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Tolérance religieuse : Catalyseur de la cohabitation pacifique au Burkina

15/11/2017
21:32

Pays de traditions authentiques, converti désormais à l’islam et au christianisme,  le Burkina Faso a su trouver le liant fertilisant qui permet une cohabitation pacifique entre les fidèles des différentes religions. Hormis quelques tensions, la tolérance religieuse est préservée au Burkina Faso. Un tour chez des leaders des différentes confessions religieuses, permet de comprendre comment cela est possible dans un contexte de violence extrémiste sous couvert de la religion.

Au Burkina Faso, il n’est pas rare de voir des leaders musulmans à l’Eglise aux cotés de leurs frères catholiques, à Noël ou à Pâques tout comme il n’est pas rare de voir le cardinal et sa suite aux côtés des musulmans à la place de la Nation lors de la fête du Ramadan et de la Tabaski. A Dori, capitale d’une région en proie aux violences extrémistes,  les chrétiens et les musulmans se sont réunis  en association à travers l’Union fraternelle des croyants (UFC).
Cette vie harmonieuse passe par le respect de la croyance d’autrui, du point de vue de l’Abbé Arcadius Sawadogo, prêtre à Dori et secrétaire général du dialogue avec l’Islam. Il a expliqué que l’UFC a vu le jour en 1969,  à la suite d’une grande famine qui avait détruit les populations et les animaux. L’urgence de la situation a commandé la mise en place d’une association composée de musulmans et de chrétiens pour prévenir ce genre de catastrophe et c’est cette association qui est devenue l’UFC visant à imposer la tolérance entre les croyants ; les membres vivent en parfaite symbiose et dans le respect de la religion de l’autre. Pour l’Abbé Arcadius, cette parfaite harmonie entre chrétiens et musulmans se justifie par le respect de la foi de l’autre. «Les conflits commencent dans l’Esprit de l’Homme, se transforme en parole puis en actes. Il faut d’abord désarmer les esprits, n’avoir que des paroles de paix qui rassemblent et  prôner la paix, pour ne pas stigmatiser l’autre», a-t-il révélé. Toutefois, il a rappelé que dans les années 60, le catholique qui osait s’offrir une bière à la buvette de la ville se voyait privé des salutations de son entourage pendant au moins un mois. Mais de nos jours, grâce à l’UFC qui a travaillé à changer les mentalités, ce n’est plus le cas.
Bien plus, le chancelier de l’Archidiocèse de Ouagadougou, l’Abbé Jacob Yoda souligne que c’est une obligation pour les hommes et surtout pour les croyants, de s’entendre pour vivre fraternellement. Il a expliqué que l’Eglise catholique, à travers sa déclaration sur ses relations avec les religions non catholiques, entend promouvoir une connaissance mutuelle pour mieux œuvrer pour la paix sociale, le but du Christianisme étant de promouvoir l’Amour de Dieu et du Prochain (Jean 15, 12). Selon l’Abbé Jacob Yoda, la connaissance des autres permet de mieux vivre la paix sociale. C’est ce qui justifie la présence des autorités de l’Eglise catholique aux côtés des musulmans pendant la Tabaski ou le Ramadan. De son point de vue, Dieu ne veut pas que le monde soit transformé en un champ de bataille à cause de la religion. «Dieu ne souhaite que l’amour entre les Hommes. Nous sommes tous des fils d’Abraham», a-t-il affirmé. Il a souligné que certains croyants n’ont pas compris le sens de la religion qui est de relier les personnes à Dieu. De ce fait, l’Abbé Jacob Yoda a révélé que cette tolérance religieuse se constate également au niveau du mariage et que sous réserve d’accepter les normes du mariage chrétien et que les enfants soient baptisés, l’Eglise admet que ses fils et filles se marient à des gens appartenant à d’autres confessions religieuses, mais ces conditions ne sont malheureusement pas toujours respectées. 
A propos des attaques terroristes dont le Burkina a été victime,  ces dernières années,  l’Abbé Jacob Yoda estime que seuls les mauvais croyants et les faux religieux s’adonnent au terrorisme et cela devrait interpeller les vrais croyants qui ont l’obligation de se liguer et de fédérer leurs forces pour lutter contre les terroristes. Mais, dit-il, dans une société où on défie l’autorité, on est mal parti. Alors que faire si le ver est déjà dans le fruit ?


