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Roch Marc Christian Kaboré, président du Faso "Un pays se construit par l’ensemble de ses fils"

11/07/2017
10:24

En prélude au 6ème Sommet du Traité d’amitié et de coopération (TAC) Burkina-Côte d’Ivoire qui se tiendra à Ouagadougou, du 14 au 18 juillet 2017, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, nous a accordé une interview le samedi 8 juillet dernier. Sans langue de bois, le chef de l’Etat a répondu aux questions relatives à la coopération entre les deux pays, au Plan national de développement économique et social (PNDES), aux dossiers judiciaires, aux revendications sociales, etc. Il se dit convaincu que son bilan sera positif en 2020, fin de son premier mandat.

Sidwaya (S.) : A quelques jours de la tenue de la 6e rencontre entre le Burkina et la Côte d’Ivoire dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération (TAC), que peut-on retenir de la coopération entre les deux pays ?

Roch Marc Christian Kaboré (R.M.C.K) : Je dois me féliciter de la qualité des relations qui existent entre nos deux pays, dans tous les domaines, au plan politique, économique, sécuritaire… Les concertations permanentes que nous entretenons entre les exécutifs, notamment entre le président Alassane Ouattara et moi et entre les Premiers ministres et nos gouvernements permettent de consolider ces relations-là. Par ailleurs, nos deux pays sont ensemble dans des organisations internationales et interafricaines et à chaque fois, nous privilégions la concertation pour harmoniser nos points de vue. Et cela ne peut qu’être un plus au renforcement de cette coopération. Aussi, historiquement, la Côte d’Ivoire et le Burkina sont liés. Et que nous le voulions ou pas, nous sommes obligés d’œuvrer à chaque fois au renforcement de la coopération entre les deux pays.

S. : Des accords de coopération ont été signés le 29 juillet 2016 dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération (TAC) entre la Côte d’Ivoire et le Burkina. Etes-vous satisfait de leur mise en œuvre ?

R.M.C.K. : Nous avons, en effet, signé des accords lors du TAC V qui s’est tenu à Yamoussoukro en 2016. Ces accords ont porté, entre autres, sur les relations entre nos universités, les organismes scientifiques... Ces accords se déroulent très bien. Il est évident que la coordination de la mise en œuvre de ces genres d’accords entre deux pays est souvent confrontée à des difficultés mais la volonté politique qui consiste à la conclure existe. Les points les plus importants sur lesquels nous poursuivons les discussions concernent des projets structurants tels que les questions de l’autoroute Ouaga-Abidjan, celle du chemin de fer Abidjan-Ouaga-Kaya-Tambao, la question de l’approvisionnement en énergie électrique et en hydrocarbures. Les discussions que nous allons avoir au cours du TAC VI vont certainement permettre de faire le point sur ces différentes questions.  Au-delà de cela, je voudrais vous rassurer que la volonté politique de renforcer la coopération entre les deux pays existe. Nous sommes satisfaits de la première évaluation de la mise en œuvre des accords du TAC V qui a été faite au mois de mars dernier par les ministres et les techniciens des deux pays. Les travaux du TAC VI vont permettre de déceler les  goulots d’étranglement et proposer des  solutions pour faire évoluer ces questions- là.

S. : A quand le démarrage des travaux de réalisation du chemin de fer ?

R.M.C.K. : Sur la question du chemin de fer, il y a d’abord la réhabilitation de la voie Abidjan-Ouaga-Kaya. Vous savez bien que la concession a été donnée au groupe Bolloré avec qui nous allons  avoir des discussions sur le montant et la durée de l’investissement. Cette question ne concerne pas seulement les deux pays car, il y a le partenaire privé. Cela nécessite que des discussions et des concertations soient menées. Les ministres des Transports sont déjà dans cette dynamique. Mais au regard de l’importance de ce projet, il n’est pas exclu que les chefs d’Etat s’impliquent directement à travers une discussion avec le groupe Bolloré afin de trouver des solutions en vue d’éviter la dégradation continue de la voie entre le Burkina et la Côte d’Ivoire.  Concernant la question de Tambao, vous n’ignorez pas que ce projet connaît des difficultés à la suite du non-respect d’engagement de la part de celui qui devait œuvrer à la réalisation de ce projet. Ce qui nous vaut aujourd’hui un procès sur le dossier. Pour nous, le plus urgent, c’est la réhabilitation de la voie pour permettre d’assurer de façon continue et fluide, le transport des produits entre les deux pays.

S. : Vous avez tantôt parlé de la construction d’une autoroute entre les deux pays. Qu’est-ce qui est fait du côté du Burkina Faso pour concrétiser ce projet ?

R.M.C.K. : En Côte d’Ivoire, la question de l’autoroute connaît déjà une évolution assez importante. Le Burkina Faso a inclus également ce projet dans ses priorités. Nous avons déjà fait l’étude technique et de faisabilité de la portion Ouaga-Bobo. L’UEMOA finance une partie de l’étude, notamment la portion Abidjan-Bobo. Mais d’ores et déjà, nous avons inscrit, dans le cadre du partenariat public-privé, la réalisation des travaux entre Ouagadougou et Koudougou. Nous avons déjà procédé à la sélection des entreprises qui pourront faire ce travail. Il reste maintenant à analyser les différentes propositions qui nous sont faites afin de signer le partenariat pour la réalisation de la première partie de cette autoroute par le Burkina Faso.

S. : La libre circulation des personnes et des biens est l’un des objectifs du TAC. Cependant, la persistance, voire la multiplication des postes de contrôle sur le corridor Burkina-Côte d’Ivoire entrave cette libre circulation. Qu’est-ce qui est fait par le Burkina Faso pour que cela soit une réalité ?

R.M.C.K. : Nous sommes dans un contexte où il faut allier   la libre circulation des personnes et des biens aux questions sécuritaires. Mais déjà, nous envisageons d’alléger le dispositif en passant de huit postes de contrôle à cinq. La Commission nationale de la sécurité routière présidée par le Premier ministre va travailler à la prise de cette décision. Mais soyez rassurés que, nonobstant les questions de sécurité qui sont posées, nous allons travailler progressivement à alléger les contrôles routiers de manière à assurer la fluidité dans la circulation.
Nous devons toujours avoir à l’esprit que notre sous-région connaît aujourd’hui un contexte particulier. Nous ne pouvons pas nous comporter comme si le terrorisme n’était pas une réalité avec laquelle nous devons désormais vivre avec.

S. : A propos de la libre circulation, on constate très souvent que les mesures prises au sommet ne sont pas toujours respectées sur le terrain. N’est- il pas temps de prévoir des sanctions vis-à-vis des contrevenants ?

