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Chronique : L’éléphante du roi et le diseur de vérité

16/11/2017
18:04

Il était une fois un roi très craint et respecté de ses sujets. Quand il toussait, les sujets acquiesçaient. Personne n’osait le contredire, car tout contradicteur était un suicidaire. Il élevait une éléphante dans son palais. Chaque nuit, le mastodonte sortait et décimait les champs des sujets. Le matin, les pauvres sans-voix constataient les dégâts sans broncher. A la fin de la saison, la part de récolte du roi était celle du lion. Les malheureux sujets épuisaient en quelques mois leurs maigres ressources et consacraient le reste du temps à vivoter. Ils maudissaient l’éléphante et lui souhaitaient le pire des destins. Mais l’éléphante se portait de mieux en mieux. Elle prenait même des rondeurs insultantes comme pour narguer ses détracteurs. La prochaine saison fut pareille. L’éléphante du roi récidiva sans manquer de marquer le lieu du crime avec quelques mottes de crottes bien dodues. L’année qui suivit, un jeune homme agacé et déterminé ameuta l’ensemble des sujets. Ils leur dit que c’en était de trop et que l’animal de palais ne pouvait pas continuer à décimer leurs champs. Tous souscrivirent à son idée. « Trop, c’est trop ! » murmuraient-ils.

Alors, une audience publique fut demandée au roi. L’air affable, le roi agréa et une date fut fixée pour la rencontre. Du côté des « légitimes frondeurs », une réunion secrète fut organisée pour peaufiner la trame du « Jour de vérité ». Pour le jeune homme initiateur, il s’agira simplement d’évoquer le cas de l’éléphante et les autres en chœur devaient annoncer que l’animal ravageait leurs champs. Ils convinrent même de proposer au roi la construction d’un grand enclos au standing royal pour l’animal. Ils proposèrent de nourrir l’animal avec les plus tendres herbes du pré et de l’abreuver de l’eau de leur propre canari. 

Le jour de l’audience, la cour royale refusa du monde. Tous étaient visiblement remontés et décidés d’en découdre avec la bête du roi. A l’annonce du griot de la sortie du roi, tous se levèrent pour s’incliner et rendre hommage à Sa majesté. Puis, le griot ordonna au porte-parole de la meute de s’exprimer. Celui-ci, hardi et gonflé à bloc se leva, se racla la gorge, puis lança : « Cher roi bien-aimé, ce matin, je viens vous parler de votre éléphante. Votre éléphante-là… Votre éléphante-là… ». Après moult et vaines reprises, la foule resta silencieuse au refrain du vulnérable porte-parole. Et le roi de vociférer: « Jeune homme, si tu es venu pour me répéter la même phrase incomplète, je te préviens, c’est une plaisanterie de très mauvais goût. Si tu t’entêtes, je t’immolerai de mes mains et ton cadavre fera le tour de mon royaume. Pour la dernière fois, saisis ta chance, parle et reste en vie ! ». Le jeune se retourna, regarda la foule mouillée de frayeur et dit : « Cher bien-aimé roi, pardonnez mon insolente émotion ! Votre éléphante est si belle et si gracieuse. C’est la reine des éléphants et je m’en voudrais de ne pas vous proposer mon humble idée. Je pense et nous le pensons tous d’ailleurs qu’il faudra lui trouver un éléphant, un vrai mâle, car elle s’ennuie beaucoup ». A la fin de son propos, le roi sursauta de joie sur son trône. Il ordonna aux chasseurs d’entrer en brousse et de ramener vivant le plus robuste et viril éléphant de la faune. Il nomma in situ le désabusé jeune porte-parole, conseiller spécial à la cour et envoya paître la foule encombrante.

Très souvent, il ne suffit pas d’avoir la vérité sur le bout de la langue pour la cracher. Il ne suffit pas d’avoir raison pour être innocent. Même la main dans la poche, vous pouvez être jugé non coupable, si vous avez un bon avocat ; si vous êtes rusé. On ne s’amuse pas avec la vérité quand elle fait mal à celui qui ne veut pas l’entendre. Souvent, la vérité est hasardeuse ! Il suffit de regarder ceux qu’elle a tus à jamais. Il ne suffit pas d’être vrai pour être cru. Les hommes ne cherchent qu’à être encensés. Les femmes de ce monde ne demandent qu’à être caressées dans le sens de leurs protubérances. Le fou du roi a raison si et seulement si le roi l’écoute. Le jour où le griot murmure à l’oreille du roi en le chatouillant avec une plume douce, celui-ci fait tuer le fou. Il tue l’impénitent diseur de vérité qui fouine partout pour exhumer les tares du royaume. C’est vrai, parfois, le fou toise le roi ; il le tourne même en dérision. Il l’accule sans l’offusquer. Parce qu’il joue son rôle ; le rôle détestable que le roi ne peut assumer, mais dont son bon sens reconnaît comme un rempart face aux hallucinations du pouvoir. Le fou du roi est un personnage ambivalent, ondoyant et imprévisible, mais c’est à la lumière de sa folie que le roi s’abrite pour bien régner. Hélas, le fou est mort, le roi est nu !

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr


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