Suivez-nous                                                                                                   Contactez-nous  +22625312289
G5-Sahel : Un fonds fiduciaire mis en place//Burkina : Le budget du ministère de la Sécurité en 2017 était de 60 milliards de FCFA dont 40 milliards destinés au payement des salaires. (Simon Compaoré).
Flash info :

Mort suspecte d’arbres au parc Bangr-weogo: Un drame écologique au cœur de Ouagadougou

28/12/2017
14:22

Les usagers qui empruntent la section urbaine de la route nationale n°4 (RN4) à Ouagadougou pourront remarquer un phénomène étrange au niveau du parc urbain Bangr-weogo. Cette prestigieuse forêt qui fait la fierté de la commune et de ses habitants est touchée en plein cœur par une mortalité progressive de ses arbres. Une inondation provoquée par l’obstruction du canal de Zogona à l’intérieur du parc serait la cause de cette catastrophe environnementale.

 Jeudi 22 juin 2017. Nous  sommes dans la forêt classée de Ouagadougou, communément appelée parc urbain Bangr-weogo (forêt du savoir en langue mooré). Un calme plat y règne. Seuls les chants mélodieux des oiseaux viennent de temps en temps briser ce silence. L’air frais matinal rappelle la pluie de la veille. La végétation luxuriante, encadrée par des allées bien tracées, offre une folle envie de se balader. En compagnie de notre guide, Timothée  Ouoba, nous empruntons l’une des ruelles menant au canal de Zogona, en direction de l’Ouest. La densité des arbres et leur taille donnent l’impression d’être dans la futaie d’un pays côtier. C’est bien cette forêt qui fait l’objet d’attraction de la plupart des touristes, des élèves et étudiants, des chercheurs, des sportifs, des personnes en quête de tranquillité, etc. Après quelques minutes de marche, nous sommes stoppés net par une étendue d’eau de couleur verdâtre. « Nous n’allons pas pouvoir continuer », prévient M. Ouoba. Apeuré par nos pas, un énorme saurien saute dans l’eau. « C’est un varan », rassure-t-il. Impossible d’atteindre le canal qui se trouve à plus de 100 mètres de là. Mais cela n’est guère le problème. Il y a bien pire. La luxuriance de la végétation qui se laissait avidement admirer n’est plus d’actualité. Elle fait place à un « désert » indescriptible. Des arbres sans feuillages, les pieds dans l’eau, s’étalent à perte de vue. Aux dires du guide Ouoba, ils sont tous morts. D’autres, qui n’ont pas pu résister aux intempéries, se retrouvent  pêle-mêle à terre, troncs et branches fracassés. Le spectacle est désolant et ahurissant. Il donne l’image d’une forêt nouvellement défrichée par un planteur de cacao. Les arbres aux alentours qui tentent, malgré tout, de survivre ont commencé à présenter aussi des signes de faiblesse, du fait de l’inondation. Lentement mais sûrement, on assiste à leur descente aux enfers. 

Des tas d’ordures dans une forêt classée

 Au bord de cette mare encombrante et plus loin sous les arbres verdoyants, toutes sortes de déchets solides sont éparpillées. On y trouve des bidons d’eau en plastique, des boîtes métalliques, de vieux chiffons, des pneus usés, des sachets divers, etc. Une puanteur à couper le souffle se dégageant de la vaste étendue d’eau stagnante embaume l’air. Au côté sud du parc, la situation n’est guère reluisante. Depuis la RN4, le décor particulier des arbres ne passe pas inaperçu. Hors du parc et au pied du mur d’enceinte, les eaux ont débordé et restent emprisonnées dans les crevasses provoquées par les travaux de bitumage de la voie. Du côté de l’hôtel Silmandé, l’aspect des arbres morts qui tiennent encore debout peut tromper l’attention. Envahis jusqu’aux branches par des espèces rampantes, ils donnent l’impression de vivre. Mais qu’est-ce qui arrive à ces arbres qu’on qualifie de centenaires, au regard de leur âge? En attendant une réponse scientifique à cette question, l’ingénieur des eaux et forêts, Jean Chrysostome Pizongo, par ailleurs directeur du parc, donne des explications. A l’entendre, la mortalité des arbres a commencé il y a de cela trois ans. « Ce phénomène est survenu à la suite d’aménagements qu’il y a eus dans la ville tendant à évacuer les eaux usées. Au niveau du pont sur le canal de Zogona, communément appelé canal de l’université, nous avons une jonction de deux voies d’eaux : celles de Zogona et du centre hospitalier universitaire- Yalgado Ouédraogo (CHU-YO).  La connexion de ces eaux suit un canal qui traverse le parc et qui se jette dans le canal central de Anayélé », souligne-t-il d’emblée. Et de poursuivre : « Les eaux de ruissellement ont amené beaucoup de détritus qui ont créé un bouchon au niveau du canal. Conséquence, quand il pleut, l’eau s’étale sur des superficies très importantes. Ce qui a fait que les arbres sont restés pendant longtemps dans l’eau provoquant ainsi leur asphyxie ». Le directeur de la propreté de la commune de Ouagadougou, Sidi Mahamadou Cissé, est du même avis lorsqu’il souligne : « Là où le canal se jette dans le parc, le pont est obstrué par tout type de déchets solides. Depuis trois ou quatre ans, cet ouvrage de franchissement est bouché ».

