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" L’Afrique est une zone exempte d’armes nucléaires" , Lassina Zerbo.

01/07/2017
09:30

 Le Burkinabé Lassina Zerbo, Secrétaire Exécutif de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO) basée à Vienne soutient qu’il est possible d’endiguer totalement les essais nucléaires.Dans cette interview qu’il a accordé à l’occasion de la sixième conférence sur la science et la technologie de son organisation, il explique notamment que le travail technique et politique est fait pour l’instruction du Traité afin de débarrasser le monde des expositions et explosions nucléaires. Mais pour arriver à un monde exempt d’armes nucléaires, Lassina Zerbo affirme que la balle est dans le camp des leaders du monde sur lesquels les forces sociales doivent mettre la pression pour les amener à comprendre l’urgence. 

  Quelle est la particularité de la conférence scientifique du CTBT de cette année ?

En 2017, j’ai personnellement tenu à mettre l’accent sur les jeunes. Avec l’évolution des réseaux sociaux, l’évolution des systèmes de communication, la prise de conscience de la jeunesse et de la société civile de nos pays respectifs, je pense qu’il était urgent d’impliquer les jeunes sur ces questions sensibles afin qu’ils soient les garants de préparer un monde meilleur et pour eux d’abord et pour les générations futures. Les générations qui ont connu la guerre aussi bien la guerre froide que la Deuxième guerre mondiale où, pour la première fois, l’arme atomique a été utilisée à Hiroshima et Nagazaki, cette génération là doit s’assurer de faire le pont entre eux et les générations futures. Et donc c’est ce gap là qui manquent et la meilleure manière de remplir ce gap, c’est d’amener les jeunes à comprendre d’abord ce qui a amené les guerres et à savoir que le monde d’aujourd’hui est trop civilisé pour qu’on s’adonne encore à des développements d’armes de destruction massive. Et c’est cette particularité qu’on a avec cette conférence parce qu’on a amené 70 jeunes de 54 pays, des jeunes de 15 à 35 ans. J’ai dit que c’est de 15 à 81 ans parce qu’il y a un ami des Etats-Unis qui a 81 ans. Il s’est inscrit comme jeunes scientifiques parce que c’est quelqu’un qui pense jeune, qui demeure jeune, qui s’intéresse aux nouvelles technologies et donc c’est pour cela que je l’ai mis aussi dans le groupe des jeunes. Et c’est quelqu’un qui va servir à faire ce pont là parce qu’il connait non seulement la science derrière ces technologies là, mais il connait aussi la responsabilité de la science pour amener les politiques à comprendre que l’interdiction complète des essais nucléaires est une question d’urgence.

Concrètement comment vous entrevoyez la participation de ces jeunes au-delà de cette conférence ?

 Au-delà de cette conférence, mon service de communication a déjà innové en amenant des cadres de discussions où les jeunes comprennent et s’intéressent à la manière de communiquer avec l’extérieur. Et cela c’est quelque chose qui nous manque parce que quand ont met à la disposition des jeunes des méthodes ou outils de comprendre le désarmement et la non-prolifération, il faut leur expliquer comment utiliser ces outils là. Et utiliser les outils dans un domaine aussi sensible que le désarmement et la non-prolifération, il faut préparer les jeunes à communiquer. Ils viennent avec un enthousiasme, une énergie, une fraîcheur qui commande que nous les mettons dans un cadre où ils communiquent bien dans l’intérêt de l’organisation et dans leur intérêt personnel. Nous qui sommes aujourd’hui dans le désarmement, si on avait été formé aussi tôt, nous allons être de meilleur avocat aujourd’hui. 

Votre organisation a enregistré des succès dans le régime de vérification scientifique, comment cela a été possible ?

