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Cinéma : Le film Thom du réalisateur burkinabè Tasséré Tahirou Ouédraogo a été sacré meilleur film de fiction long métrage à Toukountchi festival de cinéma du Niger./Burkina: Mariam Diallo/Zoromé, ex-gouverneur du Centre Nord, a été inhumée ce dimanche 10 décembre au cimetière municipal de Bobo-Dioulasso./Emmanuel Macron : « La France n'investira plus uniquement pour faire des opérations de gouvernement à gouvernement qui n'auraient aucune retombée sur la population locale ».
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«Les Burkinabè souhaitent que la justice française extrade François Compaoré»

05/11/2017
23:35

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, était l’invité d’Internationales,  l’émission de grande interview de TV5-Monde, du journal, Le Monde et de RFI, diffusée hier 5 novembre 2017. La «lenteur» de l’exécutif burkinabè, la lutte contre le terrorisme, les dossiers judiciaires pendants, le F CFA, les relations bilatérales avec la France, la demande d’extradition formulée par la justice burkinabè concernant François Compaoré, entre autres, ont été abordés. Sidwaya a retranscrit cette interview digne d’intérêt pour vous.


Deux ans après votre élection, beaucoup de gens vous reprochent de ne pas aller assez vite dans la lutte contre la pauvreté. Que leur répondez-vous ?


Je comprends bien cette impatience du peuple burkinabè face aux enjeux de développement et de lutte contre la pauvreté. Mais, en même temps, je voudrais signifier que la lutte contre la pauvreté est une lutte de moyen et long terme. L’on ne peut éradiquer véritablement la pauvreté que lorsque nous aurons mis en place des projets structurants, qui permettent de sortir de ces difficultés, que nous connaissons depuis fort longtemps.


Pouvez-vous donner une échéance pour réussir le pari ?

En deux ans, nous avons obtenu des résultats significatifs dans tous les secteurs : santé, électrification, éducation, etc. En matière de santé, nous avons décidé de rendre gratuits les accouchements normaux ou par césarienne, et également de subventionner l’accès à la santé au profit des enfants de zéro à cinq ans. Cette subvention touche 25% des Burkinabè aujourd’hui.


On sait qu’il y a une société civile très agissante au Burkina Faso, notamment le mouvement, Le Balai Citoyen. Est-ce, pour vous, une sorte d’épée de Damoclès ? 


Le Balai Citoyen est dans son rôle citoyen. Vous savez très bien que, comme je l’ai souvent dit, la société civile est un instrument nécessaire à faire un rappel au pouvoir public sur les engagements et les mesures que nous devons prendre. C’est pour cela que, de notre côté, nous considérons que ce n’est pas une épée de Damoclès. Les OSC sont dans leur rôle. Nous les écoutons et prenons en compte, dans la mesure du possible, les aspects positifs. C’est pour dire que nous respectons la société civile dans son rôle.


Avez-vous l’impression d’être soutenu par les bailleurs de fonds, une sorte de prime à la démocratie ?


Nous nous sommes battus, dès le départ, pour montrer qu’il était important que les pays qui sont dans un processus démocratique comme le nôtre, puissent être soutenus. Parce qu’au Burkina Faso depuis 1960, c’est quand même la première fois qu’un chef d’Etat civil a été élu. Tout le reste du temps, c’étaient des coups d’Etat militaire. De ce point de vue-là, nous méritions une prime. Néanmoins, il faut rappeler qu’après mon élection, nous avons organisé la table ronde des bailleurs de fonds à Paris, qui a donné des résultats positifs. Parce que l’ensemble des partenaires présents ont fait d’importantes annonces. Nous avions besoin d’environ 5900 milliards de F CFA, nous avons enregistré 15 000 milliards de F FA d’annonces. Maintenant, il faut travailler à mobiliser ces ressources.


Est-ce que ces annonces se sont concrétisées ?