 Des eaux polluées

M. Pizongo a l’intime conviction que les eaux stagnant dans son parc sont souillées. « Rien qu’à regarder leur couleur on sait qu’elles sont impropres et toxiques pour la végétation », argue-t-il. L’ingénieur des eaux et forêts dit douter de la présence de produits chimiques et bien d’autres éléments nocifs dans les eaux, au regard de leur provenance. Des substances qui peuvent bien être les causes de la mortalité des arbres. Ces doutes sont partagés par M. Cissé, car indique-t-il, « dans les déchets, il y en a qui sont biodégradables, fermentescibles, putrescibles. Cette décomposition contribue à dégrader considérablement la qualité des eaux dont une partie se retrouve dans le parc. On peut de façon empirique dire que la mort d’une partie des arbres est due à la mauvaise qualité des eaux stagnantes. Mais de façon scientifique, cela reste à établir ».L’ampleur de la catastrophe qui ronge la belle forêt de la capitale burkinabè est considérable. Mais difficile pour les responsables du parc de déterminer un nombre précis des arbres touchés. « J’ai demandé qu’on fasse un inventaire des arbres morts mais le nombre n’est pas précis parce qu’il évolue de semaine en semaine. La partie concernée va du pont du canal de l’université jusqu’aux ponceaux qui sont au niveau de l’hôtel Silmandé et à côté du feu tricolore de la société Tan Aliz », évalue approximativement Jean Chrysostome Pizongo.  Il précise néanmoins que la partie décimée concerne une bande large d’environ 700 à 800 mètres et longue de 2 à 3 kilomètres à peu près. Les espèces atteintes sont, entre autres, le caïlcédrat, le flamboyant, l’acacia, les végétaux locaux tels que l’ « Anogeissus leiocarpus » (Siiga en mooré). Seuls quelques rôniers résistent à l’invasion des eaux. Pour arrêter ce massacre, il urge de libérer le passage de l’eau en débouchant le canal. Mais les moyens semblent faire défaut. « Pour nous, déboucher le canal demande beaucoup de moyens dont on ne dispose pas », déplore M. Pizongo. Le directeur de la propreté de la commune, lui, avance la somme de 150 à 200 millions de FCFA environ pour curer ce conduit d’eau. Il faut, pour cela, se tourner vers les partenaires. Les tentatives n’ont pas manqué mais les résultats sont restés infructueux jusque-là. Aux dires de Sidi Mahamadou Cissé, les quatre grands canaux (du Mogho naaba, de Paspanga, de Wemtenga et de Zogona) que compte Ouagadougou ne sont pas gérés directement par la commune mais par le ministère en charge des Infrastructures. « Chaque année, ce département, avec l’appui de ses partenaires, devrait prendre les dispositions pour aider à entretenir et surtout à curer ces ouvrages. Il y a trois ans de cela, le président de la délégation spéciale communale avait adressé une correspondance  au ministère pour demander qu’on aide la commune à faire curer le canal de Zogona mais malheureusement, cela est resté lettre morte », mentionne-t-il.  Pour en savoir davantage sur la question, nous avons approché ce département ministériel mais c’est motus et bouche cousue à tous les niveaux. Aucune bribe d’information obtenue. Aen croire le directeur du parc, tout le monde est informé du problème et les promesses des bailleurs de fonds de le résoudre tardent aussi à se concrétiser. « Il y a même eu des concertations avec l’entreprise COGEB qui doit construire la route pour voir si elle pouvait déboucher le canal afin de faciliter ses travaux, mais on n’a pas trouvé de solution », relève-t-il. 

