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" Lorsqu’il y a des malentendus entre nous, il faut les régler et avancer ", Kapélétien Soro

16/07/2017
20:18

Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Côte d’Ivoire  près le Burkina Faso, Kapélétien Soro est en poste il y a seulement un an. A la faveur du 6e Traité d’amitié et de coopération (TAC) entre les deux pays  qui se tient les 17 et 18 juillet 2017, à Ouagadougou, il nous a accordé un entretien. La normalisation des relations après la brouille diplomatique, le destin commun des Etats « frères » et l’intégration sont entre autres sujets évoqués

Sidwaya (S.) : Quelle appréciation faites-vous du Traité d’amitié et de coopération (TAC) entre la Côte d’Ivoire et le Burkina?

Kapélétien Soro (K.S.) : Le TAC négocié et signé en 2008 entre la République de Côte d’Ivoire et le Burkina Faso est un cadre spécial, privilégié d’échanges entre nos deux pays. En effet, hormis le Burkina, la Côte d’Ivoire n’a conclu ce type d’arrangement avec aucun autre pays. Habituellement, nous parlons de commissions mixtes de coopération alors que le TAC va plus loin que ces traditionnelles commissions mixtes. A ce titre, nous apprécions hautement le Traité qui donne l’occasion, chaque année, aux gouvernements de nos Etats de discuter des questions bilatérales contrairement aux commissions mixtes dont les réunions se tiennent tous les deux ans.

S. : Le TAC a été signé en 2008 sous les présidents Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré. Quels impacts a-t-il eus sur les deux pays depuis son avènement ? 


K.S. : Le premier acquis du TAC est la détente de l’atmosphère politico-diplomatique entre les deux pays voisins, parce qu’il est l’occasion d’échanges et de pourparlers fraternels très conviviaux permettant ainsi aux deux camps de discuter de ce qui doit être fait pour que la famille ivoiro-burkinabè puisse continuer de vivre paisiblement et en harmonie. Cette possibilité offerte aux chefs d’Etat et à leurs gouvernements de mettre sur la table de discussion des sujets d’intérêts communs et d’envisager l’avenir sous une vision de développement partagé est d’une importance capitale dans les relations bilatérales. Il ne se passe pas un seul mois sans que des officiels burkinabè ne se rendent dans la capitale ivoirienne pour des missions et vice versa. Sur le plan des infrastructures, les acquis sont également enregistrés avec la mise en œuvre du projet de construction de l’autoroute Ouagadougou-Abidjan. Dans la partie ivoirienne, le tronçon Abidjan-Yamoussoukro a été déjà réalisé et les travaux de l’axe Yamoussoukro-Tiébissou ont été lancés en fin mars 2017. Pour le reste des tronçons, les études sont bouclées pour les uns et les recherches de financement sont à l’ordre du jour pour les autres. Le TAC a permis à de nombreux projets communs de voir le jour, certains sont plus avancés, mais il y en a encore beaucoup sur lesquels l’on a besoin de travailler davantage. Le 6e Sommet sera l’occasion de faire le point des dossiers, de déceler les insuffisances et les difficultés rencontrées dans la conduite de ces projets de développement.

S. : Après le mandat d’arrêt international lancé contre le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, l’axe Ouagadougou-Abidjan ne se portait plus très bien. Les nuages se sont-ils totalement dissipés?

K.S. : Bien sûr que les nuages se sont dissipés. Cette normalisation des relations entre nos deux pays s’est matérialisée par la nomination des ambassadeurs suivie de la tenue, le 29 juillet 2016, à Yamoussoukro, du 5e Sommet du TAC qui a réuni les présidents Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et son homologue burkinabè  Roch Marc Christian Kaboré avec leurs exécutifs au complet. Et ils vont encore se retrouver le 18 juillet prochain cette fois-ci à Ouagadougou ; c’est la preuve que le ciel s’est dégagé. 