R.M.C.K. : Il y a deux aspects dans la difficulté liée à la libre circulation. Il y a d’abord l’aspect lié aux postes de sécurité. Là, il appartient aux Etats de définir où ils les placent pour assurer un meilleur contrôle de part et d’autre. Il y a aussi un deuxième aspect qui se rapporte aux rackets sur nos routes. En ce qui nous concerne, nous avons mis en place, récemment, une coordination nationale de contrôle. Nous voulons, à travers cette mesure, pouvoir assurer de façon régulière le contrôle sur les voies afin de mettre la main sur toutes ces forces qui rackettent les gens sur nos routes. Cette pratique ne donne pas une bonne image de nous et crée sur le plan économique un certain nombre de distorsions. Le travail de la coordination doit être permanent. Car comme vous le savez, à chaque fois qu’il n’y a pas de contrôle sur un exercice donné, les mauvaises manières prennent le dessus sur les bonnes. Déjà, l’action de la coordination, je puis vous assurer, produit des résultats sur un certain nombre de routes au Burkina Faso.

S. : Le Burkina et la Côte d’Ivoire rencontrent des difficultés économiques. Avez-vous pris des mesures pour que cela n’impacte pas négativement la mise en œuvre  de certains projets du TAC ?

R.M.C.K. : Les difficultés économiques aujourd’hui, ne concernent pas uniquement la Côte d’Ivoire et le Burkina. Toute la sous-région connaît des difficultés au plan économique. Nous sommes dans une situation où au niveau de l’UEMOA, les performances économiques en termes de croissance sont de loin meilleures à celles de la CEDEAO. Or, comme vous le savez, nos économies sont imbriquées. Chaque pays essaie de faire face aux difficultés économiques du moment. Mais il est évident que dans un tel contexte, la cadence de réalisation du projet peut se faire au même rythme que celui d’une situation économique favorable. Il faudra donc, dans nos projets, prioriser certains par rapport à d’autres. C’est notre rôle, en tant que gouvernants, de pouvoir opérer des choix, de prioriser ce que nous pouvons faire concrètement. Comme vous le savez, en économie, il y a des moments où on est au creux de la vague et il y a aussi des moments où il peut y avoir des rebondissements qui permettent de bénéficier des bons vents. Tout comme le Burkina, la Côte d’Ivoire ne décide pas du coût de ses produits d’exportation. Quand les coûts sont bas, vous êtes obligés d’en tenir compte et de restructurer vos projets en tenant compte de cette donne. Ce sont des réalités auxquelles tous les pays du monde font face. Il nous appartient aussi d’y faire face.

S. : La mise en œuvre du TAC nécessite une certaine stabilité à la fois au niveau social et politique. Or, la Côte d’Ivoire a été secouée ces derniers mois par des mutineries. Comment avez-vous vécu cela depuis Ouagadougou ?


R.M.C.K. : Tout ce qui met à mal la stabilité d’un pays voisin ne peut pas être des motifs de réjouissance. C’est plutôt des sources de préoccupations. Nos économies sont tellement liées, nos populations sont tellement liées que toutes les difficultés vécues par la Côte d’Ivoire ont des répercussions au Burkina. C’est pourquoi, nous avons vécu les situations de troubles en Côte d’Ivoire avec beaucoup d’attention. Nous avons été tout à fait satisfait de voir que les Ivoiriens entre eux-mêmes ont travaillé à trouver des solutions pour sortir de la crise et éviter le pire. Nous saluons le sens de la responsabilité des Ivoiriens. Nous devons gérer nos pays de façon à éviter les fractures qui sont de nature à nous ramener des dizaines d’années en arrière. On espère que chacun saura raison gardée pour que la Côte d’Ivoire continue à avancer dans sa prospérité et l’unité de ses fils.

S. : L’occupation des forêts ivoiriennes par des clandestins burkinabè a-t-elle donné lieu à des concertations entre Abidjan et Ouagadougou comme prévu par le Sommet du 29 juillet 2016 à Yamoussoukro ? Si oui, quels en sont les résultats ?

R.M.C.K. : Au TAC V, cette question constituait l’une des préoccupations, notamment l’occupation du Mont Péko. Il y a eu beaucoup de concertations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire sur ce sujet. Du fait de la désertification qui avance, les populations se dirigent de plus en plus vers les zones les plus favorables aux activités. C’est une réalité mondiale qui doit nous préoccuper. Grâce à nos concertations sur le Mont Péko en particulier, les Burkinabè ont quitté cet endroit même si, par ailleurs, certains d’entre eux sont restés dans les alentours. Il y en a aussi qui sont allés vers d’autres régions de la Côte d’Ivoire, tandis que d’autres se préoccupent de retourner au Burkina Faso. Nous sommes toujours dans la gestion de cette situation qui se fait avec beaucoup de tact. Lors d’un sommet, pendant que nous étions en train de discuter avec le président Alassane Ouattara, la présidente du Liberia nous informe que dans son pays, il y a également des Burkinabè qui occupent des espaces. Comme vous le savez, les Burkinabè sont des travailleurs. Nous aimons la terre. Partout où il y a de bons sols, nous sommes preneurs (rires). Des questions sensibles du genre doivent être traitées avec beaucoup de responsabilité.

S. : Quelles seront les principales priorités du TAC VI qui se tiendra à Ouagadougou les jours à venir ?

R.M.C.K. : Les priorités, c’est d’abord faire le point de ce qui a déjà été fait. Ensuite, nous allons échanger sur les projets structurants comme l’autoroute, le chemin de fer, l’approvisionnement en énergie et en hydrocarbures. Au dernier TAC, nous avons demandé à la Côte d’Ivoire de rehausser son appui en électricité à notre pays de 60 à 80 mégawatts. Cela a été fait en moyenne. Nous demandons maintenant que cela soit porté à 100 mégawatts. Cela dit, nous ne pourrons solliciter à un pays que ce qu’il peut offrir. Mais nous sommes sur le point de passer de 80 à 90 mégawatts d’appui en électricité de la part de la Côte d’Ivoire. En ce qui concerne les hydrocarbures, il s’agit pour nous qui importons du carburant à l’international, de pouvoir passer par le corridor ivoirien.  Nous avons également en vue la mise en place d’un pipeline entre la Côte d’Ivoire et le Burkina. Ce projet nécessite la réalisation d’études complémentaires à faire sur sa viabilité. Pour le reste, nous avons émis l’idée lors du premier TAC de la mise en place d’un fonds d’appui aux jeunes et aux femmes. Nous allons, lors du TAC prochain, réfléchir à l’opérationnalisation de ce fonds entre les deux pays. Ce dernier élément est très important au moment où il est de plus en plus question de tirer le bénéfice du dividende démographique en investissant sur les femmes et les jeunes. Nous allons également signer un certain nombre d’accords sur la traite des enfants, les femmes, les mutilations. Il est évident aussi que la coopération frontalière, l’administration territoriale seront également au centre des échanges du TAC VI. La question de la coopération décentralisée doit connaître une évolution lors du prochain TAC.

S : Quel bilan faites-vous de vos dix-huit premiers mois passés à la tête de l’Etat burkinabè ?