L’organisation dans sa conception était censée mettre en place des moyens politiques et techniques pour l’entrée en vigueur d’un Traité en trois ans. Cela fait 20 ans, sur le plan politique nous avons amené 183 pays à adhérer à ce Traité par leurs signatures, 166 qui l’ont ratifié. Cela fait déjà plus de 90 % de la population mondiale qui dit, plus jamais d’essais nucléaires. Mais ce Traité est ce que le président Bill Clinton avait appelé le Traité qui a été le plus longtemps et le plus dur à négocier parce que la négociation sur le Traité d’interdiction a pris un demi siècle et cela a été ouvert à signature il y a vingt ans. Cela fait 70 ans que cette question est discutée et 70 ans donc qu’on n’arrive pas à créer un cadre légal qui interdit totalement les essais nucléaires. Mais ce Traité et cette organisation a cette particularité que parce qu’il y a toute une science et des technologies derrière qui doivent montrer que le Traité est vérifiable, donc que dans l’atmosphère, sous les océans, sur terre, aucun essai nucléaire ne passe inaperçu. Donc nous avons mis en place un système de surveillance internationale qui est constitué de plus de 300 stations et laboratoires qui sont répartis sur plus de 90 pays et dont le rôle est de surveiller cette planète 24 H/24 en vue de détecter tout essai que ceux qui iraient à l’encontre de ce Traité cacherait. Nous avons 90 % de ce réseau qui est mis en place et 90 % du réseau qui a une performance beaucoup plus efficace que ce qui était anticipé pour les 100 % du réseau. C’est pour cela que nous disons que nous avons déjà atteint un certain succès. Mais un succès aussi sur le plan politique parce que les gens disent mais pourquoi  nous avons cette organisation, pourquoi nous avons ce Traité s’il y a un seul pays qui fait des essais nucléaires. Mais justement, c’est parce qu’on a ce système de surveillance mondiale qu’il y a un seul pays récalcitrant qui fait des essais nucléaires. 
Quand vous voyez la période des essais nucléaires après la deuxième guerre mondiale jusque dans les années 1990, nous avons eu plus de 2000 essais nucléaires qui ont eu des conséquences dramatiques sur la population et sur l’environnement. Mais après 2000, après l’ouverture de ce Traité à signature et la connaissance du monde de la préparation d’un système de surveillance internationale, les essais sont allés de 2000 à 3 ou 4 dans les années 1998 et plus jamais dans ce 21ème siècle sauf la Corée du Nord. Sur le plan technique et politique voilà les succès qu’a atteints cette organisation. Mais nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. On ne doit pas être victime de notre succès. Les succès de l’organisation, c’est d’arriver à endiguer justement ce fléau d’essai nucléaire mais ce n’est pas pour cela que le Traité ne doit pas être légalement instruit de façon à ce que les essais nucléaires soient de l’histoire.

 Justement dans ce sens quels sont les prochains défis alors ?

Les prochains défis, c’est amené ces huit pays qui restent à ratifier le Traité. Le président Barack Obama en avait fait un cheval de bataille. Nous sommes en démocratie. Un président dans un pays démocratique peut avoir des envies mais s’il n’a pas la majorité au Sénat, il ne peut pas ratifier un Traité. Donc il s’agit de créer les conditions de confiance qui amèneraient les Sénateurs des Etats-Unis à considérer que ce Traité et son système de surveillance mondiale va dans l’intérêt de la sécurité des Etats-Unis. Mais j’y crois fermement parce que les Etats-Unis mieux que quiconque sont ceux qui utilisent le plus les données du système de surveillance mondiale. Ils ne peuvent pas s’en passer aujourd’hui sans eux-mêmes créé et aucun pays sur cette planète ne peut s’adjuger ni les moyens ni le droit d’avoir des stations répartis sur plus de 90 pays à travers le monde. Donc c’est impossible et si c’est impossible, les Etats-Unis ont besoin de nous et nous avons besoin des Etats-Unis comme des autres pays pour jouer ce rôle de complément en terme de détection nucléaire pour qu’on ait un système de surveillance parfait. Et c’est ce que nous nous attelons à faire et nous le faisons avec les Etats-Unis, la Chine, l’Iran, l’Israël et l’Egypte. L’Inde a toujours été en dehors de ce Traité pour des raisons du temps des négociations mais le Pakistan est un observateur auprès de ce Traité. Voilà ces pays que nous devons amener. Avec l’aide des médias, on peut amener la communauté internationale à comprendre l’urgence de l’entrée en vigueur de ce Traité parce qu’en ce moment, vous le savez, il y a des débats sur l’interdiction des armes nucléaires qui se passent à New-York. Mais moi je me dis, nous avons commencé depuis 20 ans à travailler sur un Traité, s’il est difficile d’obtenir l’interdiction des essais nucléaires qui contribuent à former ou à fabriquer des armes nucléaires, comment on peut interdire les armes nucléaires si on n’arrive pas à interdire la manière de les fabriquer. Donc voilà un peu le dilemme que moi j’ai qui fait peut-être douter certains sur notre volonté à aller en accord avec ce Traité. Mais nous sommes d’autant plus contre et pour un monde exempt d’armes nucléaires, c’est pour cela que nous sommes et nous combattons pour ce Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Donc oui pour un monde sans armes nucléaires mais oui aussi pour un Traité d’interdiction complète des essais nucléaires qui contribuera à être le socle qui va préparer ce monde exempt d’armes nucléaires. Voilà notre démarche et c’est pour cela que les contribuables nous donnent les moyens d’avoir cette organisation et nous ne pouvons que nous atteler et s’assurer justement que dans le concert des Nations, on arrive à un cadre d’entente qui prépare un monde sûr, un monde juste et un monde prospère pour nous et pour les générations à venir.