S. : En dehors de l’autoroute, quels sont les autres projets qui tiennent à cœur les deux gouvernements ?

K.S. : J’ai oublié de souligner le projet d’interconnexion électrique qui, depuis quelques années, permet à la Côte d’Ivoire de fournir une partie de son électricité à l’Etat burkinabè pour couvrir ses besoins. Lors du dernier TAC, le Burkina avait sollicité la hausse de la quantité de cette énergie, et cette demande a été favorablement examinée par la partie ivoirienne. Il y a également le projet de matérialisation de la frontière entre les deux pays et les accords dans le domaine artistique et culturel. Sans oublier les nombreux projets dans les domaines, entre autres, de l’éducation, des échanges scientifiques, de la formation notamment dans le domaine militaire.

S. : L’un des projets-phare du TAC est la construction de l’autoroute Abidjan-Ouagadougou. Pensez-vous que ce projet est réalisable vu les besoins de financement (plus de 1000 milliards de F CFA) ? 


K.S. : Le projet est plus que réalisable, sinon ses incitateurs ne l’auraient pas engagé. Il est réalisable parce que la route précède le développement et nous (responsables politiques, acteurs du secteur économique…) travaillons tous pour le développement de nos Etats. S’agissant du coût, il n’y a pas lieu de s’inquiéter car les investisseurs et les bailleurs de fonds au nombre desquels la Banque mondiale sont prêts à accompagner ce projet-phare du TAC. De même que les organisations régionales telles la CEDEAO et l’UEMOA. Aussi, peu importe le prix, c’est plutôt ce que l’autoroute Ouagadougou-Abidjan va induire comme facilité dans le transport des personnes et des biens qui doit retenir l’attention.

S. : Il était aussi question pour les deux Etats d’aller à la recherche de financements communs pour la mise en œuvre du projet de l’autoroute. Ont-ils renoncé à cette démarche ? Puisque les lignes semblent bouger côté ivoirien tandis qu’on ne voit rien côté burkinabè.

K.S. : Les deux pays n’ont pas renoncé à la démarche. Mais, il n’est pas exclu la possibilité pour chaque partie de chercher seul des financements. Ensuite, chaque pays doit inscrire la réalisation de la partie du projet relevant de son territoire dans son budget en attendant un financement commun. C’est ainsi que l’Etat ivoirien a pu construire la portion Abidjan-Yamoussoukro.

S. : Quel regard jetez-vous sur la vie des Ivoiriens résidant au Burkina Faso ?

K.S. : D’abord, je constate qu’ils vivent à Ouagadougou comme ils vivraient à Abidjan ou à Bouaké. Ils ne sont pas victimes d’ostracisme ou de marginalisation de la part des citoyens de leur pays d’accueil. Ensuite, je me rends compte que nos frères burkinabè ont tous chacun une attache en Côte d’Ivoire. Toute chose qui a facilité cette intégration. Le Burkina est le prolongement nord de la Côte d’Ivoire, et la Côte d’Ivoire est le prolongement sud du Burkina. Dans une maison, de temps en temps, le petit frère peut être mécontent du grand frère. Et c’est le papa qui doit leur dire : «entendez-vous parce que vous êtes dans la même maison ». S’il y a des bisbilles et de petits malentendus, il faut les régler et avancer. Il y a de nombreux Burkinabè qui vivent en Côte d’Ivoire et ils y trouvent leur bonheur. Je ne vous apprends rien en le disant. De même, il y a des Ivoiriens au Burkina Faso, même s’ils ne sont pas en grand nombre, qui trouvent leur bonheur aussi ici.

