que germe de ses cendres l’espoir béat du mythe sans gloire. Ceux qui ont franchi la ligne rouge ont permis aux autres de mettre le grappin sur des strapontins à coussins. Il paraît qu’ils ne sont pas morts pour rien. Selon la légende, les martyrs ne meurent jamais. Ils vivent dans nos cœurs vides de pierre. Ils cherchent le sommeil éternel entre les frasques sempiternelles des chapelles sans évangile. Ils sont dans les grincements des tricycles de l’hémicycle, aux allures cycliques de Sisyphe. Ils sont dans les discours de velours, sur les pages volantes de l’histoire. Ceux qui ont pris les plombs peuvent se vanter d’avoir eu beaucoup trop d’aplomb. Ils sont acclamés par les sirènes funèbres et adulés par de « saints menteurs », diseurs de vérités absolues. Ceux qui se sont sacrifiés se sont fiés à la cause. Ils ont défié la mort pour mettre fin au règne sans fin. Mais enfin, la rose était fanée depuis la fleur. Seule la prose du malaise est éloquente. Désormais, on peut mentir vrai et se sentir en paix avec soi-même. On peut faire des miracles avec du faux. On peut réinventer la roue et marcher clopin-clopant. Même la faucille la plus recourbée peut rivaliser de droiture avec l’épée qui tient la balance.  Si j’avais un million, je serais redevable aux familles de ceux qui sont tombés pour que nous restions débout. Je l’offrirais gracieusement à la veuve et à l’orphelin esseulés qui n’ont eu comme cadeau de Noël qu’un cercueil. Je renoncerais à mes partisans et courtisans, et dans un sursaut patriotique, je reverserais ma cagnotte aux forces de défense et de sécurité. Parce que le moment m’y oblige. Parce que sans sécurité, il n’y a point de priorité. Si j’avais un million, j’en ferais don aux hôpitaux sans couveuse, pour que plus jamais aucun prématuré ne meure de froid. Parce que chaque bébé qui meurt est un Burkinabè qu’on perd. Je penserais au service de dialyse qui a besoin de sang neuf pour sauver des vies en sursis. Parce que la vie n’a pas de prix. Je contribuerais à remplacer les écoles sous paillotes par des écoles en dur. Parce qu’on apprend mieux dans une classe digne de ce nom. J’achèterais des pullovers «yougou-yougou» pour les volontaires adjoints de sécurité qui grelotent en régulant la circulation. Parce qu’il fait froid en ce moment. Si on me donnait un million cash, je ne ferais pas la fête avec, pendant que mon pays est en état de détresse, face au terrorisme. Je ne ferais pas de boucan pendant que le poids du deuil pèse toujours sur la Nation. Je déclinerais l’offre par décence et bon sens. Je dirais au donateur que ce ne sont pas les textes qui font vivre les hommes. Ce sont les hommes qui donnent vie aux textes. Je n’userais pas de gros mots pour justifier l’injustifiable. Il y a des contextes qui commandent de la retenue. Il y a des situations cruciales où même un texte légal ne peut pas justifier sa propre légalité. Tout est communication dans la vie, ce qui est dit ou écrit ne dit pas toujours tout. Ce qui est montré et brandi ne prouve parfois rien. Très souvent un non-dit à valeur de vérité. Ce ne sont pas les textes qui forgent le patriotisme des hommes. C’est le patriotisme des hommes qui discipline les textes qui vexent. Ce n’est pas non plus le droit qui nous rend toujours adroits. Le bon sens ne souffre pas de tergiversation. On ne jauge pas la moralité d’un homme avec une balance ou une bascule. Même contre cent personnes, l’âme digne dit haut et fort NON et assume, et s’assume. La démocratie à fait de nous des tartuffes géants aux discours pédants. La démocratie, c’est le meilleur système qui donne le pouvoir au peuple pour mieux le reprendre. Malheureusement, même ceux qui devaient dire NON ont dit OUI, sans broncher. Mais pour paraphraser quelqu’un : «un million c’est quoi ?». Il y a mieux ou pire que ça. «Ce qui est dit est dit !». Et «on s’en fout !» de ceux qui s’égosillent pour des broutilles et crient à la peccadille. Un million, c’est juste pour les papilles ! Alors, que la fête continue et soit belle ! En attendant, retenez que la meilleure traduction de la «redevabilité» est celle qui commence par soi-même. Dommage que peu se sentent redevables du moi profond. 
Dommage que l’argent soit une fin en soi et pour soi. Heureusement ou malheureusement, cette chronique n’est redevable à personne. Finalement, il y a des « redevabilités » qui frisent la culpabilité, parce qu’en perte de recevabilité. Et même la légitimité a souvent besoin d’être sociale pour être totale.


Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr
 





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