Dans tout ce travail que vous faites, quelle est la participation de l’Afrique ?

Pratiquement tous les pays de l’Afrique ont signé et ratifié ce Traité. Il n’y a que 6 ou 7 pays qui sont encore à considérer la ratification de ce Traité. Mais la participation de l’Afrique, c’est à travers le Traité de Pelindaba. A travers le Traité de Pelindaba, l’Afrique est une zone exempte d’armes nucléaires. Donc, de facto, tous les pays africains devraient considérer la ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Si une zone est déclarée par les Etats, instruit en vigueur comme neutre et exempte d’armes nucléaires, il n’y a pas de raisons qu’un pays sur cette zone là ne  puisse pas considérer l’interdiction complète des essais nucléaires. Donc nous essayons de faire justement ce lien là entre la zone exempt d’armes nucléaires qui va dans le cadre du Traité de Pelindaba et la nécessité que tous les Etats africains ratifient le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Parce que si vous êtes dans une zone exempte d’armes nucléaires, vous vous engagez déjà à ne jamais faire des essais nucléaires. Donc faites en sorte que cette interdiction des essais nucléaires fasse partie légalement de cette zone exempte d’armes nucléaires. C’est ceux à quoi nous travaillons.Votre organisation a mis en place des stations en Afrique. 

Les stations auxiliaires ne fonctionnent pas, comment vous travaillez à amener les Etats africains à s’occuper de ces stations qui ne sont pas forcement sous votre responsabilité ?

