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Mutilations génitales féminines au Burkina Faso : La saignée des fillettes continue

01/03/2018
10:33

Au Burkina Faso, plusieurs villages ont déclaré publiquement se démarquer de la pratique de l’excision. Mais, la réalité est tout autre. Des milliers de fillettes continuent de vivre l’atroce douleur des mutilations génitales féminines…
« Non à la pratique de l’excision. Mobilisons-nous pour l’atteinte de la tolérance zéro aux mutilations génitales féminines ».C’est par ce message « fort »que les habitants de 300 villages de la région du Plateau Central ont exprimé leur ferme décision de lutter contre cette pratique avilissante qui entrave le bien-être de la femme et de la jeune fille. Lors de cette cérémonie officielle de déclaration publique de l’abandon de la pratique de l’excision, le jeudi 14 décembre 2017, dans la commune de Boudry, les populations ont exposé leurs lames, ciseaux, coupe-coupe,…pour dire définitivement « non à l’excision ». Cet engagement des autorités coutumières, religieuses et des populations a été symbolisés par l’enterrement de ces outils, à la grande satisfaction des acteurs de la lutte contre les mutilations génitales féminines. Et, c’est l’ancienne exciseuse, Korotimi Balima qui s’est prêtée à cet exercice. Mais, c’était mal compté sur Abibata Nabaloum, exciseuse professionnelle qui n’était pas prête à se démarquer de cette pratique « ancestrale ». Contrairement à ses « collègues », elle n’a pas rangé ses outils qui lui servent depuis belle lurette à sectionner les parties intimes des fillettes du village de Niou, dans le Plateau Central. Exciseuse réputée depuis des années, bien qu’ayant assisté aux séances de sensibilisation sur les méfaits de l’excision, elle a continué clandestinement son « travail ». Sous le couvert de la tradition, Abibata Ouédraogo a autorisé la quinquagénaire Nabaloum à procéder à l’ablation du clitoris de sa fillette contre la somme de 2000 F CFA. Tout comme 5 autres fillettes, Adjara Ouédraogo a perdu son clitoris. Conduite tardivement dans une broussaille et immobilisée à même le sol par une dizaine de vieilles dames, son clitoris a été sectionné, à l’aide d’une lame infectée. Marquée par la douleur, Adjara ne tient plus sur ses deux jambes. Toutes les manœuvres pour arrêter son hémorragie sont restées vaines. Apeurée par l’état de sa fille qui baigne dans le sang, sa génitrice ne peut piper mot. Mais, elle a un seul argument : le respect de la coutume. Pour elle, c’est une pratique des grands parents. C’est pourquoi, elle n’a pas marqué de refus lorsque sa mère N. Rakièta lui a fait la proposition d’exciser sa fillette. Le certificat médical établit après les soins des victimes parle d’ablation du clitoris, d’ablation totale ou partielle des petites lèvres et des grandes lèvres. 
La machine judiciaire en branle 

