Suivez-nous                                                                                                   Contactez-nous  +22625312289
72e AG des Nations unies : Roch Kaboré plaide « pour une véritable ONU des peuples »./72e AG de l'ONU : « La lutte contre le terrorisme est désormais une priorité nationale », Roch Kaboré, président du Faso./72e AG de l’ONU : « Nous devons aborder la question de la réforme de l'ONU avec courage et sérénité pour donner à l’Afrique toute sa place », Roch Kabore, président du Faso.
Flash info :

Lutte contre les avortements clandestins

10/04/2017
19:52

L’avortement clandestin est fréquent au Burkina Faso. Au regard des enquêtes sur la pratique, il est plus que nécessaire d’agir afin d’y mettre fin. Des structures comme l'Association des professionnelles africaines de la communication (APAC) et l’Association des femmes juristes du Burkina Faso (AFJBF) font un travail de terrain. N’y a-t-il pas lieux de réfléchir à une légalisation de la pratique ? Pourra-t-elle résoudre le problème ? A ce propos, nous avons tendu notre micro à la chargée du projet «Communauté d’action pour la promotion de la santé sexuelle et reproductive au Burkina Faso, à l’AFJBF», Awa Yanogo. 

Sidwaya (S) : Qu’est-ce qu’on entend par avortement ?

Awa Yanogo (A.Y) : L’on peut définir l’avortement comme l’expulsion hors des voies génitales d’un produit pesant moins de 500 grammes. Quand on dit que le fœtus a moins de 500g, il correspond à peu près à 20-22 semaines de grossesse. Quand le fœtus dépasse les 500g, on parle d’accouchement prématuré. 

S : Selon plusieurs données statistiques, la situation des avortements clandestins est criante. Quel est l’état des lieux au Burkina Faso ?

A.Y : Au Burkina Faso, le phénomène est d’actualité. De 2010 à 2012, nous sommes passées de 1393 à 1964 cas d’avortement clandestins reçus par les formations sanitaires (Annuaire statistique DEP Ministère de la Santé 2010 et 2012). Ces chiffres ont été enregistrés grâce aux soins après avortement, puisqu’après les soins, les médecins savent si l’avortement a été provoqué ou pas. Sinon, dans la vie courante, c’est difficile d’avoir un état des lieux. C’est pourquoi, nous sommes en train de préparer une étude pour faire l’état des lieux de l’avortement dans trois régions du Burkina Faso afin d’avoir des données récentes et plus larges. Ce ne sera pas une étude facile à réaliser, mais il le faut pour une meilleure lutte contre ce fléau.

S : Quelles sont les régions concernées ?
A.Y : Nous sommes toujours sur l’étude et nous verrons avec le ministère de la Santé en fonction des données, avant d’identifier les régions dans lesquelles l’enquête va se mener. 

S : Dans quelles conditions l'avortement est autorisé au Burkina ?

A.Y : D’abord, il faut retenir que pour ce qui est des avortements autorisés, ils se situent jusqu’à près de 12000 cas. Maintenant concernant les conditions de pratique de l’avortement autorisé, les dispositions juridiques sont claires. L’article 387 du Code pénal dispose que : l’interruption volontaire de grossesse peut être pratiquée à toute époque si deux médecins, dont l’un exerçant dans une structure sanitaire publique, atteste après examen, que le maintien de la grossesse met en péril la santé de la femme ou qu’il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. En outre, en cas de viol ou d’inceste établis, la matérialité de la détresse est établie par le ministère public et la femme enceinte peut demander à un médecin dans les dix premières semaines, l’interruption de la grossesse.

S : Pensez-vous que les femmes savent ce que dit la loi en la matière ?

A.Y : Non, elles ne le savent pas. La plupart des femmes qui partent pour des soins après avortement dans les centres de santé, après le consuling avec ses dernières, le constat fait est que la plupart répondait aux critères pour avoir un droit à un avortement légal et sécurisé. Prenons le cas des mineures. Si on part sur la base qu’une mineure n’a pas de consentement, comment on qualifie le fait qu’elle soit enceinte, étant donné qu’elle n’a pas pu donner son consentement pour des rapports sexuels? Donc, elle ne sait pas qu'elle peut se faire avorter légalement. 

S : En dehors de ces conditions décrites, l’avortement est puni par la loi. Quelles sont les peines encourues  par les intéressées et aussi par les complices ?

