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Déperdition scolaire dans le Séno : l’éducation des filles compromise

26/12/2017
20:20

Le phénomène de la déperdition scolaire des filles connaît une proportion inquiétante dans la province du Séno. En effet, des centaines de filles abandonnent les bancs chaque année, soit pour se marier, soit parce que leurs parents n’aiment pas l’école classique. Gros plan sur un fléau qui compromet l’avenir des filles dans cette partie du Burkina Faso.

La région du Sahel a enregistré pendant l’année scolaire 2016-2017, 6 835 abandons sur un total de 59 898 filles, soit 11,4% des effectifs. Dans la province du Séno, il y avait à l’inscription, le 1er octobre 2016, 15 483 filles, mais le 30 juin 2017, ce chiffre a chuté à 12 226 (9,68%).
Agée de seulement 15 ans, Safoura Douna a dû abandonner l’école en classe de CM1, en 2014, pour se marier, sous la pression de ses parents. Après quelques années de vie conjugale, elle dit regretter aujourd’hui. Elle confie vouloir reprendre ses études, mais son mari s’y oppose. Au moins quatre autres filles sont dans la même situation à Tila, village situé à 28 km de Dori. Fadima Diallo a, pour sa part, eu relativement plus de chance que Safoura Douna. Elève de la première promotion de l’école de Ouro-Longa, localité située à une dizaine de km de la capitale du Liptako, elle évoque ces années avec amertume. Elle rappelle qu’elles étaient une quarantaine de filles en classe de CP1 en 2009. Seules 10 ont atteint le CM2 et huit ont été admises au CEP, dont elle-même. Aujourd’hui mariée, elle ressasse ce douloureux passé en ces termes : « Beaucoup de nos promotionnaires des villages voisins, après leur CEP, sont allées au collège tandis que nous étions quatre à retourner à la maison avec nos diplômes, par manque de moyens financiers ».

L’exception de Débéré Talata

La Circonscription d’éducation de base (CEB) de Dori I compte 27 écoles dont sept vivent le phénomène de la déperdition scolaire des filles. Ainsi, sur un effectif de 2 358 filles en début d’année 2016-2017, 203 ont quitté les bancs, soit 8,60% pour diverses raisons. Selon les statistiques, l’école de Débéré Talata est une particularité en matière de l’éducation de la fille dans cette circonscription. Créée en 1999 avec cinq classes, elle n’a été « normalisée » que l’année dernière, et compte 10 enseignants. Située à une dizaine de kilomètres de Dori, l’école avait un effectif total de 43 élèves dont 23 filles, dans la matinée du 24 octobre 2017, jour de notre passage. A en croire les données, depuis trois ans, le nombre de filles est supérieur à celui des garçons. Quant au faible effectif, le directeur de l’école, Arouna Traoré, a spécifié que ce chiffre ne concerne pas la classe de CP1. « Nous sommes toujours à la phase de recrutement à ce niveau », a-t-il expliqué.
En 2016, l’école comptait 80 élèves dont 56 filles pour 17 abandons dont 9 filles. En 2015-2016, le nombre des élèves était de 115 dont 82 filles pour 18 abandons, y compris 12 filles.
La CEB de Dori II regroupe 30 écoles dont trois privées et 26 autres où le phénomène de l’abandon des filles est une réalité. En début d’année 2016-2017, elle comptait 1 674 filles contre 1 396 en fin d’année, soit 278 abandons qui équivalent à 16,60%. L’école primaire de Ouro-Longa est celle où le phénomène est criant. Pour la rentrée scolaire 2017-2018, elle comptait, à notre passage le 23 octobre 2017, 65 élèves dont 28 filles. Pour la classe de CM1 qui devait avoir un effectif de quatre élèves dont deux filles, une d’entre elles a été victime du mariage précoce.
L’année scolaire 2016-2017, l’école a connu 8 abandons dont 5 filles, contre 14 abandons dont 8 filles en 2015-2016. En 2015, l’école de Ouro-Longa n’a pas présenté de candidats au CEP pour raison d’abandon.

