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Cinéma : Le film Thom du réalisateur burkinabè Tasséré Tahirou Ouédraogo a été sacré meilleur film de fiction long métrage à Toukountchi festival de cinéma du Niger./Burkina: Mariam Diallo/Zoromé, ex-gouverneur du Centre Nord, a été inhumée ce dimanche 10 décembre au cimetière municipal de Bobo-Dioulasso./Emmanuel Macron : « La France n'investira plus uniquement pour faire des opérations de gouvernement à gouvernement qui n'auraient aucune retombée sur la population locale ».
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Lutte contre le SIDA au Burkina Faso : Le piège des statistiques

04/12/2017
18:11

Le Burkina Faso, à l’instar de toute la communauté internationale, a commémoré, le 1er décembre 2017, la 30e Journée mondiale anti-SIDA. Une occasion pour célébrer les victoires remportées contre la pandémie, mais aussi pour évaluer le chemin à parcourir vers une génération sans SIDA. A l’analyse, ce dernier virage est parsemé d’embûches, dont une  «trop» grande démocratisation du sexe, qui fait craindre un retour en force de la maladie, surtout en milieu jeune.

Axelle, nous  allons l’appeler ainsi, au nom du strict anonymat qu’elle a requis, avant de s’ouvrir à nous, vit avec le VIH depuis 2013. C’est un 6 décembre, se souvient-elle, que la nouvelle lui est tombée sur la tête tel un couperet. Quatre années après, cette jeune fille, âgée aujourd’hui de 27 ans, vivant à Ziniaré, peine encore à accepter sa situation de Personne vivant avec le VIH (PVVIH).Nous la rencontrons une mi-journée de novembre 2017, dans un premier temps, au cours d’une causerie dans un milieu où elle semble bien familière. De taille fine, la tête coiffée comme celle d’un jeune garçon,elle est de teint noir. Ses gencives, également noires, laissent quelquefois transparaître l’éclat de ses dents bien blanches. A travers ce sourire éclatant, elle essaie, sans doute, de cacher l’amertume d’un corps et d’un cœur meurtris. Nous allons vite le découvrir, une fois en aparté. En un quart de tour, elle passe d’une gaieté relative à une tristesse inouïe, quand il s’est agi de lever un coin de voile sur sa maladie. «Je vais vous dire quoi…», soupire-t-elle, le regard baissé. Tétanisée par le trac, Axelle se frotte indéfiniment les mains, et finit par lâcher, d’une voix hésitante : «Je suis allée faire le test du VIH, tout comme certaines de mes camarades le faisaient». Le résultat s’est révélé positif. «J’ai failli m’écrouler de ma chaise», rapporte Axelle. Mais, l’annonce d’un test de confirmation, à faire dans un autre centre de dépistage, ressuscite en elle une bribe d’espoir. Malheureusement pour elle, la lueur s’est évaporée, puisqu’elle a été confirmée séropositive. Bien qu’effondrée, elle décide de porter seule sa croix, du moins jusqu’en début janvier 2014. La raison : «Je ne savais pas comment l’annoncer à ma mère, je ne voulais pas non plus gâcher la fête de mes proches ». Finalement, c’est à sa sœur, étudiante dans une autre ville du pays, rentrée à Ziniaré pour les congés de Noël, qu’elle s’est confiée. Celle-ci, par la suite, informe la mère. Jusqu’à ce jour, au sein de la famille, ce sont les deux personnes qui sont dans le secret du mal d’Axelle. En fait, elle vit dans une famille recomposée, sa mère s’étant remariée après le décès de son père biologique. Mais le réconfort qu’elle assure avoir reçu des siens, n’a pas su la conforter, puisque la jeune PVVIH a vu ses rendements baisser à l’école.

