Suivez-nous                                                                                                   Contactez-nous  +22625312289
Flash info :

Moisissures sur les aliments mal séchés : Le cancer au fond de nos assiettes

28/12/2017
19:54

Sans que l’on n’y prête souvent attention, les petites moisissures que l’on rencontre dans les céréales mal séchées, les fruits et bien d’autres aliments sont sources de grands dangers sanitaires pour l’organisme humain. A dose homéopathique, ces champignons secrètent des toxines appelées aflatoxines qui se révèlent être des poisons mortels pour l’homme et les animaux. Cancer du foie, cirrhose et bien d’autres pathologies guettent les consommateurs des aliments contaminés à l’aflatoxine. Sidwaya lève un coin de voile sur ce problème de santé publique qui, aux yeux de nombreux spécialistes, gagne progressivement du terrain.



Sur les céréales mal séchées telles que le maïs et le mil, on aperçoit fréquemment une couche verdâtre, tantôt noirâtre ou jaunâtre. Il s’agit de la moisissure. Elle est souvent présente aussi bien sur les produits d’origines animales comme la viande, les œufs, le lait que sur les oléagineux comme les graines d’arachide. On les retrouve également sur le manioc, le coton, l’amende de karité, le soja, etc. Sur cette moisissure, se développe un champignon appelé aspergillus qui sécrète à son tour une substance toxique nommée aflatoxine, un poison très nocif pour l’homme et l’animale, selon le biotechnologue alimentaire de la Direction de la technologie alimentaire (DTA) Michel Combary. Ce poison existe sous les formes B et G en fonction des degrés de nocivité et du type de champignon, détaille M. Combary, technicien au département technologie alimentaire et responsable qualité du laboratoire de la DTA. En effet, explique t-il, l’aflatoxine B (B1 et B2) est produite par l’aspergillus flavus et l’aflatoxine G (G1 et G2), par l’aspergillus parasiticus. le  Dr Amos Minoungou, chercheur à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (IN.E.R.A) dans le département végétal et sélectionneur des légumineuses, de préciser que ces deux champignons qu’on retrouve dans les zones tropicales, ont été découverts pour la première fois en Angleterre dans  les années 60. «Le pays a constaté qu’en important des tourteaux d’arachide du Brésil pour l’alimentation des animaux et plus particulièrement des dindons, ces derniers sont tombés malades et certains en sont morts. Après des investigations, ils ont découvert que le mal venait des tourteaux d’arachides», rappelle-t’il.  A propos du temps que la moisissure met pour secréter l’aflatoxine, M. Combary explique  que cela importe peu. «C’est surtout la quantité de la moisissure qui impacte. Parce que dès lors qu’elle (NDLR : la moisissure) s’est placée sur un aliment, elle le consomme et secrète l’aflatoxine en même temps. Plus la quantité est élevée, plus la sécrétion de l’aflatoxine va être élevée dans un temps plus bref»,  précise-t-il.  Dr Amos Minoungou de l’INERA de souligner que lorsqu’il y a une forte humidité de l’air d’au moins 80%, le champignon retrouve les conditions favorables pour son développement. 
«Une fois consommée, cette toxine crée des problèmes de santé à l’homme et à l’animal. Ainsi, petit à petit, elle peut entrainer la cirrhose ou le cancer de foie et bien d’autres maladies», fait savoir  le biotechnologue alimentaire. Les experts de la recherche ajoutent que, la toxine crée également des problèmes de nutrition tels que le retard de croissance chez les enfants. L’aflatoxine serait aussi un facteur aggravant d’autres infections. L’OMS, estime qu’au niveau mondial, l’exposition aux aflatoxines contribue à hauteur de 4,6 % à 28,2 % au  cas de cancer du foie et la plupart de ces cas sont présents en Afrique sub-saharienne, au sud-est asiatique et en Chine. Pour le responsable de la pharmacologie et la toxicologie à l’Unité de formation et de recherche en sciences de la santé (UFR/SDS) à l’Université Ouaga 1 Pr Jospeh Ki-Zerbo, Pr Pierre Innocent Guissou, la première conséquence est l’intoxication alimentaire. 
Selon le Pr Guissou, par ailleurs responsable de la pharmacie hospitalière au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Yalgado Ouédraogo, révèle  deux aspects : l’intoxication aigue et l’intoxication chronique. «L’intoxication aigue se manifeste immédiatement par des douleurs digestives, des céphalées. On dira communément que la personne est empoisonnée. Par contre l’intoxication chronique n’est pas perceptible immédiatement car la personne peut s’intoxiquer au fur et à mesure sans que rien ne se passe jusqu’à ce qu’à un moment donné avec l’accumulation de la toxine ou par la faible capacité  de la défense de l’organisme, elle va se manifester sous la forme aigue  qu’est le cancer du foie», développe M. Guissou. De l’avis du spécialiste, lorsque ce cancer n’est pas détecté tôt, l’issue  est fatale. «Le contact avec les mycotoxines peut être à l’origine de toxicités aiguës et chroniques allant de la mort à des effets délétères sur le système nerveux central, l’appareil cardiovasculaire, l’appareil respiratoire et l’appareil digestif», poursuit, l’ingénieur chimiste et chef du service de la toxicologie alimentaire du Laboratoire national de santé publique (LNSP), Eloi Sanou. 