L’avènement de la Commission Justice et Paix


L’une des solutions que  propose l’Eglise catholique du Burkina Faso est la création de la Commission « Justice et Paix », créée par la Conférence  épiscopale du Burkina-Niger, en mai 2003 et reconnue officiellement en 2006. Fille du conseil pontifical, cette commission a un caractère transversal et travaille  avec l’ensemble des services, institutions et  ministères, en collaboration  avec les autres commissions épiscopales pour promouvoir la justice et la paix ; notamment en éveillant et en formant les consciences des individus et des communautés aux valeurs de justice et de paix ; et aussi  en défendant les droits humains violés tout en privilégiant ceux des faibles et des laissés-pour-compte de la société.
Sans distinction de religion ni de sexe, la  CJP est particulièrement impliquée dans la résolution des conflits et dans la gestion des projets de développement qui s’attaquent aux problèmes de la société, pour le plus grand bien des exclus des marginalisés et des pauvres. Au nombre de ces projets, s’inscrivent la construction du siège pour répondre aux attentes et pour améliorer les conditions de travail et d’accueil, d’une part ; le projet de promotion et d’accès équitable des populations rurales à la justice, d’autre part.  Par ailleurs, il y a le projet d’appui à la lutte contre l’exclusion sociale.
Selon le Secrétaire national / Général de la Commission Justice et Paix (CJP), l’Abbé Joseph Mukassa Kienou, la dite commission trouve sa source en Jésus-Christ lui-même et ce qu’il a voulu comme fondement de la  vie chrétienne : apporter le salut à tous sans exception. D’après l’Abbé Mukassa, la CJP est fidèle à ce que Jésus-Christ a dit à ses disciples : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il a précisé que l’amour du Christ ne se limite pas à ceux qui croient en lui ; il a  accepté de mourir sur la croix et de verser son sang pour effacer le péché de l’humanité toute entière afin de réconcilier le monde entier avec Dieu. Partant de là, le serviteur du Christ a précisé que c’est sur l’amour que chaque être humain sera jugé.
A propos de la situation sécuritaire nationale, il reconnaît qu’il  y a d’énormes défis à relever collectivement  et que le savoir-faire doit être capitalisé  pour le bien de tous ; il estime que la situation n’est pas alarmante et que le Burkina Faso a toutes les chances de se ressaisir pour que toutes les composantes de la Nation s’asseyent tous ensemble pour se parler, que ceux qui ont fauté le reconnaissent et que les responsabilités soient partagées. Il estime que le gouvernement gagnerait à répondre aux attentes et aux exigences du peuple et à lutter contre la corruption qui avance à pas de géant. Néanmoins, il reconnaît que Dieu veille sur le Burkina, sinon au regard des attaques terroristes dont il a été victime, ce pays aurait pu dégringoler.


Que dit l’Islam à propos de la tolérance religieuse ? 