0% au CEP 2017 à Tila

Quant à la CEB de Dori III, elle compte 28 établissements dont une école franco-arabe et 9 où la déperdition scolaire des filles sévit. En début d’année scolaire 2016-2017, la CEB a enregistré 2 392 filles contre 2 048 en fin d’année, soit 214 abandons (23,44%). Distante du chef-lieu du Sahel de 28 km, l’école primaire de Tila est celle de la CEB où l’abandon des filles est plus remarquable. Ouverte en 2003, l’école de trois classes compte quatre enseignants qui souffrent du manque de logement. Pour la présente année scolaire, l’école compte 52 élèves dont 37 filles. Ce chiffre n’inclut pas la classe de CP1 où le recrutement biennal était toujours en cours à notre passage dans l’après-midi du 24 octobre 2017 dans l’école. 
Pour l’année scolaire 2016-2017, l’école comptait 61 élèves soit 43 filles et 18 garçons avec 9 abandons dont 6 filles. En 2015-2016, l’école a enregistré  6 abandons dont 4 filles contre 8 abandons dont 7 filles en 2014-2015. Au CEP 2017, l’école a présenté 5 filles pour 0 succès à la différence de 2015 où une fille l’a obtenu sur les quatre présentées. Les trois redoublantes n’ont jamais remis les pieds dans l’école, laissant ainsi la classe de CM2 sans candidat au CEP 2016.
Rencontrés dans les trois écoles visitées, des responsables des structures de parents d’élèves (APE et AME) ont expliqué que leur rôle essentiel est la sensibilisation des parents à l’importance de l’école, surtout pour les filles, sans pour autant pouvoir les forcer à y envoyer leurs enfants. Et un responsable de laisser entendre que la déperdition scolaire des filles incombe aux parents. « Les parents n’ont jamais vu une fille du village qui a fait des études primaires, secondaires et supérieures et qui travaille», évoque notre interlocuteur. Il poursuit que les mères font tout pour occuper les filles par les travaux ménagers.

Des raisons multiples

Le directeur provincial de l’éducation préscolaire, primaire et non formelle du Séno, Sibiri Sankara, estime que les déperditions scolaires dans la région, et particulièrement dans la province du Séno, sont dues essentiellement au manque d’intérêt des populations pour l’école classique. « Généralement, les gens n’aiment pas l’école au Sahel », affirme M. Sankara.
Dans le combat contre la déperdition scolaire des filles, les services de l’éducation font face à des difficultés. L’élément aggravant, renseigne-t-il, est le mariage précoce. Le directeur provincial explique que des parents d’élèves, par ignorance, ne savent pas que la femme a autre chose à faire que d’être ménagère. Ce qui fait qu’à partir des classes de CM1 et CM2, les jeunes filles sont déscolarisées pour être données en mariage. Pire, Sibiri Sankara estime que les filles qui ont la chance d’être inscrites à l’école, représentent un dixième des enfants en âge d’être scolarisés. Pour preuve, apporte-il, à Débéré Talata en 2016, 284 enfants âgés de 6 à 8 ans non scolarisés ont été recensés lors d’une étude sur les enfants hors école.
Hormis le manque d’intérêt des parents pour l’école et le mariage précoce, d’autres raisons pourraient expliquer la déperdition scolaire dans la province du Séno. Elles vont du manque de point d’eau (cas de Ouro-Longa), aux travaux champêtres, en passant par les travaux ménagers, le démarrage tardif de la cantine scolaire, la rupture des vivres de la cantine, la préférence des parents à envoyer leurs progénitures aux foyers coraniques (cas de Débéré Talata), la garde des animaux et le nomadisme des parents. Pour le chargé de l’éducation au bureau de l’UNICEF à Dori, Karim Sankara, l’absence répétée de l’enseignant pourrait aussi expliquer l’abandon scolaire des filles.

