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Chronique : Vive la Révolution ! A bas la Révolution !

03/08/2017
18:29

Quand j’étais encore jeune, je pensais que le destin d’un homme se trouvait dans le creux de ses mains, au bout de ses poings. Quand j’étais au cours élémentaire deuxième année, je rêvais les poings fermés. Quand je me réveillais, je gardais les poings fermés pour ne pas laisser échapper le rêve inédit. Pour moi, il était vain de se prévaloir d’être un vrai homme quand on était incapable de former un bon poing. Cela peut paraître rigolo et même banal, mais aujourd’hui, très peu de Burkinabè savent former un poing, le bon poing. Ceux qui savaient bien le faire ont tous passé l’arme à gauche. Même l’Homme au poing levé a fini comme un vulgaire passant. Il est mort le poing fermé. Aujourd’hui, on le cherche avec des torches en plein jour, mais c’est trop tard ! On remue ciel et terre ; on exhume avec délicatesse ce qu’on avait enfoui avec hargne à moins d’un mètre de profondeur. Aujourd’hui, on creuse et on bêche presqu’à l’infini ; on pousse l’outrecuidance jusqu’au cœur de l’ADN ; même les chromosomes ne sont pas plus informés. On ne tue pas un héros deux fois ! Mais gardons les poings fermés et regardons la vérité en face.
Depuis que ceux qui nous ont appris à former le poing se sont donné des coups de poings, nous n’osons plus montrer le poing. Personne ne peut taper du poing sur la table. Notre poing ne pèse même plus un gramme et j’en pleure. J’en meurs ! Le révolutionnaire d’hier est devenu un mercenaire. Pire il s’est rendu pieds et poings liés. Sa dignité n’est plus que du papier mâché, sa fierté se conjugue au passé. Certains ont vite troqué le poing avec des points ; les points qui procurent du foin, le beurre et l’argent du beurre. Les rescapés aux pieds bots se sont vite reconvertis pour souper à la table du
« diable». Ils ont broyé leur propre poing pour se goinfrer avec la main gauche. Après le passage de l’étoile filante, tous les autres phénomènes célestes n’étaient que des OVNI sans nids. Jusqu’à nos jours, trop de faux prophètes se sont proclamés ; ils ont été mal acclamés, parce qu’ils ont tous mal déclamé l’évangile.
Il ne suffit donc plus de lever le poing en l’air dans le vide pour être cru. Il ne suffit plus de lancer les slogans les plus bandants pour être craquant. A l’épreuve du temps, l’histoire a révélé le bon et l’ivraie. On ne mange plus dans la Révolution, la Révolution ne nourrit plus le « révolutionnaire ». Pour la patrie on est prêt à se battre à mort si et seulement s’il y a de l’or à prendre. Au nom de la patrie on tire à balles réelles sur une partie du peuple pour le bien de l’autre partie. Même notre devise ressemble à une formule mal vissée qui s’improvise. Lisez-là et dites-moi si elle est fidèle à elle-même. On peut faire du copier-coller mais quand c’est coller à froid et mal coller d’ailleurs, il faut chanter l’hymne national pour se rendre compte qu’on s’est planté. Justement qui d’entre nous sait bien chanter notre hymne national, le Dytaniè ? Combien ont déjà essayé de comprendre sa substance, le jus qu’il contient ? Combien peuvent l’entonner sans trébucher entre le ton et le rythme ? Cela fait honte de voir que même au sommet de la tour de Babel, l’hymne de la Victoire sonne parfois la défaite cuisante du patriotisme de façade. Il ne suffit pas non plus de décréter la montée et la descente des couleurs comme un réflexe républicain et patriotique. Un réflexe ne se décrète pas ; soit il est en nous, soit il nous a quitté. Une grenouille décérébrée est et reste une grenouille décérébrée ! Depuis qu’on a lancé en grande pompe la fameuse montée des couleurs, combien perpétuent la tradition ? Quand vous regardez le drapeau national, parfois vous voyez un banal tissu délavé en lambeaux ; fouetté au gré du vent et de la pluie. De mémoire d’enfant, j’ai vu le directeur de l’école courir descendre lui-même le drapeau, avant qu’une goutte de pluie ne le profane. J’ai vu des gens s’arrêter net, surpris par la montée d’un symbole plus fort que tout. J’ai vu des gens garder leur position comme des robots, juste pour honorer le drapeau. Ce même drapeau ! Quand on avait le privilège d’être au pied du mât, on se sentait au service d’un dieu. Quand on tenait le drapeau, on le tenait avec une discipline qui frisait l’idolâtrie.
Aujourd’hui, on monte le drapeau sans plus jamais le descendre. Parfois, c’est à la radio qu’un citoyen indigné se plaint pour que le
 « pauvre oublié » soit remplacé. Mais entre nous, combien coûte un drapeau national ? Qu’est-ce que cela coûte-t-il de le monter le matin et de le descendre le soir ? Combien de services publics dans notre administration ont un drapeau sain et sauf ? Le journal pour lequel j’écris ce pamphlet en a un, mais en manque de visibilité et assez vieux pour mourir discrètement. Avec tous ces écueils, ils parlent de civisme. Quand un Burkinabè est obligé de « quémander » vainement un kimono plus conventionnel que le sien pour descendre dans l’arène et  défendre les couleurs « tachetées » de son pays, à qui profite le patriotisme manqué ? Avec tous ces révolutionnaires convaincus, le « pays des Hommes intègres » ressemble à un vaste champ de blé après l’orage. On navigue à vue, on tend le cou, mais malheureusement, le tunnel n’a même pas de bout. Le vrai révolutionnaire, ce n’est pas forcément celui qui porte une arme. Ce n’est pas toujours celui qui lève le poing faible en l’air. La vraie Révolution se trame dans la tête et dans le cœur. Mais hélas ! Vive la Révolution ! A bas la Révolution !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr


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