Les stations auxiliaires sont également sous notre responsabilité même si elles ne sont pas d’emblé dans le cadre de financement et d’opération en maintenance que nous avons instruits. Nous avons à travers les contributions des Etats qui croient en ce Traité, qui croient à la technologie créé un cadre où nous contribuons aux stations auxiliaires qui sont dans les pays depuis le temps colonial pour que ces stations soient au niveau et puissent contribuer autant au système de surveillance internationale. Avant les gouvernements, nous devons convaincre les experts à accepter l’opération et la maintenance de ces stations comme étant important pour la communauté scientifique avant justement d’aviser les autorités politiques. Donc voilà comment nous travaillons. C’est pour ça que nous avons amené des experts et c’est pour ça que nous avons cette conférence scientifique tous les deux ans pour justement amener les experts africains, les experts des pays en voie de développement à échanger avec les plus grands experts mondiaux dans la technologie de détection nucléaire afin d’être au parfum des dernières technologies et faire comprendre ces technologies là localement en Afrique et dans les pays en voie de développement. Parce que ces techniques de détection nucléaire ne servent pas seulement à la détection des essais nucléaires, Dieu seul sait parce qu’au 21ème siècle nous avons que la Corée du Nord. La surveillance mondiale est faite pour qu’il n’y ait jamais d’essais nucléaires. Donc on forme et on fabrique un système pratiquement pour ne jamais l’utiliser. Voilà un peu le dilemme de l’histoire de la technologie de détection. En revanche, le système est utilisé parce qu’il est fonctionnel 24H/24. Mais si on ne détecte plus d’essais nucléaires, c’est utiliser les technologies pour comprendre ce qu’il peut faire pour les applications civiles et scientifiques. C’est en cela que nous contribuons à l’alerte au tsunami avec 12 institutions d’alertes au tsunami. Vous avez vu dans l’accident de Fukushima, nous sommes la seule institution à avoir pu donner des indications sur la dispersion des radio-isotopes. Nous détectons des explosions à caractère civil et scientifique que nous mettons à la disposition des Etats. Nous arrivons à contribuer à l’environnement par nos stations hydroacoustiques très chères, le changement climatique, le réchauffement des océans, la baisse de température, la montée de température, le suivi justement des mammifères marins par les sondes qu’ils émettent par certaines de nos stations. Et tout cela est fait justement pour contribuer à ce que la science et la technologie peuvent faire pour protéger l’environnement. Voilà ces aspects que nous essayons de développer en Afrique et dans les pays en voie de développement pour que les gens ne voient pas en notre organisation et aux technologies que nous utilisons seulement dans la détection des essais nucléaires mais aussi les applications civiles et scientifiques.

Comment les structures de recherche au niveau du continent africain peuvent bénéficier des données que vous générez chaque année ?

Nous avons mis en place des mécanismes de formation qui amènent beaucoup de jeunes. Vous avez vu les jeunes scientifiques africains qui sont arrivés pour la conférence. Il y a une jeune d’Angola qui est venue me voir avec le ministre de la recherche scientifique d’Angola qui était très fier d’avoir pu insérer une de ces étudiantes à elle dans ce système là pour comprendre l’opération et la maintenance de nos stations et leur utilité sur le continent. L’Angola est l’un des derniers pays à ratifier le Traité et moi je suis très content de savoir que l’Angola associe à sa ratification un engagement technique et scientifique qui servira justement le pays. Voilà comment tous les autres pays africains peuvent faire : intéresser les scientifiques à comprendre la science derrière la détection des essais nucléaires et voir l’utilisation de cette science à des fins qui peuvent être utiles pour nos pays.  

Comment traitez-vous le cas de la Corée du Nord que vous avez précédemment évoqué?

 La Corée du Nord, on le traite dans le cadre de la communauté internationale. Ce que je trouve déplorable, c’est parce que justement on n’arrive pas à lier totalement la cessation des essais nucléaires en Corée du Nord avec l’entrée en vigueur de l‘interdiction complète des essais nucléaires. Et cela est un problème sur lequel il faut qu’on se penche avec l’appui des leaders de ce monde parce que sans leadership rien n’avance pas. 

Quelles sont les perspectives de cette conférence ?

C’est amener les filles et les femmes à s’intéresser beaucoup plus aux questions de paix et de sécurité. Je disais tantôt que si les femmes constituent le socle familial surtout dans les pays africains, il faut qu’on comprenne qu’on ne peut pas construire un monde de paix, un monde juste sans l’apport et la contribution des femmes. Et c’est pour quoi nous avons fait des femmes un cadre central de cette conférence et je veux que de cette conférence émerge un mouvement de filles et de femmes qui comprennent l’importance de ce Traité pour la paix et la sécurité et qu’elles fassent en sorte que le monde comprenne qu’il est temps que ce Traité d’interdiction complète entre en vigueur. Le travail est fait, le travail politique est fait, le travail technique est fait. Il reste les décisions de nos leaders et il faut les amener, par la société civile, par les mouvements des femmes,  par l’implication des femmes à comprendre que c’est une urgence.

Propos recueillis par Christophe Assogba depuis Vienne  
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