R.M.C.K. : Pour ma part, je considère que les dix-huit mois passés à la tête du pays sont positifs. La démocratie avance, la liberté de presse, la liberté d’expression sont des réalités au Burkina Faso. Cependant, il y a quand même un bémol sur le plan de la culture démocratique, au regard de l’incivisme, au regard du fait que des citoyens pensent parfois qu’ils peuvent agir en dehors des lois de la République. Nous devons travailler à résoudre ces questions, tant du point de vue de la sanction que du point de vue de la sensibilisation. La démocratie est un travail de longue haleine. Une autre préoccupation importante du moment est celle relative à la réconciliation nationale. C’est une préoccupation centrale de tous les Burkinabè. Notre pays a connu des périodes difficiles. Il faut trouver une formule pour solder les comptes et avancer. A ce niveau, il y a un travail qui est engagé au niveau de la justice et qui va aboutir au dénouement de ces questions-là. Notre souhait est que le plus rapidement possible, justice soit rendue pour que les Burkinabè puissent se pardonner, envisager l’avenir avec sérénité et ne pas se polariser sur des questions dont certaines remontent parfois à 30 ans et qui empoisonnent l’atmosphère et constituent un blocage à l’unité des filles et fils du Burkina Faso. Au plan économique, nous sommes dans la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES). Ce n’est qu’en décembre 2016 que s’est tenue la table ronde au cours de laquelle nous avons soumis le projet à la communauté internationale. Cette table ronde a connu un fort succès. En termes de promesses d’engagements, le Burkina Faso s’en est sorti avec près de 18 mille milliards de FCFA. Cet engouement pour nous, est une preuve de la crédibilité et de la validité du programme que nous avons soumis aux partenaires. Pour le PNDES, sachez que vous avez d’une part les promesses et de l’autre, la mise en œuvre pour pouvoir mobiliser les ressources. Une évaluation a été faite et à l’heure actuelle, nous comptons une cinquantaine de projets mûrs. Nous sommes actuellement dans la phase de mobilisation de ressources pour la mise en œuvre de ces premiers projets. Malgré un contexte difficile du fait des perturbations au niveau social, nous œuvrons pour la réussite du PNDES. Comme vous le savez, les revendications sociales ont été importantes surtout dans les secteurs les plus sensibles comme le Trésor, les Impôts, les Finances. Les différentes perturbations, bien sûr, entraînent un ralentissement dans la mise en œuvre du PNDES. La situation économique d’ensemble n’est pas facile. Autant les syndicats ont besoin d’améliorer leurs conditions de vie, je pense que nous devons autant allier nos revendications à l’intérêt général. Si nous ne travaillons pas pour accroître nos productions, comment pourrons-nous créer des ressources à même de contribuer à l’amélioration de nos conditions de vie ? Nous ne devons pas nous comporter comme ce paysan qui, sous le prétexte que son grenier est plein, refuse de cultiver. Il oublie qu’en puisant dans son grenier pour se nourrir, ses stocks s’amenuisent et qu’il s’appauvrit dans les faits. Il est bon que chacun prenne conscience du fait que le développement du Burkina Faso n’est pas seulement l’affaire des autres mais l’affaire de tous. Chacun doit apporter sa contribution. Il faut bannir les raisonnements du genre « c’est vous qui avez dit que vous pouvez, c’est vous qui êtes au gouvernement, débrouillez-vous pour nous faire avancer ». Ça, c’est trop facile ! Un pays se construit par l’ensemble de ses fils. Mais en tout état de cause, nous sommes déterminés à avancer dans la réalisation de ce programme. Je reste convaincu que le bilan de la réalisation du PNDES en 2020 sera positif. Enfin, au plan institutionnel, nous avons mis en place une commission qui travaille de façon consensuelle pour proposer une nouvelle Constitution aux Burkinabè.

S. : A propos du PNDES, un économiste bien connu de chez nous a dit que le Burkina Faso n’a pas d’avenir avec le PNDES. Que répondez-vous ?


R.M.C.K. : C’est un raisonnement primitif. On dira à cette allure que depuis les années 60, aucun programme de développement n’a eu de l’intérêt pour le pays ! Les problèmes que nous voulons résoudre aujourd’hui à travers le PNDES sont des problèmes qui existent dans notre pays depuis l’indépendance. Ma vision de la gestion d’un Etat est que chacun doit apporter sa pierre à la construction de l’édifice. Je n’ai pas la prétention en tant que président du Faso de solder tous les problèmes du pays. Les raisonnements de ce type relèvent d’une vision simpliste. C’est un commentaire de type politique que je ne peux pas prendre en compte. Le PNDES est un programme qui a été validé au plan international. Alors, donnons-nous les moyens de le mettre en œuvre. Si pendant que vous construisez d’autres détruisent, il est évident qu’on ne pourra pas avancer. Je lance un appel à ce genre de déclarant, de se mettre au travail plutôt que de passer le temps à faire des déclarations. Comme on le dit, le Burkina Faso est un pays de savane. On se connaît tous. Chacun a eu son occasion de nous faire avancer mais le constat est tout autre. De ce point de vue-là, je considère cette déclaration comme une tirade qui n’a aucun intérêt pour moi.

S. : Le Chef de file de l’opposition (CFOP), Zéphirin Diabré, a critiqué sévèrement votre bilan. Il dénonce une gestion chaotique de votre gouvernement et déclare que le Burkina Faso est piloté à vue depuis que vous êtes à la tête du pays. Réfutez-vous ces accusations et quels sont vos arguments pour contredire le CFOP ?


R.M.C.K. : Le CFOP est dans son rôle. Je ne demande pas au CFOP de louer les actions du gouvernement. Cependant, je lui  demande simplement  de ne pas être dans la critique facile, parce que le rôle de l’opposition, c'est aussi la construction du Burkina Faso. C’est trop facile de rester sans action et de passer le temps à dire "là ça ne va pas, là non plus...". Quelle est son action en termes de propositions pour faire avancer les choses ? J’estime que, pour l’instant, le peuple burkinabè m’a fait confiance en m’élisant et j’assume ma mission vis-à-vis du peuple. L’opposition a un rôle de critique. Elle doit également nous pousser à l’action. Si les critiques sont fondées, le gouvernement doit les prendre en compte, parce que comme je l’ai dit, ce qui compte, c’est l’intérêt du pays. Pour le reste, c’est chacun sa conscience. Le peuple burkinabè sera notre juge à tous.

S. : Comment expliquez-vous la multiplicité des grèves, dans différents services de l’Administration ? Et à quoi cela est dû exactement ?


