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Biya et ses rebelles anglophones

27/12/2017
20:35

Un tribunal de Yaoundé a prononcé, le mercredi 27 décembre 2017, la relaxe et l'abandon des poursuites contre l'écrivain américano-camerounais Patrice Nganan .  Il était poursuivi, sur instruction du ministère de la Justice de son pays, pour « apologie de crime » et « menaces » suite à une publication sur les réseaux sociaux où il déclarait  vouloir « donner une balle exactement dans le front de Paul Biya, le président camerounais ».  L’octogénaire président camerounais semble être revenu à de meilleurs sentiments. Car, ce n’est pas avec le procès d’un pauvre écrivain qu’on pourrait faire un contre-feu face à l’affront infligé à toute la république par des sécessionnistes depuis plus d’un an. Ceux-ci méritaient davantage que Biya s’occupe d’eux.   En effet, depuis le début de la crise sécessionniste dans la partie anglophone du Cameroun en octobre 2016, aucune solution concrète ne semble sortir du chapeau de celui que certains considèrent comme l’un des derniers dictateurs du continent. Cela, pendant que les choses se compliquent sur le terrain avec l’assassinat, ces derniers temps, des forces régulières par de présumés séparatistes dans les territoires anglophones.  Mais, la libération et l’expulsion de l’écrivain Patrice Nganan peuvent être le présage ou le déclic d’un changement  de ton face à la question anglophone, la répression et la fermeté systématiquement promises aux principaux leaders séparatistes n’ayant, jusque-là, pas donné les résultats escomptés. C’est dans cette perspective qu’il faut apprécier la soudaine ou tardive mansuétude présidentielle qui s’est matérialisée, le 22 décembre dernier par la réception du premier lot des 500 mille ordinateurs estampillés PB (Paul Biya) aux étudiants camerounais. La communication gouvernementale veut que « ce don spécial » du président aille d’abord et en priorité aux étudiants du Cameroun anglophone. Mais au-delà de ce clin d’œil ponctuel non dénué d’arrière-pensée politique à l’orée de l’élection présidentielle de fin 2018, Paul Biya doit s’employer à traiter véritablement le problème sous-jacent aux velléités séparatistes.  Pour cela, un changement de vocable et de terminologie s’impose de prime abord.  Pour l’instant, Yaoundé croit avoir affaire à des « criminels », « à une bande de terroristes », emprisonnant à tour de bras les leaders de la contestation ou privant, à l’occasion, les territoires anglophones de la connexion internet. Cette façon de voir la situation est loin de favoriser la cicatrisation des points de frictions pour sauvegarder les fondements d’un Etat unitaire dont les jalons ont été posés le 20 mai 1972, date anniversaire de la Fête nationale du pays. Biya et le Cameroun uni ont donc tout intérêt à  considérer autrement  les revendications de ceux qui crient à la « francophonisation » du système juridique spécifique en vigueur dans le Cameroun anglophone, à l’assimilation culturelle de la minorité anglophone par la majorité francophone, à une répartition inégale des ressources du pays en défaveur des « anglo ». A défaut de cette réponse pragmatique, les menaces de boycott de la Fête nationale, des établissements scolaires publics, les opérations villes-mortes, ainsi que la déclaration symbolique de la République d’Ambazonie (zone anglophone) sont autant d’actes en apparence anodins. Ils peuvent prendre subitement du relief et de l’importance surtout à l’orée des échéances électorales. On peut tout de même présumer que le Cameroun n’ira pas jusqu’à une situation à l’image du Sud-Soudan. Paul Biya gagnerait aussi à éviter de donner des arguments supplémentaires aux partisans du Cameroun anglophone avec ce qu’il lui reste de forces et de moyens politiques du haut de ses 84 ans.


Mahamadi TIEGNA









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