Certaines se sont concrétisées, d’autres sont en cours de concrétisation. Dans les domaines de l’électricité, de la décentralisation, entre autres, un certain nombre d’initiatives ont déjà été mises en œuvre. 


Depuis votre élection, le Burkina Faso, longtemps épargné par le terrorisme, est devenu une cible, avec notamment deux attaques dans la capitale. Comment expliquez-vous cette nouvelle donne ?


Il n’y a pas une remise en cause de la convivialité religieuse qui caractérise notre pays. De tout temps, les différentes religions travaillent ensemble au quotidien pour l’intérêt supérieur du Burkina Faso. C’est vrai que le pays a été toujours considéré comme un oasis de paix, puisque dans tout le tumulte sous- régional, nous étions le seul pays qui n’avait pas été touché par les attaques terroristes. Je dois rappeler que l’ex-président Blaise Compaoré a joué des rôles de médiation au Mali, qui ont fait que, de façon constante, nous avons eu une certaine collision, je pèse bien mes mots, avec les forces djihadistes dans ce pays voisin.


Ce que vous refusez aujourd’hui ?


Nous ne pouvons pas laisser le Burkina Faso comme étant une plate-bande, où nous passons des armes, de la drogue, à travers des trafics de tous genres. Donc forcément, nous devenons un obstacle pour ces personnes. De ce point de vue, il est tout à fait normal que le Burkina soit visé. Ce n’est pas une question de capacité de renseignements, de nos services de sécurité. La vérité est que la collision permettait de masquer toutes ces insuffisances. 


Une opinion estime que vous avez une sorte de méfiance vis-à-vis de tout ce qui est expert 
militaire…


Pas du tout. Nous avons mis en place l’agence nationale du renseignement, qui, aujourd’hui, est en cours de mise en œuvre, avec l’appui de différents pays. 


Pourtant beaucoup de grands experts ont été nommés soit ambassadeurs ou attachés militaires.


Vous savez, le pays a besoin de renouvellement. Ceux qui étaient experts hier, sont peut-être dépassés par l’expertise d’aujourd’hui. Donc, il est tout à fait normal que nous bâtissions une agence de renseignement conforme aux nouveaux B.A.-BA dans le domaine. Et c’est ce que nous avons fait. Nous avons l’appui de partenaires qui forment des éléments qui vont nous permettre d’opérationnaliser une véritable institution qui va s’occuper de renseignements intérieurs et dans la sous-région.


Dans ce conflit contre les djihadistes, l’on a l’impression que le Burkina Faso est en train de perdre sa partie Nord


C’est excessif de penser que nous perdons une partie de notre territoire. C’est vrai qu’il y a des points de récurrence des attaques dans un certain nombre de zones bien limitées. Mais je peux vous assurer que, malgré les actions spontanées, nous avons une bonne maîtrise de notre territoire. Je voudrais ajouter que dans le cadre du G5 Sahel, nous avons mis en place des fuseaux au Mali, au Niger et au Burkina. Cela devra permettre d’améliorer la sécurité à nos frontières. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, donc des gens nous attaquent dans des zones frontalières et repartent au Mali.


Est-ce que la solution est forcément militaire dans cette région du Nord du pays ?


En même temps, nous avons dit qu’il faut mettre en place des projets de développement qui permettent aux gens de se sentir concernés par la construction du Burkina Faso dans son entièreté. C’est pourquoi d’ailleurs, nous avons mis en place un plan d’urgence pour le Sahel. Nous sommes en train de réaliser dans la région, des infrastructures socioéconomiques et d’encourager la sédentarisation des populations, à travers la construction de barrages et des initiatives inhérentes à l’emploi des jeunes. C’est pour dire que l’aspect militaire et l’investissement économique doivent aller ensemble.


Le G5 Sahel, dont vous parlez tantôt, a du mal à trouver son financement. Est-ce un problème de confiance ou comme le disent certains, les cinq pays demandent  trop d’argent ?