«Les hommes me fuient à chaque fois que…»

A l’issue de l’année scolaire où elle a appris son mal, elle a repris la classe de 1ère D. Quand bien même elle parviendra à passer ce cap, elle se bute au Baccalauréat. Après deux tentatives infructueuses, Axelle affirme avoir abandonné les bancs, faute de moyens pour payer sa scolarité. Elle n’a pas baissé les bras pour autant. Elle affirme consacrer son temps à aider sa maman dans les tâches ménagères et à prospecter les offres d’emploi. Elle espère également avoir un mari et surtout des enfants. «J’aime beaucoup les enfants», fait-elle savoir. Sur ce dernier point, notre interlocutrice vit dans le doute. «Depuis que mon copain a appris ma maladie, il a romp», confie-t-elle, presqu’en pleurs. Après cet ami, elle déclare avoir eu successivement trois autres copains, avec qui elle jure, la main sur le cœur, n’avoir pas partagé d’intimité. «Et à chaque fois que je leur avoue ma situation, ils me fuient comme la peste», se désole-t-elle.
Si Axelle n’a pas eu de chance avec les hommes depuis son infection au VIH, ce n’est pas le cas de Mariam, une autre PVVIH. Après le décès de son premier époux du SIDA, en Côte d’Ivoire, elle rentre au pays et renoue avec l’amour. Mariam s’est, en effet, remariée à un agent de santé, qui, lui, est séronégatif. Et leur union a donné naissance à un enfant, également sain. « Quand j’ai dit à mon père et à mon grand frère, (ndlr : les seuls à connaitre sa sérologie dans sa famille), ils ne croyaient pas, jusqu’à la signature devant le maire à Nagringo (ndlr : une commune rurale à proximité de Ziniaré)», témoigne-t-elle.
Contrairement à Axelle, c’est tout à l’aise qu’elle raconte son histoire, avec un accent ivoirien. Habillée d’un complet jaune clair en dentelle, le foulard savamment noué sur la tête, elle dit, sans sourciller, qu’elle oublie souvent qu’elle est malade du SIDA. Le bonheur du foyer, son petit commerce de gâteau et la prise en charge dont elle bénéficie, lui permettent de vivre comme les autres femmes.

Les «revers» du succès

Ces deux récits pour montrer le contraste du vécu des PVVIH. A côté du combat pour permettre aux personnes déjà atteintes par le virus d’avoir une vie aussi longue que normale, il y a celui contre de nouvelles infections. Au vu des chiffres, l’on peut affirmer que la lutte contre le SIDA a remporté des victoires significatives au Burkina Faso. Le pays est passé d’une séroprévalence de 7,1% en 1997 à 0,8 de nos jours, se félicite le ministre de la santé, Pr Nicolas Méda, lors de la commémoration de la 30e Journée mondiale de lutte contre le SIDA. Ce succès réconfortant a, cependant, entrainé une sorte de baisse de garde contre la pandémie, au pays des Hommes intègres, ne faisant plus partie des priorités des bras financiers de la lutte. L’on assiste à un retrait des partenaires, et donc des ressources, à telle enseigne que les acteurs ironisent : «Le Burkina Faso a été victime de son succès ». Alors que ce succès d’ensemble est à mitiger,pour plusieurs raisons. D’abord, le ministre de la Santé note une «faible  adhésion au test de dépistage». Il informe que seulement 25% de la population burkinabè connait son statut sérologique. Le ministre ajoute qu’à peine 2% des partenaires des femmes enceintes dépistées, adhèrent au dépistage. Aussi, il y a une disparité de prévalence d’une région à une autre. Il y a, en réalité, des régions où ce taux est supérieur à la prévalence nationale. Il s’agit de localités du Centre, des Haut-Bassins, du Centre-Ouest, du Sud-Ouest, du Centre-Est, du Plateau central. En outre, l’infection à VIH se concentre au sein de certains groupes spécifiques tels que les travailleuses de sexe (16% de taux de prévalence), les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (3,6%), les détenus (2,98%), etc. Si bien que le peu d’énergie et de ressources financières que la lutte contre le SIDA mobilise encore au Burkina Faso, sont davantage orientées vers la prévention de la transmission au sein de ces catégories.

