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Elevage et divagation d’animaux à Ouagadougou : Entre subsistance et résistance à la modernité

07/01/2018
22:03

L’élevage des ruminants en milieu urbain est une pratique formellement interdite. Mais à Ouagadougou, l’activité prospère et prend des proportions inquiétantes. Il n’est pas rare de voir, sur des voies déjà exiguës, des animaux disputer la route aux humains et conduire à des accidents graves. A la police, les fourrières enregistrent des centaines d’animaux chaque année ; mais les habitudes ont la peau dure. 

Au quartier Hamdalaye de Ouagadougou, seules les maisons en dur tranchent d’avec le village. Dans ce quartier peul, les habitudes n’ont pas changé. Ici, les pratiques rustiques côtoient chaque jour la modernité. Nous sommes, ce jeudi 26 octobre 2017, chez Hamadou Tamboura, habitant du quartier. Des gamins, torse nu, s’amusent dans le six-mètres. Dans la cour de M. Tamboura, la cohabitation entre animaux et humains ne semble pas poser problème. Devant le portail, s’est agglutiné un troupeau de bœufs. Ces bêtes disputent la place à Mme Tamboura, assise sur un tabouret avec une grosse calebasse de lait. Dame Tamboura est assaillie par des clients venus d’horizons divers se procurer le lait frais, produit de l’élevage des vaches. Mais la marchandise se fait si rare qu’elle n’arrive pas à satisfaire tout le monde. En un tour de main, la calebasse s’est vidée de son contenu et les malchanceux sont repartis quinauds. Après s’être enquise des raisons de notre visite, la vendeuse nous mitraille d’un regard furibond. Juste à proximité d’elle, s’amoncelle une montagne d’excréments, laissée par les bêtes. Mouches et autres insectes y ont élu domicile. A l’image de Hmadou Tamboura, plusieurs habitants de la capitale s’adonnent à cette activité illégale. Une activité, pour le moins rentable, qui se développe au nez et à la barbe des autorités municipales. Selon les autorités, elle est à l’origine de la divagation des animaux dans la ville. Dans la plupart des concessions, on y voit une écurie, plantée au beau milieu de la cour. Aux dires des habitants du quartier Hamdalaye, l’élevage indispose plusieurs personnes tandis que l’activité semble avoir de beaux jours devant elle. Mais nombre de résidents se murent dans le silence. Ici, rarement les langues se délient. Accueilli de la manière la plus inamicale, nous développons toutes sortes de stratégies pour pouvoir communiquer avec les éleveurs. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre  métier ?  A cette question, la parole se libère aisément. Une approche si simple qui semble  avoir produit ses effets escomptés. Réticente dès le départ, la vendeuse de lait se résout finalement à répondre à nos questions. Elle se lamente sur le manque de fourrage et en appelle du coup les autorités à la rescousse. «Vous ne voyez pas comment les animaux sont chétifs ? C’est parce qu’ils sont mal nourris», confie-t-elle, le regard tourné vers les bœufs. Dans la cour voisine, un troupeau de chèvres et de moutons se disperse dans le six-mètres. 
Plus tard, le chef de famille, Hamadou Tamboura, sort de son logis, avec une pelle à la main. Il parcourt le six-mètres et procède à la collecte systématique des boules d’excréta laissées à l’abandon par les bêtes. Ça rapporte gros. «C’est de l’argent en vitesse», s’empresse-t-il de dire. « Si tu en as besoin, tu donnes l’argent ; je ne peux pas te donner gratuitement», nous répond-il d’une voix sèche lorsque nous feignons d’être dans le besoin. 