Le Cheick Abdoul Aziz Ouédraogo, le président de la Fédération mondiale pour la réconciliation sociale et la paix que nous avons rencontré le 17 octobre 2017, soutient que rares sont les églises où il n’a pas encore mis les pieds. Soutenant que Dieu interdit de pratiquer la ségrégation religieuse, ce grand musulman s’est engagé pour la promotion de la tolérance en Islam, depuis une trentaine d’année. Ses nombreux voyages y relatifs à travers le monde pour des conférences et le manque de repos ont failli lui coûté la vie mais par la grâce de Dieu, il est de nouveau sur pied. « J’ai été très malade... Le Cardinal Philippe Ouédraogo a été le premier à me rendre visite ; il  a posé sa main sur moi et a prié en latin pour demander à Dieu de me guérir pour que je puisse poursuivre l’œuvre entamée depuis 1987 et Dieu l’a écouté…», a-t-il confié. Sur la base de cet exemple concret de fraternité et de tolérance religieuse, Il a aussi rappelé qu’un jour, le prophète Mohamed et sa suite ont rendu visite à la hiérarchie de l’Eglise catholique dans une église et à l’heure de la prière, c’est le serviteur du Christ qui a rappelé à ses visiteurs qu’il était l’heure de prier et leur a permis de rester dans cette même église, aucune mosquée n’étant dans les environs pour remplir leur obligation envers le Créateur de l’Univers. Il a signifié que pour ceux qui ont bien lu et compris le Coran, Issa, c’est celui que le Chrétien appelle Jésus dans la Bible ; de même, Moussa, c’est Moïse et Zackaria, c’est Zacharie ; ainsi de suite. Alors, se demande-t-il, pourquoi chacun ne respectera-t-il pas la religion de l’autre, d’autant plus que c’est le Dieu que chacun  prie mais ils y vont par des chemins différents. 
En ce qui concerne le programme de la fédération dont il est le président, pour l’instant, il vise à unifier le monde musulman afin qu’il ait la même vision et la même compréhension du Coran. Pour lui, la charité bien ordonnée commençant par soi-même, il faudra d’abord une tolérance religieuse au sein même de l’Islam ; alors seulement, les adeptes de cette religion pourront apprendre à tolérer les autres religions.  Ce passionné de Dieu dit être convaincu que l’ennemi de l’hommme c’est le diable qui demeure invisible mais qui se manifeste par la jalousie, la haine, les crimes de tout genre, le mensonge sous toutes ses formes, l’orgueil et toutes autres formes de péchés. Il est donc urgent de promouvoir la tolérance et aussi le pardon pour la survie de l’Humanité.
Dans ce sens, le Cheick Soufi Moaze, un autre guide spirituel, particulièrement de la Communauté spirituelle musulmane des Soufis du Burkina Faso (CSMSBF), a organisé une conférence de presse, à l’occasion du lancement de la tournée de sensibilisation à la tolérance religieuse, le 23 octobre 2017. Celui-ci soutient qu’il est urgent que les leaders des religions révélées et celle traditionnelle puissent donner des messages forts d’acceptation du prochain à tous les niveaux que ce soit dans les mosquées, les églises et les temples ou tout autre lieu de culte.  Au-delà de la tolérance religieuse, cette tournée vise à promouvoir  le respect de la dignité humaine, le civisme,  la solidarité et à faire passer des messages forts pour l’acceptation du prochain, dans l’amour d’Allah. « Notre prochain n’est pas notre ennemi, mais notre ami, notre frère, notre sœur et je dois l’aimer tel qu’il est, dans sa différence», prône-t-il, tout en exhortant chacun à conseiller et  surtout à aider son prochain à se réconcilier avec Dieu et à observer les lois en vigueur dans le pays.