La cantine pour booster l’école

La déperdition scolaire des filles a un impact sur le système éducatif de la province du Séno. « Sur 100 filles inscrites au CP1, il y a peut-être une vingtaine seulement qui arrivera au CM2. Près de 80 filles abandonnent, ce qui explique le taux d’achèvement très faible », clarifie M. Sibiri Sankara. Ainsi, le taux brut d’achèvement au Séno est de 22,5% contre 24,5% au plan régional et 57,9% au niveau national pour l’année scolaire 2015-2016. Quant au taux brut de scolarisation, la province a enregistré 50,7% contre 53,4% pour la région et 86,1% à l’échelle nationale. Concernant le taux d’admission, il est de 79,7% au Séno contre 84,1% sur le plan régional et 100,1% au niveau national.
De l’avis du premier responsable de l’éducation au Séno, la cantine scolaire est un facteur  très important au Sahel si bien que dès qu’il y a rupture, la fréquentation de l’école prend un coup. C’est pourquoi, dans une trentaine d’écoles de Dori, le PAM sert aux élèves un goûter à 10 heures composé de yaourt en lieu et place de la bouillie et un déjeuner à midi. Par ailleurs, il existe la ration de 10 kg de maïs à emporter à la maison une fois par mois destinée aux filles assidues, afin de les exhorter à fréquenter l’école. On peut citer également les Activités génératrices de revenus (AGR) dévolues aux responsables d’AME de sorte qu’elles puissent mener des actions en vue de soutenir effectivement la scolarisation des filles. Sibiri Sankara a aussi informé qu’une direction s’occupe de la scolarisation des filles et mène des activités de sensibilisation dans les villages où le phénomène est crucial.
Concernant le bureau de l’UNICEF à Dori, son chargé de l’éducation, Karim Sankara, a souligné que le fonds, en collaboration avec le gouvernement et d’autres agences des Nations unies (PAM et FAO), encourage de manière spécifique la mise en œuvre d’une stratégie accélérée pour la scolarisation des filles. « A ce titre, on peut citer la campagne de recrutement que nous appuyons chaque année qui vise à convaincre les parents de la nécessité d’inscrire leurs enfants, notamment leurs filles dans les écoles, la formation du personnel par milliers à l’approche Ecole qualité amie des enfants (EQAME) », a-t-il précisé. Aussi, environ 8 000 filles du primaire reçoivent depuis 2015, des fournitures scolaires, précise-t-il. «C’est pourquoi, nous avons la volonté de démontrer qu’on peut être très bien instruite, rester attachée à ses valeurs familiales, à sa foi et sans ramener une grossesse en lieu et place des diplômes attendus », rassure M. Sankara.

Une OSC dans la danse

L’association Dwala Séno également fait de l’éducation de la fille depuis 2014, son cheval de bataille. Pour ce faire, elle récompense les trois meilleures filles des 12 villages de la commune de Dori en kits scolaires, vélos et vêtements. Quant aux mères des filles, ajoute la secrétaire générale de l’association, Aissatta Dicko, elles sont dotées chacune d’un sac de 50 kg de riz pour l’alimentation de la fille et d’un bélier pour l’embouche, en vue de subvenir à leurs besoins. Selon elle, les frais de scolarité, de fournitures et de tenue des filles ayant obtenu leur CEP et admise à l’entrée en 6e sont prises en charge par l’association. « Pour le CEP 2017, sur 45 filles, seules 37 ont bénéficié de l’appui de l’association. Les 8 restantes n’ont pas pu poursuivre leurs études à Dori, par manque de tuteurs. En 2016 également, 9 filles sur 14 ont continué et les 5 autres sont restées au village pour la même raison », a conclu Aissatta Dicko.

Souaibou NOMBRE
Snombre29@yahoo.fr



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