L’incivisme sexuel

Cette approche peut se justifier, reconnaît le responsable Conseil-dépistage volontaire au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Ziniaré, Dr Adama Lingane.
Toutefois, il relève des inquiétudes, somme toute, sans fondements. Il rappelle que la catégorisation de la lutte peut présenter des limites objectives, en ce sens que le plus grand nombre des populations-clés au Burkina Faso, exerce dans la clandestinité totale.
A l’écouter, au cycle secondaire de l’enseignement, dans les écoles professionnelles, parmi les femmes et hommes mariés, entre autres, il y a un boom du multi-partenariat, voire la prostitution déguisée.  Le pire, estime-t-il,  est que dans les exemples cités, le port du préservatif n’est pas systématique. Il en veut pour preuve les cas d’infections sexuellement transmissibles qui ne décroissent pas. «Nous en rencontrons régulièrement. Quand on questionne les patients en couple, certain (e) (s) avouent avoir d’autres relations non protégées en dehors du foyer. Nous prescrivons des traitements aussi bien pour le couple officiel, mais aussi pour la troisième personne», confie-t-il, sans vouloir entrer dans les détails.Le chef d’antenne du Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (SP/CNLS-IST) dans le Sud-Ouest, René Kaboregou, lui, parle d’ «incivisme  sexuel». Patron de la lutte contre le VIH dans une région où le taux de prévalence (2,2% dont 70% de jeunes) est au-dessus de la moyenne nationale, M. Kaboregou se veut formel : «les gens portent de moins en moins le préservatif».
La preuve, atteste Jean Ouédraogo, PCA de Aide-Burkina, une association intervenant, entre autres, dans la lutte contre le SIDA dans le Plateau central, le nombre croissant des grossesses non désirées dans les écoles. Selon des données des services régionaux des enseignements postprimaire et secondaires, les grossesses en milieu scolaire sont passées de 59 (2011-2012) à 147 (2015-2016) avec des pics atteignant 163 (2012-2013) dans l’ensemble des trois provinces de la région. A son avis, la contraction de ces Grossesses non désirées (GND) pour la plupart, sont des portes d’entrée possibles du VIH. Des propos corroborés par le Pr Méda, lorsqu’il soutient : «Une autre inquiétude et non des moindres, demeure la fréquence des grossesses non désirées et précoces chez les jeunes, ce qui dénote des comportements à risque quand on sait que derrière toute grossesse se cache un risque d’infection à VIH». M. Jean Ouédraogo de renchérir que les jeunes s’adonnent aux rapports sexuels non protégés, sans s’assurer au préalable du statut sérologique de leurs partenaires. «Mon association a mené une étude dans des écoles, en 2016, qui a révélé que 76% des GND arrivent dans des conditions d’ébriété», indique-t-il. Pour ce faire, il propose que la lutte contre le SIDA soit accompagnée de celle contre la consommation d’alcool, de drogue et d’autres stupéfiants qui «saoulent» de plus en plus l’école burkinabè.

Mobiliser de l’intérieur

Le chef d’antenne du SP/CNLS-IST dans le Sud-Ouest ajoute aux défis, certaines pratiques comme le lévirat, qui sévissent dans sa zone d’action. En effet, il arrive que le frère d’un défunt hérite de la veuve, sans pour autant tester, au préalable, la sérologie des futurs partenaires. «Le lévirat d’accord, mais le dépistage d’abord», lance-t-il. René Kaboregou pointe, également, un doigt accusateur sur l’orpaillage, avec en sus, le préjugé selon lequel le fait pour un orpailleur d’avoir des relations sexuelles sans protection, peut attirer de l’or. Ces croyances amènent des orpailleurs à proposer du sexe sans protection à des filles, moyennant de fortes sommes d’argent.
Ces faits et comportements reconnus par différents acteurs comme des pièges à la lutte anti-SIDA, invitent à redoubler de vigilance.Pour M. Kaboregou, la baisse des financements extérieurs doit donner lieu à un sursaut national, en vue de poursuivre, sinon de lancer le va-tout pour éradiquer le VIH/SIDA. «Il faut que chaque citoyen se sente concerné, car c’est de notre propre santé, celle de nos enfants, de nos frères et sœurs, etc. qu’il s’agit», rappelle-t-il. Pour lui, des initiatives de mobilisation de ressources endogènes pourront aider à réviser le ciblage conjoncturel du moment. A son sens, il faut des actions de sensibilisation et de formation à l’endroit des parents, afin d’amener ceux-ci à assumer pleinement leur rôle d’éducateur des enfants en général, et pour une sexualité plus responsable, en particulier.
Le second acteur-clé, à l’entendre, c’est le corps enseignant, qui, à son entendement, ne porte pas suffisamment sa fonction de second parent, dans l’éducation des enfants. En sus, le chef d’antenne plaide pour un retour des campagnes médiatiques de masse pour rappeler que la fin de ces images de PVVIH grabataires ne signifie guère la fin de la maladie.
En outre, il soutient que la grande mobilisation communautaire, qui a permis de repousser le virus dans ses derniers retranchements, ne doit pas s’estomper, au risque de voir l’épidémie rebondir. M. Kaboregou suggère, enfin, un accroissement des efforts visant à améliorer le quotidien des personnes vivant déjà avec la maladie.