Nous ne demandons pas trop d’argent. L’objectif du G5 Sahel est de créer une force conjointe des cinq pays-membres que sont le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie, pour mener un combat direct contre les forces terroristes dans la zone. La résolution des Nations unies n’a pas accepté de considérer la force conjointe du G5 Sahel comme la MINUSMA. Les Américains qui étaient opposés à cette idée ont considéré que les charges des personnels devaient revenir aux pays-membres du G5 Sahel. Mais, comme nous l’avons dit, il serait difficile d’envoyer des troupes de combattants sur le terrain dans des conditions de salaires au minima par rapport aux troupes de la MINUSMA.


Ce sont des troupes qui défendent votre territoire.

Oui, mais ce sont des troupes capables d’agir de façon synchronisée avec la force Barkhane sur le terrain dans des zones précises d’autres pays.


Le mandat du G5 Sahel est-il clairement défini ? Est-ce la lutte contre le terrorisme ou celle contre tous les trafics frontaliers ?


C’est tout cela, le terrorisme et les trafics. Le terrorisme se nourrit des trafics, donc il est impératif de lutter contre les deux fléaux. Le mandat du G5 Sahel est clair et nous nous réjouissons aujourd’hui que l’Union européenne, la France, les Etats-Unis et les pays-membres du G5 Sahel aient apporté leurs contributions. Nous attendons maintenant la rencontre de la table ronde des partenaires financiers qui aura lieu en décembre à Bruxelles pour voir plus clair dans le financement du G5 Sahel.


Au Niger, récemment, quatre soldats américains ont été tués dans une embuscade. Et on est en train de découvrir qu’ils n’étaient pas en mission de formation, mais en mission tout court, pour appréhender et tuer des terroristes. Est-ce  que dans votre pays, des troupes américaines sont présentes ? 


Il n’y a pas de troupes américaines dans notre pays. Notre coopération militaire avec les Etats-Unis est essentiellement liée à la formation. C’est cette même coopération militaire que nous avons avec la France et d’autres pays et qui viennent de temps en temps nous apporter leurs concours au renforcement de la spécialisation de nos soldats.


Mais c’est ce qu’on disait au Niger aussi.


En dehors de cela, nous n’avons aucune troupe américaine chargée d’une mission spécifique au Burkina Faso. Je peux vous donner cette assurance-là.


Le F CFA fait de plus en plus débat. Est-ce que les Etats africains dont le Burkina Faso ne devraient pas rompre avec le F CFA ?


La question de la monnaie est sensible, et je voudrais dire deux choses. Nous devons discuter du F CFA en quittant le chemin de la rhétorique classique, qui en fait est un débat politique. Depuis les années 1960, lorsque les Etats africains ont acquis l’indépendance politique, le débat sur l’indépendance politique s’est aussi posé. Ce n’est pas un débat nouveau, mais il faut qu’on avance. Pour avancer, il faut que nous comprenions que nous ne pouvons pas aller, chaque pays africain indépendamment, à une monnaie. 


Pourquoi ?


Parce que la base économique ne permettra pas de sous-tendre véritablement la qualité de cette monnaie. C’est pourquoi, au niveau de la CEDEAO, nous avons déjà engagé un processus de mise en place d’une monnaie commune. Une monnaie africaine, coupée de l’Euro ou pas, a besoin de mener des opérations internationales d’une manière ou d’une autre. Réduire l’argument au fait qu’elle profite à l’élite, qu’elle permet d’acheter des appartements, c’est de la rhétorique. Est-ce que des élites des pays qui ont leur monnaie nationale n’ont pas d’appartements ailleurs ?


Que pensez-vous de cet argument selon lequel le F CFA est le bouclier de stabilité pour les économies africaines ? 


Je pense qu’il appartient aux Africains de décider de changer les règles du jeu. Nous pouvons changer les règles du jeu. Au niveau de la CEDEAO, nous avançons et nous pouvons travailler à avoir notre monnaie.