R. M.C.K. : Vous savez, nous venons de loin. Vingt sept ans de régime, insurrection populaire, attentes des populations, une liberté beaucoup plus accrue. Maintenant, et je l’ai déjà dit, du point de vue du principe, la liberté syndicale est reconnue au Burkina Faso. Du point de vue des actions à poser, chacun doit se poser la question de savoir si les actes qu’il pose sont dans l’intérêt général de la nation. Nous, en tant qu’Etat, avons développé le principe du dialogue social. Nous sommes ouverts aux discussions avec les syndicats et à faire en sorte  d’améliorer les conditions de vie des populations mais dans le respect de  ce que nous avons comme  ressources. Je dis toujours que nous ne pouvons pas partager ce que nous n’avons pas produit. Et cela est très important. C’est pour cela que j’appelle d’abord tout le monde à assurer son  poste de responsabilité. En effet, plus nous allons faire rentrer des recettes, plus  nous allons lutter contre la fraude et la corruption, plus  nous aurons des moyens  pour  améliorer les conditions non seulement des fonctionnaires, mais également de tous les Burkinabè. Il est clair que sans ressources, les constructions d’écoles, d’hôpitaux, de routes… resteront de vains mots. Nous ne pouvons pas mener une activité simplement pour nous payer des salaires, ce n’est pas ça la base du développement. Pour nous, l’intérêt du peuple burkinabè, en général, c’est l’amélioration des conditions   de soins de santé,  de constructions d’écoles, d’accès à l’eau potable, voilà nos priorités. Il faut y ajouter le renforcement des cultures, l’augmentation de la productivité agricole, la transformation. Cela va nous permettre de créer plus de richesses et à les redistribuer. Tant qu’on ne le fera pas, on fera   des grèves et on ponctionnera le budget, mais ça ne  nous amènera pas le développement, que ce soit avec nous ou demain avec d’autres personnes.
 
S. : Avec le recul et dans votre for intérieur, n’avez-vous pas le sentiment que le pouvoir a commis un péché originel en accédant aux revendications des magistrats ?

R.M.C.K. : Je reste convaincu que ce n’est pas un péché originel. Je considère que l’Etat est une continuité. Vous savez, la loi 081 a été également adoptée au moment de la Transition, tout comme le texte relatif aux magistrats. Le gouvernement s’est engagé et je dois vous dire que lorsque nous sommes arrivés, aucun kopeck n’était prévu au budget de l’Etat pour respecter cet engagement que nous avons pris. Nous avons été obligés de faire des efforts parce que c’est un engagement vis-à-vis des travailleurs burkinabè. Si nous ne le faisions pas en disant : « écoutez, nous avons des difficultés, et ce n’est pas prévu dans le budget », peut-être que nous ne serions pas assis ici aujourd’hui en train de vous parler. C’est une évidence. Nous avons respecté ces engagements parce que l’Etat doit respecter ses engagements vis-à-vis des citoyens quels que soient les changements. On nous reproche aujourd’hui cet état de fait en arguant que si on ne l’avait pas fait, cela n’aurait pas déclenché cette vague de revendications. Je reste sceptique par rapport à cette analyse. Je ne suis pas surpris par ce bouillonnement. Cependant, il faudra qu’à un moment donné, nous puissions tous avoir à l’esprit que le Burkina Faso doit vivre et se développer. Aujourd’hui, le Burkina Faso, malgré la modicité de ses moyens, montre toujours aux yeux des Africains qu’il a un peuple courageux, que sa seule richesse c’est le travail. Si ses filles et fils ne mettent pas cela au centre de leurs préoccupations, ils auront toujours un pays qui, au lieu d’avancer, va vivoter en payant seulement des salaires. Pour moi, les Burkinabè ne peuvent pas se satisfaire de cela.

S. : Excellence Monsieur le Président, des coupures d’électricité sont récurrentes dans certaines grandes villes du pays telles que Bobo-Dioulasso par exemple, alors que vous vous êtes engagé, dans votre projet de société, à porter la puissance électrique produite par le Burkina Faso de 300 mégawatts à 1000 mégawatts. Avez-vous pu atteindre cet objectif ou est-ce que des progrès ont été réalisés dans le secteur de l’énergie?  Quel est le taux d’électrification aujourd’hui au Burkina Faso ?

R.M.C.K. : De façon objective, si nous allons dire qu’en 6 mois, nous allons arriver à 1000 mégawatts, c’est un peu illusoire. Nous avons adopté le Plan national de développement économique et social avec les partenaires en décembre 2016. Nous sommes aujourd’hui en juillet 2017, et nous n’avons pas pris des caisses avec de l’argent pour revenir. De ce point de vue, nous travaillons efficacement à ce que nous puissions atteindre ces objectifs. Pour l’instant, une partie des 80 mégawatts qui nous viennent de la Côte d’Ivoire permet de desservir Bobo-Dioulasso. La Côte d’Ivoire connaît par moments des baisses de l’approvisionnement qui font que Bobo se retrouve dans le noir  lorsqu’elles surviennent. En tout état de cause, nous avons pris un certain nombre d’engagements concernant l'approvisionnement en électricité. Très bientôt, au mois de septembre, nous allons inaugurer la première centrale solaire d’une capacité de plus de 30 mégawatts  grâce à l’appui de l’Agence française de développement (AFD) . La production de cette nouvelle centrale viendra renforcer   la capacité de la SONABEL. Toujours avec l’AFD, nous avons 2 autres projets  du même type qui vont être mis en place en 2017 et 2018 en vue d’accroître le potentiel  en matière d’électricité. Nous avons pris également l’engagement d'électrifier les zones rurales. A ce sujet, un  travail a déjà commencé avec la Banque africaine de développement (BAD). Cela prend du temps à se matérialiser parce qu’il  faut faire des appels d’offres, sélectionner des entreprises, etc. Laissez-moi cependant vous rassurer que, d’ici 2020, la question de l’électricité ne sera plus une préoccupation au Burkina Faso. Nous sommes engagés à fournir également de l'électricité au secteur minier. L’objectif à terme est  de le faire baisser le côut de l'électricité par une gestion intelligente entre le solaire, l’énergie fossile... Nous sommes conscients que le coût de l’électricité est l’un des freins à l’investissement dans notre pays.  Cela annihile toutes nos capacités de production et d’exportation. Nous sommes  également en train de réfléchir  à la production de l’électricité à partir du gaz. Il n’y a jamais assez d’énergie pour un pays. En cas de surplus, on a toujours la possibilité de l’exporter. La Côte d’Ivoire et  le Ghana nous appuient  en nous fournissant de l’énergie  et nous allons faire en sorte que l’énergie ne soit plus une préoccupation au Burkina Faso d’ici 2020. En plus  de cela, l’électrification des zones rurales va permettre de développer des activités inédites jusque-là, créer  d’autres types d’emplois et  c’est tant mieux.
 
S. : A quand la fin des délestages ?

R.M.C.K. : A partir de l’année prochaine,  vous verrez qu’il y en aura moins.  On doit pouvoir dire déjà que les délestages sont maintenant moindres qu’avant, même s’il y en a toujours.

S. : Les Burkinabè se plaignent du fait que la relance économique tarde à voir le jour. Qu'avez-vous à dire pour les rassurer ?