S. : Combien sont-ils les Ivoiriens vivant au Burkina Faso ?

K.S. : Ils sont quelques dizaines de milliers. Nous sommes en train de travailler sur le chantier du recensement. Au moment de la crise, certains sont venus et sont repartis sans laisser de traces. Même s’il y a dix Ivoiriens qui arrivent aujourd’hui, demain l’on vous dira qu’il y a un qui est reparti au pays. Certains, lorsqu’ils s’expriment, il est difficile de savoir s’ils sont Ivoiriens ou Burkinabè. Mais tant mieux ! C’est cela l’intégration. Les papiers officiels d’identité ou de nationalité sont bien. Mais nos gouvernements veulent aller au-delà. Ils parlent de nos jours de la CEDEAO des peuples, du passeport CEDEAO. Il ne faut plus mettre l’accent sur ce qui pourrait diviser les populations de l’espace. Il faut aller vers une intégration dynamique.

S. : Dans quels secteurs d’activités trouve-t-on les Ivoiriens vivant au Burkina?

K.S. : Il est difficile de déterminer précisément leurs secteurs d’activités, d’autant que nous ne connaissons pas très bien ceux qui sont à l’intérieur du pays. Mais ceux qui sont en ville exercent, pour la plupart, de petits métiers. A côté de ceux-ci, il y a des Ivoiriens très hauts responsables dans des institutions financières, des multinationales, ici à Ouagadougou. Ils sont nombreux et je ne citerai pas de noms pour ne pas faire de jaloux.

S. : Il y a toujours des tracasseries sur les usagers de l’axe Ouagadougou-Abidjan et aussi ceux venant d’Abidjan vers Ouagadougou, alors que la CEDEAO prône l’intégration des peuples. Que faut-il faire pour réduire la souffrance des populations ?

K.S. : Le problème des tracasseries sur les routes, ou du moins du racket, est simple et en même temps complexe. Il est simple parce que les décisions sont claires. Depuis le sommet jusqu’à la base, que ce soit les accords de la CEDEAO, les protocoles sur la libre circulation des personnes et des biens, que ce soit l’UEMOA, le TAC, tous ces textes et traités sont clairs sur le sujet. Cependant, leur application sur le terrain est source de distorsions et de déviations. Nous, en tant qu’autorités et responsables des agents de l’Etat sur le terrain, nous avons le devoir d’appliquer ces protocoles. Celui qui décide volontairement de ne pas les appliquer sait à quoi il s’expose. En Côte d’Ivoire, de nombreux agents des forces de l’ordre ont été interpellés et certains sont en prison, pour faits de rackets. Le gouvernement ivoirien ne badine pas avec de tels agissements, car les rackets causent des dommages à l’économie. Je sais aussi qu’au Burkina Faso, le même effort est fourni. Mais il y a toujours des brebis galeuses qui osent poser des actes en exposant leur carrière. Les décideurs ne sont pas toujours sur le terrain, cependant ceux qui y sont, sont censés connaître la loi. Dans les quinze pays de la CEDEAO, le protocole sur la libre circulation des biens et des personnes est en vigueur. Maintenant, qu’un policier, qu’un gendarme, qu’un douanier ou autre agent de la circulation de l’espace se permette de racketter ou de créer des tracasseries à un usager, il le fait à ses risques et périls.
De même, les usagers doivent avoir leurs pièces par devers eux. La première pièce demandée est un passeport valide. S’il n’a pas de passeport, il peut demander un laissez-passer. S’il n’en a pas, le minimum, c’est de disposer d’une carte nationale d’identité. Le certificat de vaccination exigé est pour le bien de tout le monde. Lorsque l’usager a toutes ces pièces et qu’un policier lui demande de l’argent, c’est en ce moment qu’il doit réagir, assumer sa part de responsabilité. Il doit dire au policier qu’il ne comprend pas pourquoi il lui réclame de l’argent. S’il insiste ou bien le retarde, il peut lui donner ce qu’il réclame et noter son identité. Ensuite, il peut se référer à son arrivée aux supérieurs de l’agent. Celui-ci répondra de ses actes.
Je vais vous donner un exemple dans un pays où j’étais ambassadeur. Un de nos compatriotes arrive pour prendre fonction parce que la structure internationale dans laquelle il travaille l’avait affecté dans ce pays voisin de la Côte d’Ivoire, membre aussi de la CEDEAO. A l’aéroport, les agents de l’immigration le reçoivent, mettent leur cachet sur son passeport. Ils lui disent que le cachet lui donne droit à deux semaines de séjour dans le pays. Ils lui réclament la somme de 12 500 F CFA. Notre compatriote a payé et a pris son passeport. Il est venu à l’ambassade de Côte d’Ivoire pour savoir pourquoi les agents de l’immigration lui ont donné un temps de séjour limité. Nous avons pris le dossier en main et nous nous sommes référés au service de l’immigration pour expliquer le cas de notre compatriote. L’agent a été interpellé et sommé de se rendre immédiatement à l’ambassade de Côte d’Ivoire pour rembourser l’argent qu’il a extorqué à notre compatriote.
Les usagers doivent avoir le courage de dire aux agents, mais « messieurs je suis citoyen de la CEDEAO, je ne vois pas pourquoi avec un passeport valide, je dois payer de l’argent parce que je quitte la Côte d’Ivoire pour le Ghana ». Nous savons que les protocoles sur la libre circulation des personnes et des biens rencontrent des difficultés sur le terrain, nos très hautes autorités le savent aussi. Elles s’attellent à ce que les décisions soient appliquées sur le terrain. Les agents de l’ordre sont interpellés, les autorités en charge de la sécurité aussi. Mais les usagers doivent être aussi en règle.