Allons-nous vers une monnaie de la CEDEAO qui ne sera plus rattachée au Trésor français, comme c’est le cas avec le  F CFA ?


Techniquement, tout est possible. Nous pouvons avoir notre monnaie qui ne soit pas forcément liée à la France. C’est pourquoi je dis que nous avons beaucoup plus intérêt à nous concentrer sur les questions techniques, économiques, relatives à la mise en place de notre monnaie, au lieu d’aller sur le fait que c’est une monnaie coloniale, que l’Afrique doit être indépendante. En  Afrique, c’est le même problème, si le continent était uni,  nous allions constituer une meilleure force. Mais aujourd’hui, bien que  l’OUA, puis l’UA aient été mises en place, on constate  toujours que  ce sont les questions politiques qui sont les plus dérangeantes. Alors qu’il est aussi nécessaire de pouvoir renforcer la capacité du point de vue économique de l’Afrique pour occuper notre place dans le monde.


La création de cette monnaie est-elle une urgence pour vous ?


C’est une urgence pour nous, puisque la CEDEAO est déjà très avancée, les banques centrales y travaillent. Je pense que très prochainement, nous pourrons créer notre monnaie. Cela est possible.


La faiblesse des échanges interrégionaux est-elle due à ce problème de monnaie ?


Le problème des échanges n’est pas forcément lié aux questions monétaires. Il y a d’abord toutes les questions d’infrastructures routières, de transport pour pouvoir évacuer nos produits.  Par exemple, ne serait-ce que les vols aériens pour aller dans certains pays en Afrique, nous sommes obligés de passer par Paris. Ce qui est aberrant. C’est pour cela que la réflexion se mène sur la nécessité de renforcer les structures ferroviaires sur le continent pour permettre de transporter beaucoup plus de produits et de pouvoir faire des échanges intra-pays beaucoup plus importants. 


Dans trois semaines, le président Emmanuel Macron effectuera un voyage en Afrique dont la première étape au Burkina Faso,  où il n’y a pas eu de visite d’un président français depuis 31 ans. A l’Université de Ouagadougou, il devrait prononcer un discours sur sa conception des relations entre la France et les pays africains. Pour vous, est-ce que ces relations doivent évoluer ?


Je pense qu’une page déjà se tourne, du point de vue des premières impressions qu’on a eues de la politique que veut mener le président Macron. Nous devrons  donc avoir aujourd’hui des rapports d’égalité, d’intérêts réciproques et de respect mutuel entre nos différents pays. Nous l’écouterons à son arrivée sur sa vision de l’Afrique, de la jeunesse, etc. et cela nous permettra d’aviser.


Mais ne sera-t-il pas là un discours France-Afrique ?


Non ! Ce n’est pas un discours France-Afrique. Le panel auquel il s’adressera, n’est pas celui de chefs d’Etat. C’est un panel qui s’adresse à la jeunesse dans son ensemble : universitaire et non universitaire. C’est une occasion pour ces jeunes de pouvoir poser quelques questions pour mieux comprendre ce que la France entend apporter comme renouveau dans ses relations avec l’Afrique. C’est un point de rupture que les gens attendent. Le premier sentiment que j’ai, c’est que le président Macron s’est engagé à ce qu’il puisse avoir une sorte de rupture dans les relations qui existent entre la France et l’Afrique.


Mais le président Macron au cours du G20 à Hambourg a dit qu’il ne sert à rien de déverser des aides en Afrique et notamment au Sahel où les femmes continuent d’avoir 6 à 8 enfants... Avez-vous l’impression que c’est un renouvellement avec le discours français avec l’Afrique ?


Le président Alpha Condé lui a donné la réplique  sur cette sortie que je considère malheureuse et que, pour l’instant, je mets au compte des erreurs nouvelles quand on arrive à une position donnée. Nous verrons lorsqu’il sera à Ouagadougou si nous sommes sur la même tendance. A ce moment, ce sera une vision totalement erronée que nous allons également remettre en cause. Cela est clair parce que les Africains ne sont  pas d’accord sur cette façon de voir les choses. Autant des efforts doivent être faits sur la démographie, autant il faut poser des problèmes sur le plan culturel. Je pense que c’était une erreur.