La tolérance religieuse au sein des Eglises évangéliques


Au Burkina  Faso, les chrétiens, les musulmans, les animistes et les autres fidèles des autres religions vivent en parfaite harmonie au point d’accepter de célébrer des mariages mixtes (entre personnes de différentes religions), de se rendre visite et de manger à la même table  lorsque les événements les rassemblent ou lors des différentes fêtes. Tel est le constat du Pasteur Alfred Belem.  Celui-ci définit la tolérance par la capacité d’une personne à accepter une chose qui lui est inconnue, incompréhensible ou avec laquelle elle n’est pas d’accord. Partant de là, il explique que la tolérance religieuse est un comportement adopté devant des confessions de foi différentes ou devant des manifestations publiques organisées par des fidèles d’une autre religion. Une telle tolérance, de son avis, enlève les masques qui divisent et dissipent les tensions provoquées par l’ignorance. 
« Dans nos prières, nous demandons à Dieu au Nom de Jésus-Christ pour que règne la paix dans notre pays parce que dans Jérémie 29, 7, il est dit  de rechercher le bien de la ville et  de prier l’Eternel en sa faveur …», a-t-il confié.
 A propos de la situation sécuritaire, le pasteur Belem a soutenu qu’à l’heure actuelle, il y a des agissements qui effraient tels que les attaques terroristes et l’on se demande où l’on va à cette allure. Face à l’insécurité, il nous renvoie à la Bible, particulièrement, dans Romain : 14, 19 qui nous recommande de rechercher ce qui contribue a la paix et à l’édification mutuelle. Dans cette lancée, il ajoute aussi d’autres versets bibliques notamment, 1Pierre 3, 11 ; Hébreux 12,14 ; 1Corinthiens 7,15 et  Romain 12, 18. « Ces versets nous parlent de paix et nous exhortent à vivre dans la paix et à toujours la rechercher », a-t-il précisé. Il a alors invité tous les responsables religieux à prêcher l’amour et la paix dans les lieux de culte.
A la suite de son frère en Christ, Alfred Belem, le Pasteur Mamadou Karambiri trouve que la tolérance religieuse est très importante, du fait qu’elle a apporté le calme et a régulé la tension socio-sécuritaire au Burkina Faso. Il trouve que sans cette tolérance religieuse, le pays aurait pu basculer vers l’insécurité totale. Il salue donc à sa juste valeur l’engagement de tous les leaders, toutes religions confondues, qui ont su calmer cette tension socio-sécuritaire, à travers la reconnaissance réciproque et l’acceptation mutuelle.
Pour illustrer ses propos, le Pasteur Karambiri a pris l’exemple des fêtes de fin d’année qui constituent une opportunité de vivre concrètement la fraternité et la solidarité. « A Noël, nous allons vers nos voisins non-chrétiens et nous  les invitons à se joindre à nous pour la fête ; des imams et des chefs coutumiers apprécient ce geste fraternel », dit-il. Il a ajouté  qu’il s’implique dans les activités  des chefs coutumiers dans le quartier, ce qui renforce le respect mutuel, la paix et l’harmonie entre les habitants du quartier et les fidèles du Centre international d’évangélisation.


Le rôle de la Direction des Affaires coutumières et du culte


Le Pasteur Karambiri  a souligné qu’il n’y a jamais eu de violences liées à la religion dans notre pays et cela est dû aux chefs religieux et à la population qui ont tous compris que la violence est l’arme des faibles ; il faut continuer à cultiver cette tolérance et si nous faisons un front commun, les adeptes de la violence vont se rendre compte que ça sera difficile de faire vivre le Burkina dans l’insécurité et tout le monde verra que nous ne voulons pas de l’extrémisme religieux et alors ces gens nous laisseront en paix.
Le Directeur des affaires coutumières et du culte, représentant la direction des libertés publiques et religieuses du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, M. Salfo Kaboré, a soutenu que ladite direction est chargée du suivi des faits religieux sur l’ensemble du territoire.  Il a précisé que le Burkina est un pays laïc, ce qui signifie qu’il n’y a pas de religion d’Etat. Cet état de fait oblige l’Etat à assurer à tous les citoyens, le droit de croire ou de ne pas croire et même de changer de religion ; ce qui justifie la pluralité de religions au Burkina Faso. Pour M. Kaboré, c’est dans un tel contexte que la direction chargée de la liberté religieuse organise des panels regroupant les leaders des différentes communautés pour leur permettre d’échanger sur les préceptes de promotion de la paix et  d’initier des actions communes. Ceux-ci sont également associés à l’encadrement juridique et au suivi des faits religieux, d’où la mise en place de l’Observatoire national des faits religieux (ONAFAR).
A propos des attaques terroristes dont le Burkina a été victime, M. Kaboré déplore le fait que la religion soit utilisée à d’autres fins. «Les terroristes s’attaquent à des lieux de culte et aux populations sans distinction de religion, alors que certains en font un lien direct avec l’Islam», a-t-il regretté. Le pire, de son avis, est que ces terroristes changent de stratégie à chaque fois et font des lavages de cerveau des populations vulnérables. Face à cette situation, M. Kaboré  invite les leaders d’opinion, religieux, coutumiers à véhiculer des messages de paix et de tolérance pour éviter les troubles sociaux. Il souhaite, par-dessous tout, que les Organisations de la société civile prennent la mesure de leur responsabilité et ne soient animés d’autre motif que celui du développement durable.

Aimée Florentine Kaboré






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