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Moi aussi je veux slamer pour la patrie

28/12/2017
22:03

Pour être franc, si j’avais du talent et du cran pour slamer pour la patrie, je serais moins galant envers la fratrie. Je dirais à la nation que la passion de l’insurrection ne doit pas sonner le glas de la résurrection de l’intégrité. L’honnête homme est une comète en extinction dans un univers qui tourne à l’envers. Seul son ombre habite la cité perdue des monuments fantômes des temps forts. Notre fierté est accrochée au pied d’un mat presque à plat. L’emblème des gloires déteintes porte les couleurs blêmes d’un dilemme national : entre la patrie et la mort, le cœur du « patriote » balance. Il a de la peine à soulever le poids de son propre poing. Il est même prêt à marquer contre son propre camp et engranger les points de son embonpoint. Le nombrilisme tue le patriotisme ; la chasse à l’idéalisme a laissé place à la course à l’opportunisme. « Plus rien ne sera comme avant », le slogan est dans le vent mais si seulement on pouvait le conjuguer au présent. Finalement, ce n’était que du vent servi à coup de vent à d’impénitents vivants crédules sans pendule. 
Si je savais slamer, sans flâner ni slalomer, je lancerais à la nation qu’elle ne saurait être sous perfusion et clamer à coup de tam-tam une autonomie en anémie. Il ne suffit pas de la clamer et de la proclamer en grande pompe ; il ne suffit pas non plus de la réclamer en droit sans l’avoir dans les faits. En vérité, l’indépendance véritable ne se trouve pas dans un cartable rempli de papiers jetables. L’indépendance vraie ne se contente pas de prêts et d’aides pour sortir de l’ornière. Elle ne tend pas la main pour savoir prendre les choses en main. Elle s’adonne à ceux qui se donnent et n’abandonnent jamais. L’indépendance ne se vit pas dans la dépendance ; elle ne se conjugue pas au conditionnel. On n’est indépendant qu’au présent. Et il ne suffit pas de manger deux fois par jour pour être indépendant. Il ne suffit pas de bien parler français pour être indépendant. Il ne suffit pas d’être tiré à quatre épingles et s’affaler dans une grosse cylindrée pour se sentir indépendant. On peut marcher sans menotte aux poignets et être asservi et assujetti. On peut même avoir tous les diplômes et les honneurs et rester rabougri au pied de la tour Eiffel. Quand un dépendant ne fête pas son indépendance en bombance, il peut s’en réjouir sans vraiment en jouir. On cogite son indépendance ; on la médite ; on la mérite. A quoi sert l’indépendance avec redevance ? Quand les semences de l’indépendance se trouvent en France, en quelle survivance espérons-nous sur fond de créances ? Quand l’indépendance crie à l’assistance avec insistance pour assurer son autosuffisance pour qui l’on danse au juste ?  Que celui ou celle qui se sent vraiment indépendant consulte Le Robert. C’est amer ! Arrêtez d’utiliser des maux à la place des mots.
Si j’avais droit au podium de l’apprenti orateur qui déclame pour un prix, je dirais sans rien attendre que le prix à payer est plus grand que le coût du folklore. A quoi cela sert-il de slamer juste pour des ovations ? Pour qui slame-t-on vraiment quand nos vers ne servent qu’à divertir avant la tombée des rideaux ? En vérité, les slameurs slament pour eux-mêmes. Le public applaudit les belles phrases des poèmes de la bohême. Il ne sait même pas lire entre les lignes de l’ire de l’engagé enragé qui perd son temps. Oui, nous perdons tous parfois notre temps à gribouiller des phrases sans fin. Nous crions en chœur des causes si nobles mais si loin de nos cœurs que nous finissons par nous planter la plume en plein cœur. Dis-mois pour quelle écurie tu slames et je te dirai quelle incurie te guette, au nom de la patrie meurtrie. Parce que le slame qui blâme s’expose aux flammes du drame. Alors du calme, « salam » !  
Si je devais slamer juste pour plaire, je dirais que tout va bien dans le meilleur des mondes. Je caresserais le brûleur de feu dans le sens de son incivisme. Je fermerais les yeux sur le bandit au col blanc qui goinfre sa cantine des fruits de ses rapines. Je jetterais des fleurs au traineur de casseroles qui donne des leçons à la plèbe pour de menus larcins sans pépins. Je dirais au juge qui gruge et abuse que c’est Dieu seul qui juge avec justesse et qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Je dirais à l’homme politique que la fin justifie les moyens et que sa capacité de convaincre dépend de sa force de vaincre. On peut créer l’incendie et jouer le pompier. On peut retourner sa veste, manger à plusieurs râteliers et jurer de n’avoir jamais soupé avec le diable. On peut même se réconcilier au grand dam des tares et avatars de l’histoire, sans passer à la barre. Et, point barre !


Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr 



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