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Exploitation minière à Namissiguima : Les machines vrombissent, Boulounga grogne

15/11/2017
21:18

Une partie des habitants de Boulounga, dans la commune de Namissiguima, à une trentaine de kilomètres de Ouahigouya, ne veut pas libérer le village pourtant situé dans l’emprise de l’exploitation de la société minière Endeavour mining/Karma. Le site de relogement, encore en chantier à environ 5 kilomètres du village, est d’ores et déjà boudé. Pour les mécontents, le site est dans une zone inondable et leur a été imposé. Incompréhension totale du côté des responsables de la mine et des autorités municipales qui estiment que tout a pourtant été décidé à la suite d’un «large consensus». Arrêt sur une grogne ouverte dont les causes paraissent plus profondes que les puits d’extraction. 


Boulounga est un petit quartier villageois relevant de Namissiguima, dans la province du Yatenga. A priori, il ne renvoie à rien, sauf lorsqu’on précise que l’un de ses fils s’appelle Ousmane Guiro, ancien directeur général des Douanes. En s’y rendant le 8 octobre 2017, on constate à l’entrée ouest du village, des «montagnes» de terre rassemblées par des engins lourds rappelant le début des travaux d’une exploitation minière.
Devant les habitats en grappe perdus au beau milieu des feuillages, un petit rassemblement d’hommes attire l’attention. Cheveux blancs et crépus, visages renfrognés, ces sages devisent à l’ombre de grands neems. Non loin de l’assistance, des femmes font tonner des coups de pilon. Aux alentours des concessions, des champs de mil en maturation s’étalent à perte de vue. Tous ne présentent pas une bonne physionomie, nul doute à cause du déficit pluviométrique. Un soleil de plomb s’abat sur le village. Et l’on comprend vite pourquoi la plupart des habitants ont trouvé refuge sous les arbres. Mais, apparemment, ils s’accommodent bien avec leur milieu de vie. A vue d’œil, aucun signe avant-coureur d’un éventuel remue-ménage n’est visible dans le village. Et pourtant, cette bourgade est appelée à disparaître les mois à venir de son lieu habituel pour renaître à quelques kilomètres plus loin. En effet, Boulounga est affecté par les activités de la société minière Endeavour mining/Karma et la relocalisation de sa population est devenue un impératif. Depuis un certain temps, le compte à rebours a commencé ; les travaux sur le nouveau site étant très avancés. Si au départ, un terrain d’entente avait été trouvé pour la relocalisation des populations affectées, aujourd’hui, un autre son de cloche se fait entendre. Nombre d’habitants se disent indignés du comportement des responsables de la mine et les accusent d’avoir abusé de leur confiance. A les entendre, ils n’auraient pas été associés à l’identification de leur nouveau point de chute. « Les responsables de la mine nous avaient dit de choisir là où on voulait être relogé mais à notre grande surprise, notre choix n’a pas été respecté », fulmine Salam Savadogo, assis à même le sol, au milieu de l’assemblée des vieux. Ses propos sont corroborés par ceux de son aîné, Boureima Savadogo, pour qui toutes les rencontres sur leur relocalisation se font désormais très loin des acteurs directs qu’ils sont. « On nous avait promis de nous réinstaller à près d’un kilomètre de là. On a choisi notre site mais à la surprise générale, ils sont allés construire à plus de 5 kilomètres. Nous ne voulons pas ce site. Nos enfants peuvent y aller mais nous, les vieux, non. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, nous voulons rester à côté », se lamente le septuagénaire. 