La colère des éleveurs


Les échanges avec les éleveurs se sont déroulés sans prise de vue, ni d’enregistrement. Même pas la moindre photographie des animaux ou du tas d’immondices. Surprenant que cela puisse paraître, le voisinage a peur de se prononcer sur le sujet, naturellement par crainte de représailles après la publication de cet article. Dans l’atelier de couture jouxtant la maison de M. Tamboura, les travailleurs ne cachent pas leur indignation. Ils en veulent aux éleveurs dont les activités sapent leurs efforts d’assainissement de leur cadre de travail à cause des urines et des excréta des animaux.
C’est sous les menaces et intimidations que nous avons réalisé ce reportage. Les éleveurs sont entrés dans une colère noire à la suite de nos multiples questions. Le ton agressif, Mme Tamboura, la vendeuse de lait, ne tarda pas à sortir ses griffes. «Je mange chez toi ? Pourquoi me poses-tu autant de questions ? Quelle information veux-tu donner aux gens, si ce n’est que tu cherches ton pain ?», assène-t-elle. Toutes nos tentatives pour raisonner la bonne dame sont restées vaines. M Tamboura qui suivait les débats à distance, se mêle, à son tour, dans la danse. Il n’attendait que cette opportunité pour vider son sac d’amertume. «Toi, qui es-tu ?», tance-t-il. Avant de poursuivre : «Je ne vais pas te révéler tous mes secrets». L’homme visiblement exaspéré contre nous, ne semble pas s’arrêter en si bon chemin. «Tu me donnes quoi en voulant que je te dise tout ce qui est au fond de mon cœur ?», s’énerve-t-il. «D’ailleurs, je ne te fournirai aucune information», se rétracte-t-il, sous l’effet de la colère. Pourtant, il est sûr que l’activité qu’il exerce dérange ses voisins. Les conséquences d’une telle activité sur la vie de la population ne sont plus à démontrer. Pour le directeur général de la police municipale, Sylvestre N’Do, le fait d’avoir des animaux chez soi vous expose à différents vols avec effraction sans occulter le fait que ça met en danger le voisinage. Aussi, il y a des odeurs et tout ce qui constitue des nuisances que le voisinage peut également subir. «C’est tous ces aspects qui font que l’élevage est interdit», explique-t-il. Pour lui, la police municipale enregistre chaque jour des plaintes de citoyens dénonçant leur voisin qui élève à domicile.  «Ça occasionne énormément des désagréments», reconnaît-il. L’élevage des porcs, mentionne M. N’Do, ça dégage des odeurs nauséabondes, le bruit que ces bêtes font, indispose, en sus. Parmi les plaignants figure Mlle Korotime Nikièma, habitante du quartier Hamdalaye. Elle dit subir les nuisances qu’occasionnent les animaux, mais préfère se taire pour des raisons de sécurité. Martin Ouédraogo, mécanicien de son état, partage les mêmes soucis. «Les animaux nous dérangent», se plaint-il. Il s’insurge contre les éleveurs, du fait des odeurs qu’il respire chaque jour et les accidents que les bêtes occasionnent. «Les propriétaires des animaux sont indifférents aux accidents provoqués par leurs animaux», se lamente-t-il. Les animaux perturbent la circulation et provoquent le courroux de certains usagers de la route. A la traversée de la voie, c’est la panique  générale. Faisant fi de la boutade des usagers, les bergers s’activent à libérer la voie. 


L’impuissance des autorités municipales


La divagation des animaux constitue une réelle préoccupation des autorités municipales. Pourquoi le phénomène perdure ? A cette question, le directeur général de la police municipale, Sylvestre N’Do, pointe du doigt la persistance de l’élevage en ville, une activité pourtant interdite par les textes. «Il y a un arrêté municipal qui date de 1997 qui prescrit l’hygiène et la salubrité dans la ville de Ouagadougou et qui stipule à son article 18 qu’il est formellement interdit de pratiquer non seulement la culture des suivis sur pied, et l’élevage de gros bétail dans la zone urbaine», souligne-t-il. Contactées, les autorités de la commune de Ouagadouggou n’ont pas voulu se prononcer sur le sujet. Toutes nos tentatives pour les rencontrer sont restées infructueuses. Mais une chose est certaine, foi du directeur général de la police municipale, les autorités en sont conscientes. L’inspecteur N’Do révèle que ses hommes sont aux trousses des animaux qui se promènent en ville. Des actions conjuguées de prévention et de répression qui peinent toujours à porter les résultats escomptés. Les chiffres fournis par la direction de la police municipale montrent que la bataille est loin d’être gagnée. Ont été mises en fourrière durant ces trois dernières années, des centaines de têtes : 163 têtes en 2015, 217 en 2016 et plus de 400 au premier semestre de 2017. «Ce chiffre va grandissant», note avec un brin de regret, l’inspecteur N’Do. A l’entendre, le maire de Ouagadougou a mis en place une commission de réflexion sur les mesures à prendre pour lutter efficacement et de façon définitive, contre les cas de divagation des animaux. Cette commission a pour mission d’organiser des opérations de grande envergure en vue d’enrayer le phénomène. Outre cela, fait remarquer l’inspecteur N’Do, la relecture des textes s’impose à tout point de vue. En ce sens, Sylvestre N’Do atteste que des réflexions sont menées au niveau communal, sur instruction du maire, pour voir dans quelle mesure l’arrêté de 1997 peut être relu en vue de pallier les insuffisances. «On peut dire également que c’est eu égard aux insuffisances qui se sont révélées plus tard dans la mise en application de cet arrêté qui fait qu’on n’arrive pas à venir à bout du phénomène», se désole-t-il. Par exemple, explique-t-il, le fait d’exiger le paiement d’une contravention avant de pouvoir enlever son animal a montré ses limites. « La contravention est très faible », déplore-t-il. D’où la nécessité d’endurcir les textes, histoire de dissuader d’éventuels éleveurs dans la ville de Ouagadougou. «Ce que nous envisageons, c’est de pouvoir relire l’arrêté et voir dans quelle mesure on peut restreindre, c’est-à-dire durcir les dispositions du texte, pour pouvoir prendre en compte cet aspect de divagation», affirme l’inspecteur N’Do. Si les textes permettent l’abattage des chiens errants, ils ne le sont pas pour les autres animaux. La solution pourrait venir du bétonnage des textes, quitte aux éleveurs de colmater les brèches pour poursuivre leurs activités dans des endroits plus sécurisés.


Ouamtinga Michel ILBOUDO
Omichel20@gmail.com







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