R.M.C.K. : Nos économies sont interactives et nous ne pouvons pas parler de relance économique au Burkina Faso dans un contexte de morosité générale. Nous avons hérité d'un pays qui est dans une situation assez difficile à tous points de vue. Je citerai simplement la dette intérieure pour laquelle le gouvernement a fait un effort pour payer 30 milliards FCFA en 2016 et 30 autres cette année. Il y a un travail qui est fait. Le second point est  que lors de la Transition, des requêtes ont été faites  sur les casses  qui  portent sur plus de 60 milliards FCFA, le contentieux sur la question du manganèse de Tambao,  avec plusieurs dizaines de milliards à payer... Il faut que tout le monde se mettent à l’œuvre pour relancer la machine. Mais je fais observer qu'une économie ne peut pas être relancée de manière solitaire. La relance est une action globale qui concerne tous les pays même si dans notre sous-région, les difficultés sont nombreuses. Il faut arrêter   de penser que chez nous c’est pire que partout ailleurs. Il faut que les gens sortent et se rendent compte que nous nous battons autant que possible avec les moyens qui sont les nôtres et que cela n’est pas toujours facile. Je pense que des efforts sont faits pour que nous puissions retrouver une embellie au plan économique. Certes c’est une période difficile pour tout le monde, mais j’ai bon espoir de trouver des solutions pour nous sortir de cette situation.

S. : Monsieur le Président, vous avez reçu le lundi 29 mai 2017, le Rapport général d’activités 2015 de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), des mains du Contrôleur général, Dr Luc Marius Ibriga. Il ressort de ce rapport que les anciens présidents du Faso, à savoir Blaise Compaoré et Yacouba Isaac Zida sont ceux qui doivent rembourser la somme de près de 4 milliards de FCFA. Vous qui avez lu ce rapport, dites-nous de façon claire, qui doit exactement rembourser quoi et comment ce remboursement va-t-il se faire puisque ces deux personnalités sont hors du Burkina ?  


R.M.C.K : Si ce n’était que 4 milliards, je dirai que ça ne serait pas la mer à boire. Je veux dire que l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) fait ses contrôles. Une fois son premier rapport fini, elle donne la possibilité à ceux qui sont soupçonnés, soit d’actes administratifs, soit de corruption ou de détournement, de s’expliquer. Une fois que les explications sont données, l’Autorité décide d’envoyer le dossier selon les cas en justice.  La justice se charge donc de traiter ce dossier et les décisions qui sont prises au niveau de la justice définissent les modalités de remboursements de ceci ou de cela. La lutte que cette Autorité mène contre la mauvaise gestion est un travail fondamental. Il faut que l’ensemble de la chaîne se mette en action avec célérité pour crédibiliser davantage les actions de l'ASCE-LC. Il est évident que si des dossiers envoyés en justice restent longtemps sans suite, cela donne le sentiment de l’impunité. Il faut que l’ensemble des structures se mettent en place pour que les sanctions idoines soient prises. Cela me semble important. Je le dis parce qu’au niveau de la fonction publique, il y a des comités qui sont mis en place et qui intègrent aussi bien le personnel dirigeant, les syndicats,... pour statuer sur des manquements et autres dérives et sanctionner quand il le faut. Mais dans la pratique, il est une difficulté de réunir les membres de ces comités en cas de besoin. J’instruis le gouvernement pour que nous puissions prendre des décisions. A chaque fois maintenant que nous avons ce genre de cas-là, des mesures conservatoires sont prises. Les dossiers qui sont partis en justice, également à ce niveau, il faut se donner les moyens d'accélérer leur traitement pour faire rentrer les fonds de l’Etat.

S. : La gratuité des soins pour les femmes et les enfants de 0 à 5 ans a connu des difficultés sur le terrain en ce sens qu’elle ne concerne pas toutes les maladies. Comment comptez-vous améliorer la donne ?

R.M.C.K. :   Lorsque nous mettions en place cette mesure, il a été bien précisé qu'elle serait d'abord circonscrite avant de s’étendre sur l’ensemble du territoire national. Sans me tromper, cette mesure a été salutaire aussi bien pour les femmes enceintes que pour les enfants. Nous avons décidé de l’accouchement gratuit, la césarienne gratuite et la prise en charge des enfants qui ont un certain nombre de pathologies jusqu’à cinq ans. Beaucoup de gens m’ont félicité pour cela. Il est évident que c’est une initiative je dirai volontariste, engagée que nous avons prise. Cette action, le ministre de la Santé a fait sa couverture à plus de 50 ou 60%. Je pense que nous devons saluer le travail déjà fait. Nous sommes en train de faire le point en vue d'améliorer la mesure de gratuité des soins. Les problèmes qu'a connus la CAMEG ont constitué des freins objectifs quant à une évolution quantitative de ce programme. Je dois pouvoir vous assurer que toutes les dispositions seront prises pour que sa couverture soit nationale. Je pense objectivement que nous pouvons le faire. Je félicite au passage tous ces Burkinabè, les pharmaciens qui sont en train de s’organiser pour mettre en place une unité locale de production de médicaments génériques à des conditions tout à fait intéressantes et qui va permettre certainement en collaboration avec la CAMEG, de faciliter l'accès des populations aux médicaments. La gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de 0 à 5 ans est un engagement sur lequel nous n’allons jamais reculer. Nous allons le parachever de façon fondamentale.

S. : Lors du dernier TAC, vous avez promis aux Burkinabè vivant en Côte d'Ivoire que le gouvernement ferait tout pour qu'ils puissent voter en 2020. Cet engagement sera-t-il respecté ?

R.M.C.K. : Je dois dire que sur cette question, il ne doit plus avoir de doute parce que ça fait pratiquement 15 ans que cet engagement est pris, 15 ans qu’il n’a pas été respecté. Et si nous bouclons les 20 ans sans pouvoir le faire, je pense que là, il y aura de la mauvaise foi dans cette opération. Il n’est pas admissible que tous les pays qui nous entourent le fassent et que pour les Burkinabè, ce soit une complication extraterrestre. C’est pour dire que tous les compartiments sont instruits, que ce soit l’administration territoriale, la CENI, l’ONI pour que nous travaillons à ce que cela soit une réalité en 2020. Il n’y pas une discussion là-dessus. Pour moi, 2020 sera le premier vote des Burkinabè de l’étranger sans faille. C’est un point sur lequel il n’y a même pas de concession.

S. : Cela concernera tous les Burkinabè de l’étranger ou bien ce sont certains pays seulement ?

R.M.C.K. : Je pense que là où il y a des Burkinabè, peut-être que la CENI verra en fonction d’un minimum de quota parce que s’il faut se déplacer aller dans des endroits où les Burkinabè ne sont que 25, je pense que ce ne seront pas des zones intéressantes. Car, cela va engendrer beaucoup de frais pour pas grand chose. Mais en tout état de cause, je crois que le vote se déroulera dans les Etats où la communauté burkinabè est importante.

S. : Effectivement, il y a la modification du code électoral qui est annoncée, est-ce que cela ne peut pas être un frein à ce projet?