La colère au bout des lèvres


M. Savadogo souhaite ne pas quitter son village natal même s’il reconnaît que la terre appartient à l’Etat. Le chef de terre et doyen du village, Mahamadi Savadogo, lui, est catégorique : «Le déguerpissement ne me plaît pas. C’est la force qu’on veut nous faire». Celui qui estime son âge à plus de 100 ans dit ne pas comprendre ce qui arrive à son village. Il pense déjà aux lieux sacrés et aux tombes de ses grands-parents qu’il défend viscéralement de violer. « J’objecte qu’on déterre un seul corps ici », peste le vieillard. 
Impuissants face au processus irréversible du déguerpissement, ils dénoncent aussi la proximité du nouveau site avec un cours d’eau. «Au début, nous nous sommes entendus sur les conditions du déguerpissement. Mais de nos jours, il y a des désaccords. Nous avons souhaité une rencontre avec les responsables de la mine mais, en vain », souligne le sexagénaire Moumouni Savadogo. A l’en croire, la pomme de discorde est partie du fait qu’à un moment donné, la population n’a plus été consultée pour la suite des travaux sur le site. «Après le choix du site et au début des travaux, les responsables de la mine nous ont conviés pour une visite. Mais par la suite,  ils sont allés construire dans un bas-fond sans nous informer. C’est là que nous ne sommes pas d’accord», explique-t-il, tout furieux. Il est appuyé par Rasmané Savadogo qui confirme la légitimité des inquiétudes soulevées par ses congénères. Il atteste connaître très bien la zone car le champ d’un de ses frères s’y trouve. « Quand il peut, les eaux débordent parfois du ravin et créent des inondations dans les environs. Et depuis que nous avons appris que des habitats ont été construits à proximité, nous avons des insomnies », relate-t-il. Même son de cloche chez Madi Savadogo. Celui-ci rappelle que si les bénéficiaires avaient été consultés plus tôt, ils allaient contester la construction des habitats dans la zone basse. «Au départ, il n’y avait pas de mésententes. C’est par la suite que les engagements ont été déviés », soutient le quinquagénaire. Cet avis est largement partagé par les habitants du village. Les regards pétillants, les sages avouent ne pas vouloir se laisser faire. 
Le coordonnateur du Mouvement citoyens conscients (MCC), une Organisation de la société civile (OSC) du Nord, Rasmané Barry, embouche la même trompette. Pour lui, les bases ont été faussées dès le départ. Car, indique-t-il, un comité restreint mis en place pour statuer sur la délocalisation du village avait été contesté par la population et même par son Mouvement à cause de sa composition déséquilibrée et partisane. «Le comité a mal fait le travail et la population était divisée ; une grande partie ne voulant pas rejoindre le site pour des raisons culturelles et sociales pour la plupart», se souvient l’activiste de la société civile. Cette situation, ajoute-t-il, a fait l’objet d’une conférence de presse organisée en février 2017 par la population mécontente et soutenue par le MCC qui suit de près le dossier de Boulounga. Mais mal lui en a pris car, à entendre M. Barry, cela a valu une convocation de son organisation à la gendarmerie. «Nous n’avons pas été bien compris et nous nous sommes dit que la chose était mal partie. Il fallait une large concertation avec la population. Pour moi, le choix du site n’a pas été participatif», relève-t-il. Il va plus loin en précisant que c’est une minorité qui avait accepté le choix du site contre une majorité qui avait catégoriquement refusé. C’est pourquoi le MCC dit avoir attiré l’attention des responsables de la mine à travers leur relation communautaire et même des autorités régionales mais, sans obtenir gain de cause. « Les textes sont clairs, on ne peut pas reloger une population sur un site sans son consentement », atteste Rasmané Barry. 


« Le site de relogement n’est pas inondable »