Koumia Alassane KARAMA
(karamalass@yahoo.fr)


Le prix de la naïveté ?

Loin de nous une volonté de juger.Il convient, cependant, de s’attarder sur le mode de contraction du VIH par Axelle. Elle ne dispose pas de preuve scientifique pour attester son intime conviction, mais elle soupçonne fortement le copain avec lequel elle dit avoir eu des relations sexuelles, d’être à l’origine de son mal.« Je ne me rappelle pas m’être coupée avec un objet tranchant souillé, et je n’ai pas été transfusée. C’est lui mon premier homme et celui avec lequel j’ai eu des relations sexuelles non protégées », insiste-elle.Elle explique qu’après avoir su pour son infection, elle a suggéré à son « mec » de faire le test de dépistage.
Celui-ci aurait, dans un premier temps, refusé catégoriquement, avant de lui apporter un jour un résultat d’examen estampillé « négatif ». En clair, Axelle émet des doutes sur la véracité du test de son petit ami. A notre question de savoir pourquoi elle n’a pas exigé ce test du copain et d’elle-même avant des relations intimes non protégées, la jeune fille a manqué d’explications. Puis, elle s’interroge : « Pourquoi moi» ? Pour Mlle Axelle, il n’y avait pas de raison qu’elle contracte le VIH. Pourquoi ?, lui demandons-nous. Sa réponse révèle un grain de naïveté : « Parce que j’étais à mon premier et seul homme à 23 ans. Pour moi, c’étaient les filles qui changeaient souvent de garçons qui s’exposaient au VIH ».  La naïveté qui transparait de ces propos d’Axelle a, malheureusement, pignon sur rue. Même s’il existe des catégories de personnes plus exposées au VIH, il n’en demeure pas moins que le virus ne connaît pas de première fois. Alors, la prudence recommandée, l’est pour tout le monde.

K.A.K


 Comment lui dire qu’il est séropositif ?

Au cours de la collecte d’informations, nous avons été marqués par l’embarras de Aminata K., une mère de famille du Plateau central, vivant avec un secret, qui la ronge à petit feu. « Ces dernières années, mes nuits se suivent et se ressemblent : je n’arrive pas à fermer l’œil», confie-t-elle, visiblement désemparée. Cette dame est, en effet, mère d’un enfant séropositif à qui elle a caché la vérité, jusqu’à ce que celui-ci atteigne l’adolescence, aujourd’hui. Les questions curieuses de l’enfant, à bas âge déjà, pour connaître le mal dont il souffrait, car soumis à une prise régulière de médicaments, ont toujours eu des réponses, mais tout sauf la vérité.
«Je voulais qu’il continue de vivre comme les autres enfants, en ne sachant pas qu’il est atteint d’une maladie incurable », tente de justifier Aminata K. Elle assure avoir voulu, à plusieurs reprises, partager le secret avec le premier concerné, en vain.
A force de remettre à plus tard, elle se retrouve, en novembre 2017 en tout cas, dans un dilemme. Soit, elle révèle, enfin, la vérité à son fils, avec le risque que celui-ci lui en veuille à jamais, soit elle se tait, avec également le risque que le jeune homme, qui a passé le cap de la puberté, découvre « lui-même » sa sérologie, ou encore contamine involontairement d’autres personnes. Aux dernières nouvelles, dame Aminata a résolument pris la première option. Elle aurait approché des structures associatives, qui sont en train de préparer le terrain pour le grand déballage.

K.A.K



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03/12/2017 19:50
26/11/2017 22:30
 

 



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