R.M.C.K. : L’affaire du code électoral n’a pas beaucoup d’incidence sur le vote des Burkinabè de l’étranger. Le code électoral ne peut être modifié fondamentalement qu’après l’adoption de la Constitution. Ça, c’est le premier acte. Le deuxième acte, c’est que si nous décidons, après avoir entériné ensemble consensuellement le projet de Constitution, d’aller au référendum, mettons maintenant, il n’est pas possible pour les Burkinabè de l’extérieur de  voter, puisque dans l’ancien texte, il était prévu qu’ils votent à la présidentielle et au référendum. Cela ne sera pas réaliste. C’est pourquoi, la seule modification qui vaille la peine, si on devait la faire maintenant, c’est de dire que de façon transitoire, les Burkinabè ne pourront pas participer au vote du référendum. C’est tout. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas maintenant que nous allons adopter la Constitution. En ce moment-là, cela se fera à un autre temps si on est prêt d’y participer. C’est le seul point, sinon tout le reste n’est pas à l’ordre du jour pour le moment tant que la Constitution n’est pas adoptée.

S. : Parlant des Burkinabè de l’étranger, quelle place occupent-ils dans le Plan national de développement économique et social du Burkina Faso ?

R.M.C.K. : C’est une place qui est fondamentale parce que l’un des reproches qui a été toujours fait au gouvernement au Burkina Faso, c’est de ne pas associer les Burkinabè de l’étranger à l’activité politique, économique et sociale du pays. Alors pour sa part, le ministère en charge des affaires étrangères a mis en place un site pour justement capitaliser l’ensemble des idées que les Burkinabè de l’étranger peuvent envoyer et avoir un dialogue permanent avec ceux qui sont dans les différents pays sur des différentes préoccupations. Nous faisons en sorte également que chaque fois que nous sortons, nous les sensibilisions pour qu’ils sachent que c’est important d’investir dans leur pays. C’est important, que ce soit eux à titre personnel ou eux avec des partenaires qu’ils trouvent dans les pays où ils sont ou ailleurs, qu’ils sachent que nous avons besoin de leur contribution à l’édification d’un Burkina Faso de type nouveau où ils ont leur place. Egalement sur les questions sociales, de l’habitat, urbanisme…ce sont aussi des préoccupations. Ils sont à l’extérieur, parfois ils ont investi là-bas, ils n’ont rien dans leur pays d’origine. Ils souhaitent donc qu’il y ait une attention particulière pour leur réserver des parcelles afin qu’ils puissent construire dans leur pays. Ça aussi, ce sont des possibilités qui existent. Pour notre part, nous sommes en train de réfléchir à la possibilité d’organiser une sorte de forum pour permettre à tout le monde d’apporter sa contribution à l’édification du Burkina Faso.

S. : D'aucuns soupçonnent le parti au pouvoir de travailler en sous-main pour retarder l'avancée de certains dossiers pendants en justice. Que leur répondez-vous ?

R.M.C. K. : Non ! On n’a pas intérêt à travailler en sous-main. Cela ne profite à personne. Le peuple burkinabè veut savoir la vérité sur un certain nombre de crimes aussi bien politiques qu’économiques. Nous avons le devoir de faire en sorte qu’à tous les niveaux, il puisse avoir la justice qui nous permet de savoir comment les choses se sont passées. Sans entrer dans une remise en cause de l’indépendance de la justice, notre volonté affichée est de faire en sorte que nous sortions vite de ces questions-là. Plus les dossiers traînent en justice, plus nous entendrons ce genre d’allégations. Quel intérêt avons-nous à ce qu’il n’y ait pas de lumière sur des questions qui sont des préoccupations de citoyens? Aucun intérêt ! Pour ma part, je souhaite que la lumière soit faite et que chacun en fonction du rôle qu’il a pu jouer en son temps puisse s’assumer devant le peuple burkinabè. Ce que le Burkinabè cherche n’est pas de se venger contre quelqu’un. Il a besoin qu’on lui dise ce qui s’est réellement passé, il a besoin qu’on situe la responsabilité de chacun. En ce moment, il pourra dire ceci : « Je te pardonne parce que tu as eu le courage de me dire les choses en face ». Ce que les gens demandent n’est pas plus que cela. De ce point de vue, je voudrais, pour terminer, lever toute équivoque car nous ne faisons pression sur personne ; la justice est libre de faire ses investigations, de convoquer qui elle veut et d’assumer sa mission vis-à-vis du peuple burkinabè. Il n’y a pas de doute à se faire sur ce point.

S. : Que pensez-vous du verdict rendu par le Conseil constitutionnel qui avait été saisi par les avocats de la défense dans le procès du dernier gouvernement de Blaise Compaoré ?

R. M.C. K. : C’est un problème que je considère comme plus ou moins résolu. Je veux simplement dire que les choses telles qu’elles se sont passées montrent que les institutions de la république fonctionnent correctement, en toute indépendance et que le droit a été dit. Il ne reste plus qu’au gouvernement de prendre les dispositions pour se conformer aux normes internationales. C’est ce que nous avons fait et c’est un grand bien pour la jurisprudence dans notre pays et pour les citoyens de savoir que le Burkina Faso est revenu aux normes internationales en ce qui concerne le procès du dernier gouvernement de Luc Adolphe Tiao. Je crois que les choses pourront se poursuivre maintenant dans de bonnes conditions.

S. : Le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU trouve illégale la détention en prison du général Djibrill Bassolé et demande sa libération. Quel est votre commentaire par rapport à cela ?

R. M.C. K. : Nous avons pris acte de leur prise de position. Mais je dois dire que le Burkina Faso reste conforme, dans cette affaire, aux règles du droit. Nous pensons que Djibrill Bassolé a été arrêté sur des bases précises et jusqu’à preuve du contraire nous sommes restés dans le respect de la légalité. Le processus est en cours vers le jugement. Nous sommes quand même surpris qu’une telle analyse puisse être faite. Combien de lobbies de pressions n’avons-nous pas subis depuis lors sur cette question ? Nous sommes signataires d’un certain nombre d’accords internationaux. Mais au regard des faits qui sont reprochés à Djibrill Bassolé, il a des comptes à rendre au peuple burkinabè. Cela nous semble plus important que tout autre avis. Nous sommes dans l’axe de la tenue de ce procès qui sera équitable et dans les normes du droit international.

S. : Selon ses avocats, Djibrill Bassolé souffrirait du cœur. Ne pensez-vous pas qu’une liberté provisoire pourrait lui être accordée pour qu’il puisse se soigner ?


