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Terrorisme au Mali et au Niger : Les Etats se délitent, la France vole au secours

07/01/2018
22:12

Les pays africains à l’instar de ceux du reste du monde sont de nos jours confrontés au redoutable phénomène du terrorisme. Pour y faire face, la contribution de tous dont celle des médias est plus que nécessaire. C’est pourquoi la 7e édition du Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP), tenue du 8 au 11 novembre 2017 à Ouagadougou, a décidé d’engager la réflexion sur le sujet. Les communications données par le Nigérien Moussa Tchangari et le Malien Serge Daniel dans le premier panel sur «Les Etats africains face au phénomène terroriste : regards croisés sur les situations des pays de la bande sahélienne», ont été instructives.

Il ne se passe plus un seul jour sans que les médias informent que des attaques terroristes ont été perpétrées dans tel ou tel pays, avec à la clé des morts. Le phénomène est devenu mondial et provoque la psychose à tous les niveaux. L’Afrique n’en est pas en reste et ses populations en souffrent énormément. Dans sa partie occidentale, le Niger et le Mali, deux pays membres du G5 Sahel, sont aussi dans le collimateur des forces du mal. A l’occasion du 7e FILEP à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les panélistes ont fait un clin d’œil sur cette hydre qui sévit en Afrique qu’est le terrorisme. Dans son speech pour le cas du Niger, Moussa Tchangari, directeur du réseau Alternatives, a évoqué quelques raisons qui ont plongé la plupart des Etats africains et particulièrement le sien dans la crise sécuritaire. Il remonte aux années 1980 pour dire que l’Etat, à travers l’imposition des Politiques d’ajustement structurel (PAS), s’est désengagé de nombre de secteurs publics, ouvrant ainsi la voie à la privatisation et à la liquidation d’entreprises. A partir de 1990, de l’avis du communicateur, le vent de démocratie qui a soufflé sur le continent noir n’a pourtant pas résolu les problèmes. Il rappelle qu’à l’occasion, les PAS ont certes, changé de nom mais les mêmes types de politiques ont continué à être appliqués par les différents Etats. Un autre élément qui a contribué à l’instauration du climat d’insécurité est, selon lui, la corruption qui a pris une certaine ampleur. «Cela a eu pour conséquence d’éroder la légitimité de l’Etat et de permettre à certains groupes terroristes de s’installer un peu partout», se convainc Moussa Tchangari. Outre la corruption, l’utilisation de la violence, à son avis, a aussi été un catalyseur pour la naissance et la radicalisation des groupes armés. Il révèle, à cet effet, que l’Etat a toujours utilisé la violence pour imposer une certaine conduite aux citoyens. Même la justice et les autorités coutumières et religieuses sont aussi prises dans le piège de la corruption, à en croire le communicateur, provoquant ainsi leur affaiblissement. La question cruciale de l’emploi des jeunes n’a pas été occultée. Et le panéliste nigérien de préciser que dans son pays comme dans d’autres, des millions de jeunes de moins de 30 ans sont sans aucune perspective en termes d’emploi. La conséquence est que ces jeunes désœuvrés sont obligés de quitter leurs pays à la recherche d’un mieux-être ailleurs. Ils deviennent alors des proies faciles pour les groupes terroristes qui les enrôlent à souhait dans leurs rangs. Le conférencier a aussi indiqué que la montée de l’extrémisme violent a coïncidé avec l’arrivée de la Chine sur le sol nigérien. L’émergence de cette puissance, selon lui, a entraîné un nouveau regain d’intérêt pour l’exploitation des matières premières dans le pays.


Le Nord du Mali, un « no man’s land »