Que pensez-vous du nouveau conseil présidentiel de Macron pour l’Afrique composé de gens qui ne sont pas des diplomates, mais issus de la sphère privée ?


C’est un organe nouvellement mis en place qui n’a pas encore fait ses preuves. Il m’est difficile de donner une appréciation. Je sais seulement que des compétences ont été choisies. Certains que j’ai rencontrés m’ont dit qu’ils ne savent pas pourquoi ils ont été choisis. Evidemment, on les a proposés. Ils y sont. Mais, il est clair, que pour eux, si la vision n’est pas conforme à une nouvelle conception des rapports avec l’Afrique, ils seront appelés à démissionner de cette structure. Attendons donc de voir ! A ce moment, je pourrai vous donner mon appréciation sur le rôle de cette 
structure.


On peut vous confier une petite indiscrétion que cette structure travaille  sur l’élaboration du discours qu’il prononcera à l’Université de Ouagadougou…


J’espère.  Ce qui est sûr,  le président Macron vient avec une nouvelle équipe. Ce n’est pas toujours évident que les gens aient une bonne connaissance de ce qui se passe en Afrique. C’est pourquoi, je pense qu’il peut toujours avoir des écueils par-ci, par- là dans la manière de finaliser et d’avoir la vision sur la réalité de l’Afrique.


Il y a quelques jours, François Compaoré, le frère cadet  de l’ancien président, Blaise Compaoré, a été  arrêté à Paris et remis en liberté conditionnelle dans le cadre du meurtre du journaliste Norbert Zongo. Aujourd’hui, il est sous contrôle judiciaire avant l’examen d’une éventuelle extradition. Est-ce que vous pouvez peser sur ce dossier ?


Je dirais difficilement que je peux peser sur ce dossier, parce que c’est une question de justice. Mais en tout état de cause, je considère que c’est déjà une victoire que le mandat d’arrêt ait connu son exécution sur le sol français. Le second aspect, c’est que nous avons envoyé dès le lendemain de son arrestation, la demande d’extradition qui a été portée au ministère des Affaires étrangères. Comme vous le savez, une longue procédure va s’engager entre l’Etat burkinabè, François Compaoré et ses avocats. Pour le peuple burkinabè, le souhait est que le tribunal puisse extrader François Compaoré au Burkina Faso pour qu’il réponde de ce qui est lui est reproché parce que les Burkinabè autant qu’ils sont, ont un devoir de redevabilité et nous devons répondre de  nos actes devant la justice burkinabè. 


La France qui a aboli la peine de mort n’extrade pas envers des pays vers lesquels la peine de  mort est toujours en vigueur. Est-ce que cela pourrait être un obstacle pour le retour de François Compaoré au Burkina Faso ?


Regardez dans l’histoire du Burkina Faso, il y a plus d’une vingtaine d’années que personne n’a été exécuté à la suite d’un jugement. Deuxièmement, nous sommes signataires d’un moratoire sur la peine de mort. Donc, cela ne devrait pas être un grand obstacle. Nous travaillons à voir comment au niveau de nos avocats, ils pourront défendre notre cause en la matière. Je voudrais rassurer que la peine de mort, même si elle dans nos textes,  n’est pas appliquée. Cela a toujours été notre position bien que les discussions dans le cadre de la nouvelle commission constitutionnelle peuvent amener des progressions dans ce domaine.


Vous avez eu de hautes responsabilités sous l’ancien régime (ministre, président de l’Assemblée nationale). Comment pouvez-vous être comptable du passé et incarner la rupture avec ce passé ?