R. M.C. K. : En tant que chef de l’Etat, je suis responsable de l’état de santé de tous ceux qui sont détenus à la MACA (NDLR : Maison d’arrêt et de correction des Armées), y compris Djibrill Bassolé. Si des personnes qui ont été interpellées et détenues souffraient de maladies qui mettent en cause leur vie, l’Etat burkinabè assumera ses responsabilités. Cela est très clair. Au-delà de l’ensemble de ces activités de lobbying, de pressions et d’argumentaire, nous avons une responsabilité vis-à-vis de ces personnes. Même si on leur reproche quoi que ce soit, nous devons être toujours présents et veiller à ce qu’ils soient en bonne santé. A ce niveau, des dispositions ont été prises pour qu’il y ait de professeurs, des gens qui suivent régulièrement et rendent compte de leur état de santé. Notre responsabilité, en tant qu’Etat, est posée, à savoir que ce soit Djibrill Bassolé ou toute autre personne, si le diagnostic vital est posé, nous assumerons nos responsabilités.

S. : Pour vous, le Haut- commissariat aux droits de l‘homme de l’ONU s’est fourvoyé ?

R. M.C. K. : En tous les cas, nous allons passer par les méthodes idoines pour répondre, puisque nous avons notre droit d’argumentaire et nous le ferons par les canaux qui sont habilités.

S. : Les populations du Nord du Burkina Faso sont traumatisées, elles vivent dans une terreur absolue due à une recrudescence d’attaques terroristes. Ne craignez-vous pas de perdre cette partie du territoire ? Face à une montée en puissance du djihadisme, que fait votre gouvernement pour mettre en confiance et sécuriser ces populations ?

R. M.C. K. : Si nous perdons une partie de notre territoire, nous aurons failli à notre mission. L’intégrité du territoire est une question fondamentale. Il est vrai que nous avons traversé des périodes difficiles aussi bien pendant les attaques en plein centre de Ouagadougou que celles au nord de notre pays. Mais, grâce à l’action de nos forces de défense et de sécurité, nous avons maintenant un réel contrôle des frontières de notre pays. Nous avons pu organiser les examens dans un certain nombre d’écoles dans cette zone même si d’autres n’ont pas pu les faire. Nous travaillons sans relâche grâce à l’action de nos FDS dans des conditions difficiles et je salue leurs efforts pour mettre un frein à ces attaques djihadistes.
Au-delà de l’action individuelle du Burkina Faso, nous sommes également dans le G5 Sahel où, avec le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie, nous avons décidé de combattre le terrorisme. Nous avons, lors de notre récente réunion le 2 juillet dernier à Bamako, décidé de mettre en place cette force qui aura un état-major général pour coordonner l’ensemble des actions. Nous avons trois fuseaux sur lesquels les forces doivent être déployées. Il s’agit du fuseau qui concerne la frontière entre le Mali et la Mauritanie, celui entre le Niger et le Tchad et le troisième qui implique le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Nous devons réunir 5 000 hommes parmi lesquels le Burkina aura un bataillon pour cette zone. Et notre présence sur le terrain est déjà conforme à cette situation. La lutte contre le terrorisme est d’abord une affaire d’Etat avant d’être sous-régionale et internationale. Au-delà de cette lutte militaire et du renseignement sur le terrain, nous œuvrons à l’assèchement des sources de financement du terrorisme (vente de drogue, armement, prises d’otages). Il y a aussi un combat important à mener, celui du développement de ces zones. Il faut aussi travailler à faire disparaître le terreau sur lequel le terrorisme se fonde pour recruter des hommes. Il s’agit du chômage et l’absence de développement dans ces zones. C’est l’ensemble des discussions que nous avons eues à engager entre nous membres du G5 d’abord, mais également avec la communauté internationale pour estomper l’action des terroristes. Le Burkina Faso est un verrou important ; si nous laissons les gens avancer et procéder à notre déstabilisation, cela peut s’étendre à tous les autres pays de la côte. Vous avez vu que les attaques de Ouagadougou et d’Abidjan ont été perpétrées par les mêmes personnes. C’est pourquoi la coopération au plan du renseignement est importante entre les pays pour pouvoir circonscrire ce danger et le combattre.

S. : Comment va se résoudre la question du financement de cette force ?

R.M.C.K. : La question du financement est posée. L’Union européenne a octroyé 50 millions d’euros. C’est important et nous saluons cet apport. C’est un premier geste qui est fait. La France a également pris des engagements pour un apport en matériel et des possibilités au plan de la formation et des équipements. Nous-mêmes, en tant que membres du G5, avons pris la décision que chaque pays puisse contribuer à hauteur de dix millions d’euros. En attendant que tout le dispositif soit mis en place, nous sommes censés nous-mêmes progresser dans la mise en œuvre (déploiement des troupes, les alimenter, donner les indemnités…). Il est difficile de lutter contre le terrorisme en comptant sur les autres et il faut que nous puissions nous organiser dans ce sens. Des décisions doivent être prises en attendant la coordination avec des partenaires pour assurer la sécurité de nos frontières et lutter efficacement contre le terrorisme. Lorsqu’on parle de trafic de drogue, il s’agit d’un système international sur lequel il faut avoir une visibilité sur les différentes étapes. Et tous les pays doivent participer à ce type de combat.

S. : Une certaine opinion trouve que vous êtes trop silencieux, même sur les situations où il faut réaffirmer l’autorité de l’Etat. Auriez-vous choisi le silence comme mode de gestion du pouvoir ?

R.M.C.K. : Non, je n’ai pas choisi le silence comme mode de gestion du pouvoir. Je pense qu’en tant que chef d’Etat, je dois parler quand c’est utile. Il y a un gouvernement qui assume les missions qui sont les siennes au quotidien. Si je commence à parler tous les jours, l’on dira que le président travaille à la place des autres, qu’il veut occuper toute la place. Cela n’est pas mon rôle. J’estime que quand des questions sont fondamentales et remettent en cause la vie de la nation, sa cohésion, je suis bien obligé d’intervenir en ce moment. Chaque fois que les questions se sont posées, notamment celles relatives au terrorisme, j’ai eu à prendre la parole. Je n’ai pas un mode opératoire qui s’appelle silence ; je ne suis pas une carpe. Je respecte les institutions et le rôle que chacun doit jouer. Si je dois parler à chaque situation, cela n’aura plus d’intérêt. Le président doit être la dernière barrière qui tranche les questions. Si j’interviens au quotidien, c’est vous qui allez m’envoyer des boulets rouges. (Rires).

S. : N’avez-vous pas un pincement au cœur lorsqu’on taxe votre régime de moteur diesel ?

R. M.C. K. : J’entends beaucoup ces histoires de moteur diesel mais je pense qu’en matière économique, il n’y a pas de turbo à mettre. D’un côté, les gens veulent qu’on mette le turbo avec des méthodes au diesel, cela ne peut pas fonctionner ensemble. De l’autre côté, quand nous disons qu’il faut aller vite dans un certain nombre de domaines, on nous dit pourquoi vous allez si vite ? Que faut-il faire dans ce cas ? On accélère, on dit que c’est trop vite, on ralentit, on dit que c’est du diesel.  Moi je pense que tous ces commentaires visent à maintenir une certaine confusion pour nous empêcher de réaliser nos engagements. Non. Nous, nous avançons, à pas sûrs et fermes. Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie. Si on veut aller vite, alors il faut s’en donner les moyens et le faire sur des bases fondées. Sinon, aller vite sans précaution peut entrainer des dérapages incontrôlés. Pendant la Transition, tout était à la vitesse du gré à gré et personne n’a trouvé à redire. Maintenant qu’il s’agit de nous, on nous accuse de tout. Qu’est-ce qu’on veut que nous fassions finalement ? C’est vrai que la Transition était dans une situation d’exception qui lui commandait de faire vite, mais il faut se rendre bien compte que même en 10 ans de mandat, on ne peut pas finir de bâtir un pays dans son ensemble. Il y aura toujours du travail après vous, fort heureusement d’ailleurs, sinon on serait tous au chômage.