Le coordonnateur des relations communautaires de la mine, Moulaye Saba, rejette en bloc tous les griefs retenus contre sa société. Par rapport au choix du site, il est formel : « Le choix a été le fruit  d’un large consensus, d’une longue série de rencontres, d’une collaboration avec les populations de Boulounga, les autorités locales et le sous-comité de suivi de la relocalisation de ces populations ». A l’entendre, le site retenu est celui qui réunit le plus les critères favorables à une réinstallation de populations. « Tous ceux de Boulounga ont été touchés individuellement en présence du préfet et du représentant du maire de Namissiguima et chacun a donné son avis », clame M. Saba. Sur la question de la présence du bas-fond, il coupe court : « Il n’y a pas de zone inondable ici ». Car, justifie-t-il, s’il y a eu toutes les autorisations nécessaires pour construire des habitats dans la zone, c’est qu’elle n’est pas inondable. Même si le représentant de la mine reconnaît qu’il y a un cours normal des eaux de ruissellement dans les environs, il rassure qu’avec les canalisations aucun problème ne va se poser. Mieux, il renchérit en précisant qu’au Burkina Faso, la législation interdit de construire des habitats dans des zones inondables. Malgré tout, mentionne Moulaye Saba, s’il y a des gens qui contestent, c’est leur droit. « Le principe de la relocalisation, c’est que personne n’y est contraint. Si la personne juge qu’elle n’est pas habilitée à vivre dans la zone, elle peut aller s’établir ailleurs », fait-il savoir. Quant au maire de Namissiguima, Amadé Bélem, par ailleurs président du Comité de suivi et de liaison (CSL) entre la mine et la population, il avoue qu’au début ça n’a pas été facile. Car, détaille-t-il, toute chose nouvelle suscite des réactions d’incompréhension ; mais au fur et à mesure, les doutes se sont dissipés. Quid des plaintes actuelles au sein de la population ? Le maire dit n’être au courant de rien. «Il reste maintenant le problème des lieux sacrés que nous sommes en train de résoudre», révèle-t-il. Sur le sujet du bas-fond, l’édile admet en avoir déjà entendu parler mais se dit rassuré par les explications de la mine de canaliser les eaux. « La mairie est là pour veiller à ce que ces engagements soient respectés », confie le président du CSL.
Outre le choix du site et sa proximité avec le bas-fond, les frondeurs ont relevé d’autres préoccupations qu’ils jugent non moins importantes. Il s’agit, entre autres, de la protection des lieux sacrés et des tombes, de l’étroitesse des chambres des maisons construites sur le nouveau site et de la problématique des exploitations agricoles. «Le problème, ce sont les tombes. Il avait été question de les protéger à l’aide de grillage. Mais actuellement, on parle de déterrer les corps pour les enterrer ailleurs. Là, nous ne sommes pas d’accord», informe Harouna Savadogo. Il est soutenu par Abdoulaye Savadogo qui rappelle qu’il y a trois mois de cela, des représentants de la mine sont venus dire qu’ils vont apporter une aide financière à ceux qui veulent déterrer leurs corps ou à défaut, ils enverront de tierces personnes le faire. «Faux ! Nous n’avons jamais dit cela», rétorque le coordonnateur des relations communautaires de la mine. Il rappelle plutôt que des cimetières et des tombes ont été identifiés et feront l’objet d’une protection conformément aux normes en la matière. Les dimensions des chambres semblent ne pas convenir non plus aux bénéficiaires. 
A ce sujet, Madi Savadogo laisse entendre que leurs chambres sont plus spacieuses que celles du nouveau site. « Est-ce que ces maisons vont contenir les membres de nos différentes familles ? », s’interroge-t-il non sans se soucier d’un éventuel éclatement des familles. «Nous avons attiré l’attention de la mine sur les dimensions des chambres. Car, nous avons fait le même constat à Sabcé dans le Centre-Nord où un site pareil a été construit. Si cela doit se répéter ici, ce n’est pas la peine», prévient l’activiste de la société civile, Rasmané Barry. A ces récriminations, M. Saba répond en précisant que les bâtiments ont été érigés conformément à la taille des maisons initiales et que par conséquent, les familles resteront groupées. 
Les espaces de cultures préoccupent également les populations de Boulounga. Elles ont peur de ne pas disposer suffisamment de terres cultivables sur le nouveau site. Là aussi, Moulaye Saba rassure : «Il y a des champs qui tombent dans le périmètre de sécurité de la fosse minière. Pour cela, la société a trouvé sur le nouveau site un espace (53ha) aménageable en domaine de cultures pour remplacer ces champs». Par contre, souligne-t-il, les champs qui ne sont pas affectés sont toujours détenus par leurs propriétaires qui peuvent continuer à les exploiter. Mais à entendre nombre de personnes mécontentes, ce ne sont, pour l’instant, que des promesses.