Je dois préciser que les crimes sur lesquels certains dignitaires de l’ancien régime sont poursuivis, sont des crimes de sang. François Compaoré dans l’affaire Norbert Zongo, et de l’autre côté, Blaise Compaoré dans l’affaire Thomas Sankara. De ce point de vue, en tant que citoyen, j’ai assumé mes responsabilités aussi bien au niveau gouvernemental que législatif. Comme tous les autres, si j’ai des casseroles quelque part, je répondrai devant la justice. Je ne chercherai pas à me soustraire de la justice en quittant le pays. C’est le code d’honneur que chaque responsable de ce pays doit avoir.


Est-ce que vous avez un espoir que Blaise Compaoré, qui a obtenu la nationalité ivoirienne, revienne dans le pays à un moment ou à un autre, pour répondre devant la justice ?


De toute façon, je trouve que pour un président, le fait de changer de nationalité après avoir dirigé un pays pendant 27 ans pour se soustraire à la justice, n’est vraiment pas à son honneur. Deuxièmement, je dis également que tout chef d’Etat qui est appelé devant la justice doit y répondre. C’est pour cela que lorsqu’on on nous dit que Blaise Compaoré veut rentrer, nous disons qu’il peut effectivement venir se présenter à la justice, comme l’ont déjà fait certains, notamment le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, qui est rentré d’Abidjan pour répondre devant la Haute Cour de justice avec l’ensemble de son dernier gouvernement. 


De là où il est, l’ancien président Blaise Compaoré peut-il encore nuire à votre pouvoir par ses réseaux ?


En termes de visibilité c’est déjà fait. Donc, je peux vous assurer que les éléments et les informations montrent bien toujours un certain nombre d’implications sur un certain nombre de situations que nous vivons aujourd’hui.


Sur le dossier Thomas Sankara, un juge vient de demander à Paris, la levée du secret défense, afin de déterminer le rôle éventuel de la France. C’est important pour vous que Paris lève le secret ?


Ce serait une bonne chose. Ce serait une preuve de bonne foi, quant à la manifestation de la vérité en tout cas.


Vous avez peut-être une perception du rôle que la France a pu jouer dans cet assassinat ?


Je préfère que nous laissions la justice régler ces questions, parce que les impressions individuelles sont toujours sujettes à caution. Les choses sont en cours, le dossier évolue, il y a eu 17 inculpations. Je pense que c’est un dossier qui va connaître très rapidement un dénouement


Politiquement, vous considérez-vous comme l’héritier de Thomas Sankara ?
 
Loin de moi l’idée de pouvoir être l’héritier de cette grande légende qui a réhabilité l’honneur du peuple burkinabè. Il a également permis de restaurer la dignité, l’ardeur au travail, même si on doit considérer que 27 ans après, ces valeurs ont connu une faiblesse qu’il faut réveiller. C’est vrai qu’il faut œuvrer à mettre le peuple au travail, que chaque Burkinabè sache que c’est lui-même qui contribue au développement du pays. C’est ce qui est de fondamental. Malheureusement, aujourd’hui, on s’occupe beaucoup plus des intérêts particuliers que de l’intérêt collectif. Il faut continuer à travailler pour que l’ensemble des Burkinabè, que ce soit ceux qui sont nantis ou les plus pauvres, s’investissent ensemble dans le développement du Burkina Faso.


Comment expliquez-vous que Thomas Sankara puisse garder une telle empreinte parmi la population burkinabè ?


Je pense que la pensée de Thomas Sankara va traverser des âges. 
Il a défendu des causes justes dans un contexte difficile pour lui et je crois que tous les débats que nous avons autour de l’indépendance économique de l’Afrique, de la nécessité que l’Afrique se solidifie, sont des points de vue qu’il a développés, à l’image de ses ses prédécesseurs Kwame Nkrumah, Lumumba, etc. Thomas Sankara est l’icône de la génération actuelle.


Propos retranscrits par la rédaction




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03/12/2017 19:50
26/11/2017 22:30
 

 



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