S. : Par rapport au PPP, est-ce que vous pensez que c’est une mauvaise querelle qu’on fait au MPP ?

R.M.C.K. : Quand j’écoute les arguments qui nous reprochent d’agir avec précipitation, je pense que ce ne sont pas les vraies raisons. J’ai dit qu’il faut mettre en place des mercurials de prix pour que nous soyons clairs sur le montant des marchés. Nous allons aussi nous entourer de juristes compétents pour que nous puissions signer des contrats fiables. Nous devons travailler avec des gens qui ont les moyens d’investir dans les projets que nous voulons. Je considère en outre que ces PPP que nous voulons réaliser doivent connaître, a posteriori, une investigation de l’Autorité supérieure de contrôle pour s’assurer que les choses se sont déroulées dans les bonnes règles. Tous les postes de contrôle sont là. Le parlement peut même interpeller le gouvernement. J’estime donc qu’il y a un faux procès. La vraie idée est qu’ils se disent que si nous parvenons à réaliser ces projets, ce n’est pas bon pour eux. Alors, ils veulent nous ramener vers les appels d’offres qui mettent 8 à 12 mois pour aboutir.

S. : De ce qu’il ressort du rapport 2016 du REN-LAC dans le classement des services les plus corrompus, il reste que les marchés publics occupent la deuxième place.

R.M.C.K. : Aucun Etat dans le monde n’est exempt de ce phénomène. Au Burkina Faso nous devons mettre un système qui nous permette de réduire le champ de la corruption et assurer un contrôle absolu sur la gestion des marchés publics. L’impact de la corruption sur tous les financements publics dans les Etats africains annihile le développement. Avec les PPP, il faut prendre en compte les avis des différents acteurs et voir comment nous pouvons améliorer les mécanismes sans les rendre contraignants au risque d’amener les gens à se trouver de nouvelles manières de détourner de l’argent. Mais c’est un combat de longue haleine.

S. : Vous vous êtes rendu plusieurs fois en Côte d’Ivoire depuis votre élection sans jamais rencontrer l’ancien Président Blaise Compaoré qui vit en exil dans ce pays. Vous avez même exclu toute idée de rencontre avec lui à Abidjan. Alors deux choses Monsieur le Président : dites-nous si votre position a changé en ce qui le concerne et qu’est-ce que cela vous a fait en tant que Burkinabè lorsque vous avez appris qu’il est devenu Ivoirien, avec bien entendu tous les avantages que cette nouvelle nationalité lui confère ?  

R.M.C.K. : C’est son choix d’être devenu Ivoirien. Pour ma part, j’ai considéré qu’il est un peu difficile d’accepter qu’après 27 ans à la tête d’un pays, on puisse changer de nationalité. Blaise Compaoré a quitté le Burkina Faso dans des conditions que nous connaissons et la Côte d’Ivoire a accepté de le recevoir. C’est un cas d’exception parce que de façon générale, il n’y a pas beaucoup de personnes qui quittent leur pays pour vivre en exil à côté de ses frontières. Pour ma part, je ne vois pas pourquoi j’irai en Côte d’Ivoire pour mes missions normales et aller rencontrer Blaise Compaoré. Pour dire quoi ? Ce qui est important à mon sens, c’est que chacun assume ses responsabilités. Ce n’est pas à Roch Kaboré que Blaise Compaoré doit des comptes, mais au peuple burkinabè. Sinon ce n’est pas un problème de personne, mais de principe. J’ai la responsabilité de l’Etat, et le peuple burkinabè demande des comptes. Si on se rencontre je le saluerai, mais je ne vois pas où on pourrait se croiser.

S. : Et si rencontrer Blaise Compaoré était une question vitale pour le pays ?

R.M.C.K. : A situation exceptionnelle, comportement exceptionnel, dit-on. Mais comme nous ne sommes pas dans une situation extraordinaire alors je ne peux vous dire comment je réagirai.

S. : Quel message pour les Burkinabè et les Ivoiriens au moment où se tient le 6e TAC ? 

R.M.C.K. : La Côte d’Ivoire et le Burkina étant liés par l’histoire et la géographie, cela nous interpelle de part et d’autres à plus de considérations et de fraternité. Nous dépendons fortement les uns des autres. La communauté burkinabè en Côte d’Ivoire est importante, elle vit en symbiose avec le peuple ivoirien. Cette solidarité a existé depuis l’époque du président Houphouët Boigny et c’est ce qui a permis en son temps que des Voltaïques soient de grands responsables dans des domaines comme celui de l’agriculture en Côte d’Ivoire. Notre souci est de travailler à consolider cette fraternité. Il faut de la considération mutuelle entre les populations des deux pays et un engagement au développement collectif. C’est à ce prix que nous pourrons faire en sorte que le Traité d’amitié et de coopération puisse atteindre ses objectifs et que toutes les grandes questions qui nous concernent soient traitées avec une responsabilité collective.

S. : Lors du 29e sommet de l’UA, le principe de prélèvement de 0.2% sur les taxes à l’importation dans chaque pays membre pour le financement de l’organisation a été accepté. Qu’est-ce que cela représentera en termes de manque à gagner pour le trésor du Burkina Faso ?

R.M.C.K. : Le principe est effectivement acquis. Une dizaine de pays se sont déjà acquittés de ces 0.2% sur les importations. Mais le Burkina attend encore. Parce que nous avons des discussions sur la base du calcul des importations, c‘est pour cela que les ministres des finances se réuniront très bientôt pour discuter avec le comité afin qu’on parvienne à des ajustements qui prennent en compte les préoccupations des différents pays. On commencera à payer après la finalisation de ces aspects. Pour votre question, le Burkina Faso va passer du simple au double sur le paiement de ses cotisations dès la deuxième année, ce qui aboutit à des montants assez importants, de l’ordre de 1,9 à 2 milliards FCFA.

S. : Il semble que les discussions ont achoppé autour de ce prélèvement.

R.M.C.K. : Le principe est acquis. On s’est concerté, on a pris la décision, on ne revient pas là-dessus. Maintenant les discussions se situent au niveau de la mise en œuvre. On n’est plus au stade de savoir si c’est possible ou non.

Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA


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03/12/2017 19:50
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