Une visite qui a failli tourner au vinaigre


Le 13 octobre 2017, une visite du site est organisée par la mine. Sont conviés, l’ensemble des conseillers communaux et les membres de la commission communale d’urbanisation et de construction de Namissiguima. Pas d’habitants de Boulounga parmi les visiteurs du jour. Selon les explications fournies par le représentant de la mine, Moulaye Saba, il s’agit de permettre aux conseillers, à la suite des autorités de Ouahigouya et celles locales, de se faire une idée de l’état d’avancement des travaux sur le site. A bord de leur véhicule de transport en commun qui fait le tour du site à pas de tortue, jalonnés par des arrêts intermittents, les conseillers écoutent religieusement les explications de M. Saba. «Je pensais qu’on allait descendre pour sillonner l’intérieur du chantier», lance un visiteur. Peine perdue. Les conseillers sont ramenés au point de départ pour une séance de questions-réponses. La kyrielle de questions témoigne de l’intérêt accordé au projet. Il y en avait qui fâchent. L’embarrassante préoccupation du choix du site refait surface. Le ton est donné par le premier adjoint au maire de Namissiguima, Aboubacar Ouédraogo, qui souhaite savoir si des bénéficiaires n’ont pas contesté l’emplacement de leurs maisons ou le choix du site en général. En outre, veut-il s’assurer que tous les engagements de la mine ont été consignés dans un document qui permet de suivre leur traçabilité. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il n’en fallait pas plus pour mettre le représentant de la mine hors de lui. M. Saba rappelle l’auteur de la question à l’ordre. «Il faut qu’on se respecte car vous avez été associé dès le début à toutes les rencontres. Qu’est-ce que la mine a promis de faire et qu’elle n’a pas fait ? Nous entendons de fausses rumeurs sur la mine mais il faut éviter ça», s’offusque-t-il. La tension monte d’un cran. Il en veut pour preuves, en termes de promesses faites, la construction des logements, l’élaboration du plan de restauration des moyens de subsistance et celui d’appui au développement local. «Que voulez-vous encore ?», s’interroge le porte-parole de la mine. Mais un autre conseiller intervient pour le recadrer. Pour lui, la question de l’adjoint au maire n’a rien de tendancieux mais juste pour comprendre. «Nous ne sommes pas d’accord qu’on fasse une telle réplique à notre maire», prévient l’intervenant. Le périple se termine sur une note au goût amer.
Tout ceci porte à croire que beaucoup de zones d’ombre subsistent toujours dans le dossier de Boulounga. Et le MCC qui dit ne pas lâcher prise compte le suivre pas à pas. «Nous sommes engagés à aller jusqu’au bout dans l’accompagnement de cette population dont la majorité ignore les textes», confesse son coordonnateur, Rasmané Barry. Toutefois, le processus de relocalisation des populations affectées semble irréversible. Leur déplacement se fera-t-il sans encombres ? L’avenir nous le dira.

Mady KABRE
dykabre@yahoo.fr




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Quelques informations sur le site

D’une superficie de 65 hectares, le site de relocalisation des populations affectées de Boulounga va être construit en deux phases. La première phase, déjà en chantier, concerne 87 ménages regroupés dans trois quartiers que sont Bogyiri, Walyiri et Nayiri. Des maisons de type F2 et F3 sont en train de pousser de terre et pourront être achevées au plus tard en février 2018, selon les estimations de la mine. Quant à la 2e phase, elle va toucher 116 ménages regroupés dans deux grands quartiers, à savoir Yargo et Yoblanayiri.


M.K






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03/12/2017 19:50
26/11/2017 22:30
 

 



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