Le second communicateur est journaliste et écrivain rompu aux questions de terrorisme au Mali, pour avoir beaucoup écrit sur le phénomène et même rencontré à Gao des éléments du MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest). Serge Daniel renseigne que les djihadistes se sont installés dans le Nord du Mali avant les années 2000 et qu’une partie du GSPC (groupe salafiste pour la prédication et le combat) y est arrivée entre 1990 et 1997. Ce groupe s’est ensuite métastasé dans cette zone et au sud de l’Algérie. Pour le panéliste, l’Etat malien a prêté le flanc face aux caprices des groupes terroristes. Tout commence, selon ses dires, en 2002-2003 où une vingtaine de touristes européens ont été faits otages sur le sol algérien. L’armée algérienne intervient pour libérer une partie des otages tandis que l’autre partie se retrouve au Mali. « Les pays d’où sont originaires les otages demandent au gouvernement malien de ne pas intervenir militairement pour libérer les otages », révèle-t-il avant de manifester son incompréhension face à cette requête. Il dit ne pas comprendre pourquoi l’Algérie l’a fait militairement pendant qu’on demande au Mali de négocier avec les ravisseurs. C’est pourquoi, Serge Daniel résume en disant que son pays était devenu « un entrepôt d’otages » où il fallait payer une rançon pour les libérer. Dans ses explications, la plupart des otages pris au Niger, en Algérie, en Mauritanie, en Tunisie… sont ramenés au Mali, surtout dans le Nord, pour y être gardés. «La France, l’Allemagne, le Canada, la Suisse, etc. ont payé des rançons pour libérer des otages», se rappelle le journaliste malien. Toute chose qui a permis aux ravisseurs d’avoir de l’argent, de s’équiper en armes, de recruter des éléments et de s’implanter confortablement dans le Nord du Mali ; faisant du même coup de la zone un « no man’s land ». Et là, Serge Daniel ne passe pas par quatre chemins pour situer les responsabilités : «Je pense que le gouvernement malien a une part de responsabilité parce qu’il aurait pu refuser de négocier pour libérer des otages. Les pays européens sont aussi responsables de la situation au Mali parce que ce sont eux qui ont payé les rançons ». Il fustige en outre ce qu’il a appelé les «mauvais accords» signés entre le gouvernement malien et les terroristes à l’issue de la rébellion touarègue et dans lesquels il est clairement notifié que l’armée malienne ne doit pas être à certains endroits du territoire national. «Aucun pays au monde ne peut accepter cela », dit-il. Le panéliste est convaincu que le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) n’est pas le seul groupe qui a donné du fil  à retordre à l’armée malienne. Pour lui, il y avait d’autres groupes venus de la Libye des djihadistes, des criminels, des trafiquants de drogue, d’armes, etc. Dans cette zone de non-droit, la corruption y a également pignon sur rue. Et l’anecdote que le communicateur a donné, c’est que les terroristes ont offert un jour une grosse voiture 4x4 à un responsable militaire malien pour le corrompre, tandis qu’à Tombouctou, le patron des renseignements malien a été exécuté par des djihadistes parce qu’il était leur complice et qu’il les a, par la suite, trahis. Outre cela, le septentrion malien est une vaste zone sans vie où on peut faire 200 à 300 kilomètres sans trouver le moindre village, à en croire Serge Daniel. D’où toute la difficulté de démanteler aussi aisément les refuges des groupes terroristes. Ils sont trois groupes, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Ansar Dine et le MUJAO, à semer la terreur au Mali.


Tentatives de recolonisation de l’Afrique ?


Moussa Tchangari ne manque pas de dire que la crise sécuritaire constitue une opportunité pour les différentes puissances d’être militairement présentes dans le Sahel. Il cite le cas du Mali avec les opérations Serval puis Barkhane qui permettent aux militaires français d’y avoir une base, de même qu’au Burkina, au Niger et au Tchad. « Cette situation a permis un retour en force de la France dans l’espace sahélo-saharien et une présence militaire très marquée », fait-il remarquer. Sont également présents au Niger, les Américains, les Allemands et bientôt les Italiens. Cette ruée des différentes puissances vers l’Afrique avec pour principal objectif la lutte contre le terrorisme cache pourtant des intentions inavouées, à son avis. A ce niveau, M. Tchangari pense que c’est une manière d’écarter un concurrent de taille qu’est la Chine et de profiter des matières premières de l’Afrique. « Nous sommes devant une tentative de recolonisation de nos pays », constate-t-il. Sinon, s’interroge-t-il, comment comprendre que nonobstant la présence des forces militaires extérieures avec des moyens impressionnants, il y ait toujours des attaques terroristes. C’est ce qui l’amène à croire que l’assistance militaire étrangère est un moyen pour les Occidentaux d’imposer leurs conditions aux pays africains et d’enrôler certains dans leur lutte contre la migration clandestine. Embouchant la même trompette, Serge Daniel dit comprendre difficilement que de milliers de militaires issus des Casques bleus, de l’opération Barkhane, du G5 Sahel, entre autres, ne puissent pas mettre en déroute quelque 300 djihadistes au Mali. Toutefois, il s’est dit persuadé que l’adoption d’une nouvelle politique de gouvernance dans son pays peut sauver la partie septentrionale du chaos. Aussi, pense-t-il qu’il ne faut pas fermer la porte du dialogue aux terroristes. «Les terroristes ont besoin de nous pour faire passer leur communiqué. Par contre, les gouvernants ne sont pas contents parce qu’ils estiment que nous faisons la publicité aux terroristes», indique le conférencier. 
Les panélistes estiment également que la crise sécuritaire permet aux élites au pouvoir de réduire les espaces de liberté en demandant par exemple aux journalistes d’adopter de nouvelles attitudes face à la situation et de jouer un rôle qui n’est pas le leur. C’est pourquoi, une invite a été faite aux hommes de médias de faire correctement leur job afin d’informer sainement les citoyens.


Mady KABRE
dykabre@yahoo.fr




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