S. : Quelles sont vos attentes du 6e TAC qui se tient cette semaine à Ouagadougou ?

K.S. : Je souhaite que Dieu nous donne ce jour-là une très bonne santé et qu’une grande pluie ne nous dérange pas dans le déroulement de l’agenda. Nous attendons ensuite une participation de tous les acteurs. Nos deux chefs d’Etat seront présents, nos gouvernements aussi. Nous espérons des travaux très fructueux pour que les chantiers déjà en route soient évalués et que l’on sache comment ils avancent. Que les projets qui n’ont pas encore démarré, que l’on sache les problèmes qui retardent leur mise en œuvre. Que nous puissions dégager les projets futurs afin d’approfondir et de renforcer les liens de coopération pour le développement de nos deux pays. Nos attentes sont grandes. Je me félicite aussi de la tenue régulière du TAC. Je souhaite que le TAC qui est une sorte de réunion familiale annuelle se tienne dans l’ambiance fraternelle que nous avons toujours connue.

S. : Quel message avez-vous à l’endroit des peuples ivoirien et burkinabè ?

K.S.: Je remercie le peuple burkinabè et à sa tête Son Excellence Roch Marc Christian Kaboré et le gouvernement pour l’accueil qu’ils m’ont réservé lors de ma prise de fonction. Il y a eu une année de flottement mais ils m’ont accueilli avec la chaleur de la fraternité africaine. Nous avons travaillé ensemble sur plusieurs dossiers et nous continuons à le faire sur d’autres chantiers d’intérêt commun. Je voudrais remercier le peuple burkinabè et souhaiter qu’il continue d’en être ainsi. Nous sommes des pays voisins condamnés à vivre ensemble, à nous développer ensemble. Notre premier président avait l’habitude de dire que la Côte d’Ivoire ne veut pas être une oasis de bonheur dans un désert de misère. Cela est d’autant plus d’actualité qu’avec les défis nouveaux, ce qui touche le Burkina touche la Côte d’Ivoire. Nous voulons que cette conscience de destin commun, d’intérêt partagé soit perçue à tous les niveaux. Pour les échanges économiques, nous souhaitons qu’en harmonie avec les accords et les traités, les agents des deux pays travaillent à les mettre en œuvre. Car c’est dans l’application de ces décisions bien réfléchies de commun accord que se trouve le bonheur de ces deux peuples frères. Les Burkinabè sont un peuple très chaleureux, digne, ouvert. Je peux en témoigner, les Ivoiriens le vivent au quotidien ici.

Interview réalisée par
Simplice HIEN
Romain NEBIE


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