 L’avenir du parc menacé

Face à toutes ces tentatives infructueuses, les responsables du parc mènent des actions ponctuelles pour sauver l’essentiel. Il s’agit, selon M. Pizongo, de procéder, au moment de la baisse du niveau de l’eau, au déplacement des troncs d’arbres tombés en travers du cours d’eau pour ne pas aggraver la stagnation. Mais cette stagnation étant de longue durée, informe-t-il, l’intervention n’est possible qu’aux mois d’avril ou de mai. « Une bonne intervention de façon durable serait avec des engins lourds mais les risques d’embourbement ne sont pas à exclure », prévient le directeur du parc.Mais qui en veut à cette gigantesque forêt de 265 hectares, considérée comme le poumon vert de Ouagadougou ? La responsabilité semble être partagée. De l’avis de M. cissé, elle n’incombe pas à la seule commune ni à l’Etat central. « Il faut la rechercher du côté d’une frange de la population qui, à la faveur de l’incivisme, est demeurée réfractaire à notre schéma directeur de gestion des déchets, en refusant de s’abonner auprès des groupements d’intérêts économiques et des petites et moyennes entreprises », soutient-il. Par conséquent, les ordures sont jetées pêle-mêle dans les ouvrages de drainage des eaux que sont les canaux et les caniveaux et dans bien d’autres lieux publics. Ce sont ces déchets solides qui ont obstrué le canal de Zogona dont une partie se retrouve éparpillée dans le parc. Ceux qui sont putrescibles ont donné une couleur glauque et une odeur pestilentielle à l’eau. M. Pizongo épouse la même idée en indexant les populations riveraines du canal, en l’occurrence celles de Kalgondin, de l’université Ouaga1 Professeur Joseph Ki-Zerbo, du CHU-YO, etc. pour leur comportement irrespectueux de l’environnement.C’est avec beaucoup d’amertume et un aveu d’impuissance que les défenseurs de la forêt disent constater cette catastrophe environnementale. Car, disent-ils, elle séquestre le carbone, épure l’air que la population respire; d’où son qualificatif de « poumon vert de Ouagadougou ». « Le fait qu’il y ait cette forêt, le dioxyde de carbone (CO2) est absorbé par les plantes à cause de la photosynthèse et beaucoup d’oxygène est libéré », précise l’ingénieur des eaux et forêt, Jean Chrysostome Pizongo. En attendant d’éventuelles solutions, la population ouagalaise est appelée à prendre ses responsabilités afin d’éviter, à l’avenir, d’autres catastrophes du genre. Mais pour l’instant, le cancer ne fait que gangrener progressivement le poumon vert de la capitale burkinabè. Et si rien n’est fait, l’avenir de Bangr-weogo sera compromis. 

 Mady KABRE
dykabre@yahoo.fr 

Une forêt pas comme les autres

Situé en plein cœur de Ouagadougou, le parc urbain Bangr-Weogo s'étend sur une superficie de 265 hectares. Ce massif forestier naturel est par excellence un lieu d'éducation environnementale et pédagogique, un espace de loisir et de détente et un défi de la lutte contre la désertification et la pollution. Cette forêt, jadis propriété des chefs Mossé, abritait des sites et des objets sacrés. Lieu d'initiation et de refuge sécurisant, elle a joué ce rôle jusqu'à l'arrivée des colons.  A partir de 1932, la forêt a été délimitée et bornée. Un Arrêté portant classement de la forêt a été signé, en octobre 1936, par le gouverneur de l'Afrique occidentale française avec pour objectifs, entre autres, de protéger les berges des barrages de Ouagadougou, de servir de lieu de promenade, de détente, d’enseignement des sciences naturelles et de poumon vert de la ville. Les travaux d'aménagement ont débuté en 1995 par la construction d’une clôture d'environ 7,5 kilomètres. A partir de  janvier 2001, cette forêt classée a été rétrocédée à la commune de Ouagadougou par le ministère de l'Environnement et de l'Eau qui l’a rebaptisée "Parc urbain Bangr-weogo" qui signifie en mooré " Forêt du Savoir".

 MK   
Source : site web de la commune de Ouagadougou


279
Partager sur Facebook

> Recherche





>SOURIRE DU JOUR




>IMAGE DE LA CITE






> Edito

 



> Inscrivez-vous à la Newsletter

Newsletter

> Conseil des ministres


Voir tous les comptes rendus