La solution de la destruction systématique 


Quant au Dr Amos Minoungou, il révèle  qu’en 2004 au Kenya, sur 317 personnes hospitalisées 125 sont mortes de l’aflatoxine. «La présence du champignon n’est pas systématiquement synonyme de sécrétion de poison», nuance toutefois le Dr Minoungou. il affirme que  le champignon peut être présent mais de façon latente en attendent les conditions favorables pour son développement.
Par ailleurs, le responsable qualité du laboratoire de la DTA,  déclare que l’absence des moisissures sur les aliments ne signifie pas absence de toxines. A l’entendre, il arrive souvent que la moisissure secrète l’aflatoxine et disparaisse,  et cela sous-entend que le poison existe toujours. En plus des récoltes, les champignons aflatoxinogènes existent  aussi dans la nature, à l’air libre et sur les fruits. Ainsi, vu l’origine de ces poisons, les spécialistes déclarent que tout le monde est exposé à l’aflatoxine. «Ce n’est pas une question de pauvres et de riches, ni de ruraux ou de citadins», insiste  M. Combary  qui préconise donc d’analyser les produits avant toute consommation.


Pas de panique, la lutte biologique arrive !


«Une fois l’aflatoxine détectée sur un aliment, il n’y a rien à faire. Ce n’est pas la peine de chercher un traitement quelconque, il faut le détruire»,  conseille le technicien de la DTA, Michel Combary. Il   spécifie en outre que l’aflatoxine  est stable et thermorésistant et que la moisissure peut être détruite par la chaleur mais pas la toxine. «On peut par exemple décontaminer l’huile d’arachide mais avec des procédés de filtration très poussées», relativise  Dr Minoungou.
Pour ne pas être alarmiste, il rassure : «Lorsque des mesures sont prises au niveau de la production et de manipulation post-récolte,  on peut réduire considérablement les effets de l’aflatoxine sous nos tropiques». Déjà, les acteurs sont à l’œuvre pour contrecarrer les effets de la contamination. A l’INERA, la riposte biologique est en cours. Il s’agit d’un projet de lutte contre les aflatoxines qui consiste, selon Dr Minoungou, à cultiver des champignons de la même famille que l’aspergillus mais qui ne produisent pas de toxine. Appelé  l’aflasafe BF1, il est répandu dans les champs afin d’empêcher la contamination des champignons  toxiques. Au cours d’un atelier organisé les 23 et 24 avril 2015 à Ouagadougou, le coordonnateur du projet, à l’époque, Saïdou Bonkoungou, a souligné que l’aflasafe BF1 obtenue a permis aux producteurs d’obtenir 69 à 85% de réduction d’aflatoxines dans le maïs et 83 à 94% dans l’arachide.
Quelque peu pessimiste, Dr Minoungou  indique que cette culture dépend des conditions d’humidité et de température, toute chose qui la rend difficile. «Les organismes microscopiques sont très difficiles à gérer et à contrôler, car d’une région à l’autre, le champignon peut être différent», confie t-il  Qu’à cela ne tienne, les travaux se poursuivent et il était prévu l’installation d’une usine pour la production sous régionale des champignons aflatoxinogènes au Ghana, signifié t-il. A cela s’ajoute le projet de renforcement de la capacité de surveillance, d’alerte rapide et de préparation à la gestion des urgences de sécurité sanitaire des aliments dans l’espace UEMOA, avec le Sénégal comme pays pilote. Le combat se mène également à travers le Partenariat pour la lutte contre l'aflatoxine en Afrique (PACA) qui est un organisme collaboratif visant à protéger les cultures, le bétail et les personnes des effets des aflatoxines.