A.Y : Lorsque l’on parle d’avortement, il y a plusieurs personnes qui sont impliquées. Il y a la personne qui avorte, celle qui fait avorter et celle qui fait la promotion de l’avortement. Pour ce qui est des personnes qui font avorter, l’on peut citer les agents de santé, les avorteurs clandestins, les tradi-praticiens. Ils peuvent encourir une peine d’emprisonnement allant de 2 à 5 ans et des amendes de 300.000 à 1.500.000 F CFA. Quand il y a mort de la femme, les peines d’emprisonnement peuvent aller jusqu’à 10 ans. Ces derniers peuvent se voir retirer leur carte professionnelle et lorsqu’il s’agit d’un étranger, il peut être expulsé ou lui retirer sa carte de résidence. Mais ce type de sanctions ne peut pas excéder 5 ans. 
Pour ce qui est de la femme qui a avorté, elle encourt des peines d’emprisonnement allant de 6 mois à deux ans et des amendes allant de 150.000 à 500.000 F CFA. A propos des personnes qui font la promotion de l’avortement, elles peuvent encourir des peines d’emprisonnement allant de 6 mois à 2 ans et des amendes allant de 500.000 à 1.500.000 F CFA. 

S : Et si le Burkina Faso travaillait à légaliser l’avortement, cela ne contribuerait-il pas à réduire le phénomène des avortements clandestins ?

A.Y : Pourquoi pas ? Parce que parler de légalisation, c’est un sujet délicat. Mais, si on prend l’exemple sur certains pays qui ont déjà légalisé l’avortement, le constat est que le taux des avortements clandestins a réduit. Si on légalise, au début, il y aura un boom mais au fil des années, il y aura une diminution des cas, ce qui va même contribuer à réduire significativement le taux de l’avortement d’une manière générale. Si le constat est fait ailleurs, au Burkina Faso, si on légalise l’avortement, l’on peut espérer une réduction du taux des avortements clandestins, surtout les complications liées à ces avortements. 

S : Quels sont les pays qui ont déjà légalisé l’avortement ? 

A.Y : Il y a la Tunisie qui est même un pays musulman, la Zambie qui a légalisé récemment, quelques Etats des Etats-Unis et la France.

S : Est-ce que légaliser l’avortement ne va pas accroître le taux de grossesses et de maladie sexuellement transmissibles ?  

A.Y : Ce n’est pas parce qu’on va légaliser l’avortement que l’on va arrêter les sensibilisations, de parler des méthodes contraceptives, de faire la promotion des préservatifs et de l’abstinence. Légaliser l’avortement viendra résoudre un problème-type, mais les problèmes demeurent. Actuellement, l’avortement n’est pas légalisé. Mais nous avons un fort taux de grossesses non désirées en milieu scolaire et dans la société. C’est un problème qui existe déjà. Les parents et plusieurs acteurs sont fautifs. Ils refusent d’en parler ; ce qui fait persister les cas de grossesses non désirées. Donc si à un certain moment, légaliser l’avortement peut nous arranger, je pense qu’il faut qu’on le fasse. Au cas où il y a d’autres propositions, on peut tenter. Il faut que les populations évitent les ‘’et si’’ ‘’et si’’. Il faut oser aller à la légalisation. 

S : L’avortement reste encore un sujet dont on parle moins, il n’y a pas un véritable débat  public, à votre avis, qu’est qui explique cela ?

A.Y : Justement. Au Burkina Faso, les gens ont tendance à négliger l’avortement alors que c’est un problème sérieux qui continue de prendre de l’ampleur. Rien que les statistiques sont édifiantes. De 2010 à 2012, les chiffres sont passés de plus de 1300 à plus de 1900 avortements clandestins. Et ces chiffres sont ceux recensés dans les centres de santé. Et ceux que les centres de santé ignorent ? Donc il faut que l’on en parle, que l’on accepte de parler de l’avortement. On ne dit pas de faire la promotion de l’avortement parce que la loi l’interdit. Mais au moins, les conditions déjà prévues doivent être mieux vulgarisées. Il faut que les femmes sachent que lorsqu’elles ont un problème de grossesse, elles ne doivent pas immédiatement penser à un avortement. Elles doivent se rendre dans un centre de santé, dans un poste de police ou brigade de gendarmerie ou à l’action sociale. Il faut ouvrir le débat sur le sujet à toutes les couches de la société afin qu’une solution soit trouvée. 

Interview réalisée par Gaspard BAYALA


80
Partager sur Facebook

> Recherche





>SOURIRE DU JOUR




>IMAGE DE LA CITE






> Edito

 



> Inscrivez-vous à la Newsletter

Newsletter

> Conseil des ministres


Voir tous les comptes rendus