La sensibilisation, le meilleur remède


Etant donné que pour l’instant il n’y a pas de résultats «très concluants», le Dr Minoungou recommande de mettre l’accent sur la sensibilisation pour réduire les effets de la contamination. En plus de cette lutte en amont, le Pr Guissou, préconise le traitement des stocks de céréales pour qu’il n’y ait pas de terrains favorables. «C’est possible de faire des dépistages mais ce n’est pas évident de guérir du cancer de foie. Donc le meilleur remède demeure la sensibilisation», a dit le Pr.  En ce qui concerne la transformation des produits arachidiers, il encourage  les transformatrices à bien trier les graines avant toute utilisation et aussi à éviter d’additionner des sons pour réduire  la contamination. Pour ce qui des produits agricoles, il invite les producteurs à pratiquer un bon séchage et une bonne  technologie post-récolte. Une autre  mesure très simple, conseillée par le LNSP, est la diversification du régime alimentaire. «Le riz, le sorgho et le mil ont un  niveau de contamination par les aflatoxines nettement plus bas. Le tri des grains susceptibles d’être contaminés est également un traitement physique facile pour réduire l’exposition aux aflatoxines»,  recommande l’ingénieur chimiste,  Eloi Sanou. 


La «vigilance» du PAM et de la SONAGESS


Déjà au Burkina Faso, des structures comme le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Société nationale de gestion des stocks de sécurité (SONAGESS) disent avoir pris des mesures pour leur approvisionnement en céréales. A la question de savoir si le PAM est au courant de l’existence de ces toxines, le représentant-résidant de l’Organisation au Burkina Faso, Jean Charles Dei répond : «Nous sommes  absolument au  courant». Pour preuve, a-t-il soutenu, lorsque sa structure achète  les vivres à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, la première  condition c’est l’analyse de la qualité. «Nous avons l’habitude d’analyser nos produits au niveau du Laboratoire nationale de Santé Publique (LNSP) du Burkina Faso et pour une contre-expertise, nous les envoyons en France, en Italie», a étayé M. Dei. Et de préciser que sur ce plan, le LNSP fait un travail extraordinaire, parce que jusque-là, ses résultats n’ont pas encore été contredits. Toutefois, le PAM dit avoir déjà détecté la présence de l’aflatoxine dans ses céréales, ce qui a entrainé une perte d’environ 2 000 tonnes de maïs en 2015 par exemple, parce que les vivres contrôlés positifs sont systématiquement détruits.  Pour éviter ces pertes de part et d’autres, le Programme forme les organisations paysannes aux techniques de récolte afin qu’elles comprennent l’ampleur des conséquences en santé publique. 
«Nous faisons des tests physiques rapides pour voir décharger vite les camions des fournisseurs, et après, nous envoyons des échantillons au LNSP  pour analyse, mais pour le moment nous n’avons pas encore rencontré de cas impropre à la consommation»,  a souligné le directeur de la gestion des stocks   et du système d’information sur les marchés des produits agricoles de la SONAGESS, Rufin Siemdé. A l’entendre, dans les magasins de la Société, les conditions ne sont pas favorables au développement de la moisissure. «Sauf en cas de catastrophes, sinon, nos magasins respectent les normes de stockage, avec une bonne ventilation et  si les vivres entrent sans aflatoxines elles  sortiront  sans aflatoxines», rassure M. Siemdé. 


Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com



------------------------------------------------------------------------

L’homme  ou l’animal, en ingérant les produits agricoles peut  être affecté à la longue si la quantité d’aflatoxines ingérée dépasse  3miligrame par kg de poids corporels pour les animaux 5mligrame par Kg de poids corporels pour l’homme. Il s’agit de la dose létale, la quantité à ne pas atteindre qui est aussi foudroyante pour  les deux,   selon le chercheur de l’INERA, Amos Minoungou.  Et pour éviter cette catastrophe, les Etats ont établi des normes en la matière et fixant  les limites en fonction des produits et du type d’aflatoxines. C’est ainsi que  la législation internationale sur la quantité d’aflatoxine B est de 5 PPB (Parties par billion ou milliard) c’est-à dire sur 5 microgrammes par kilogramme de produit. L’Union européenne a fixé son taux à 10 PBB. La norme européenne est 15PPB pour l’aflatoxine totale (B et G confondue) la norme américaine va jusqu’à 20PPB.  Toute chose qui limite l’exportation de certains produits africains vers  d’autres continents, qui ont une grande capacité de détection. 


M.O



------------------------------------------------------------------------


L’arachide burkinabè aflatoxinée


«Nous n’achetons pas notre arachide au Burkina Faso, parce que la plupart des arachides achetées ici sont aflatoxinées», a déclaré le directeur pays du PAM au Burkina Faso, Jean Charles Dei. Ce qui a été confirmé par le LNSP.  «Effectivement  nous avons eu à analyser des arachides de façon individuelle par des demandeurs qui s’est avérée aflatoxinées. Partant de là, nous pouvons confirmer que l’arachide contient des aflatoxines», a dit l’ingénieur chimiste, Eloi Sanou, sans citer de nom, vu la confidentialité qui lie le laboratoire aux demandeurs. Toutefois, il  a  ajouté que partout en Afrique l’arachide, l’un des produits de prédilection, est souvent contaminée aux aflatoxines. Et à l’INERA de révéler avoir rencontré  des taux  d’aflatoxine totale de 117 à 136 PPM (partie par million) en aflatoxines dans des repas à base d’arachide et 125 à 678 PPM d’aflatoxines dans de l’arachide grillée. «Nous avons déjà réalisé une étude en 2014  sur les produits arachidiers au Burkina sur six marchés de la capitale, Katr-Yaar, Zone I, Nabi-Yaar,  Zongona  Dassasgho, et  Wayalgin. Nous avons découvert des quantités assez élevées d’aflatoxines  totales de plus de 100 PPB. C'est-à-dire, cinq fois plus élevées que la norme internationale. C’est impardonnable», a déploré le chercheur de l’INERA, Dr Minoungou. Selon ses dires, cela est au fait que pour avoir du volume, certaines transformatrices ne font de tri au niveau des graines, et pire encore, ajoutent du son de maïs.  Cependant, il a reconnu avoir découvert des produits non contaminés au cours de l’enquête.


M.O



------------------------------------------------------------------------


Le LNSP, un allié incontournable


Le Laboratoire national de santé publique (LNSP), à travers sa Direction du contrôle des aliments et de la nutrition appliquée (DCANA) reçoit, selon  son chef de service de la toxicologie alimentaire, Eloi Sanou, des denrées alimentaires pour des activités de contrôle sanitaire systématique de produits à l’importation ou à la demande. Les principaux demandeurs de ses services, sont les importateurs, les exportateurs, les unités agro-alimentaires locales, les organisations caritatives (PAM, CRS, MSF, etc.), les sociétés de gestion des stocks de vivres (SONAGESS),  les autorités de police judiciaire, (dans le cadre des réquisitions à personne compétente, en vue d'une contribution à la manifestation de la vérité) les autorités publiques, les universités et centres de recherche, etc. A cet effet, il dispose d’appareils dont la LSMS et la HPLC. «Les types de produits dans lesquels des niveaux d’aflatoxine dépassant les limites de tolérance établies sont principalement le maïs, l’arachide et le sorgho. Les taux de contamination enregistrés sont souvent supérieurs aux valeurs réglementaires et normatives», a confié M. Sanou. Et lorsque  des aliments contaminés sont détectés, le rapport d’analyse est transmis au demandeur, avec les instructions idoines. «Une note technique est ensuite adressée au Ministre de la santé avec propositions d'actions parfois de concert avec les autres départements ministériels concernés», a souligné Eloi Sanou. En plus du contrôle réglementaire, le LNSP accompagne certains transformateurs locaux de produits agricoles en quête de qualité. 


M.O




445
Partager sur Facebook

> Recherche



>SOURIRE DU JOUR




>IMAGE DE LA CITE






> Edito

 



> Inscrivez-vous à la Newsletter

Newsletter

> Conseil des ministres


Voir tous les comptes rendus