Après son forfait, l’exciseuse a disparu dans la nature. La police est à ses trousses. Pour l’appréhender, des policiers déguisés en civils, lui tendent un piège en sollicitant ses services. Croyant faire une bonne affaire, elle a vite cédé à la tentation. Arrêtée, elle a été déférée à la maison d’arrêt et de correction avec ses complices depuis plus de trois mois.Les autorités burkinabè ont décidé de faire de la tolérance zéro dans la lutte contre l’excision. A cet effet, elles multiplient les campagnes de sensibilisation. Mais leur cri du cœur semble tomber dans l’oreille d’un sourd. Le 04 septembre 2017, B.A, domiciliée au secteur n°2 de Ziniaré, a fait exciser ses deux fillettes avec la complicité de son mari. Interpellée, elle a nié les faits, tout en clamant qu'elle n'a pas de fillette, mais un seul garçon. Cette affirmation a vite été démentie par son voisinage qui a soutenu qu'elle a belle et bien deux fillettes, mais absentes de la cour familiale depuis un certain temps. Voyant l’étau se resserrer autour d’elle, le père de la mise en cause, résidant à Ouagadougou, a saisi la gendarmerie de Ziniaré pour l'en informer que son gendre aurait pris la fuite en abandonnant les fillettes dans un endroit inconnu. Déterminé à aider les enquêteurs à retrouver ses petites filles, elles ont été effectivement retrouvées après de long jour de recherches. Prise au piège, leur mère passe aux aveux : « l'excision a été faite à Tamissi, un village situé dans la commune de Ziniaré ». Les complices étaient chargés de trouver des parents qui veulent exciser leurs enfants, à les rassembler en un endroit précis dans un village et ensuite faire intervenir l'exciseuse, a-t-elle expliqué. Pour chaque fillette excisée, Sara Kaboré a perçu 2 500 F CFA. Les bourreaux de ces « innocentes », 11 personnes dont un conseiller municipal de Nioniogo, dans la commune de Zitenga et un imam du village de Barkoundba, dans la commune de Ziniaré, ont confirmé que ce sont au total 36 fillettes âgées de 04 à 10 ans qui ont été excisées par la seule vieille exciseuse, Sara Kaboré, du village de Barkoundba. Démasqués, des parents de certaines victimes ont pris la poudre d’escampette. Trois mois après leur interpellation, les 18 prévenus ont comparu devant le Tribunal de grande instance de Ziniaré, le 29 novembre 2017. Ils ont été accusés pour fait d’excision, de même que l'exciseuse récidiviste, spécialisée dans l’ablation du clitoris des jeunes filles qui comparaissait pour sa troisième fois. Le procureur près du TGI de Ziniaré a requis une peine de 36 mois ferme pour l’auteur de l’excision, 12 mois de prison avec sursis pour 4 complices et 12 mois de prison ferme pour le reste des complices. Au délibéré, la principale auteure est reconnue coupable et a écopé de la peine maximale de 4 ans de prison ferme. Les complices de peine allant de 12 à 30 mois de prison ferme, plus une amande de 150 000 FCFA à 300 000 F CFA. 
Rendre aux filles leur dignité 

Si, ces derniers ont connu la rigueur de la loi, un imam de Wayalgin, un quartier de Ouagadougou, la capitale, est activement recherché pour incitation à l’excision après la mutilation des parties génitales d’une fillette de 6 ans. Dans sa mosquée, le prédicateur s’est spécialisé dans l’éloge de l’ablation des clitoris, dans la clandestinité. « C’est l’imam de la mosquée du quartier qui a organisé cette campagne d’excision et faisait venir de Fada N’Gourma une exciseuse pour pratiquer les mutilations des filles»,soutient, Alima Ouédraogo, mère de la fillette de 6 ans. Elle ajoute: « Lors de ses prêches, il leur affirmait que selon l’islam, la prière d’une jeune fille non excisée ne peut être exaucée. Car, elle est impure et aussi, qu’aucun homme ne voudra d’elle ». Actuellement en fuite vers un pays voisin, le leader religieux ne donne plus signe de vie. L’exciseuse est portée disparue, et aussi activement recherchée par les forces de l’ordre. D’autres suspects, dont la mère de la fillette de 6 ans et son oncle, accusés de complicité de mutilation génitale féminine ont été arrêtés. Excisée à l’insu de son géniteur, les blessures de B.O sont sérieusement infectées et nécessitent une prise en charge urgente. Selon la secrétaire permanente du Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), Rachelle Badolo, des dispositions ont été prises pour que les victimes bénéficient des soins de santé appropriés. Pour Alima Ouédraogo, âgée d’environ 30 ans, la raison qui l’a poussée à commettre cet acte est simple : « toutes les jeunes filles doivent être excisées. J’ignorais les conséquences de l’excision ». Malgré les multiples campagnes de sensibilisation, et la prise d’une loi qui punit d’un emprisonnement de 3 à 6 ans et d’une amende de 150 000 à 900 000 F CFA, la pratique de l’excision a la peau dure au Pays des Hommes intègres. 

La tolérance zéro, difficile à atteindre 

Rachelle Badolo confie qu’au cours de l’année 2016, 13 cas d’excision ont été enregistrés, portant à 30, le nombre de victimes. En 2015, 38 cas d’excision avec plus de 72 victimes dont 5 décès, ont été signalés. Ainsi, de 75,80 % pour les femmes de 15 à 45 ans et 13,3% pour la tranche d’âge des enfants de 0 à 14 ans selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) IV réalisée en 2010, le taux est passé respectivement selon les mêmes tranches d’âges à 67,6% et 11,3%, selon l’Enquête multisectorielle continue (EMC) de 2015. La présidente du Groupe d’appui en santé, communication et développement (GASCODE), Félicité Bassolésouligne que la majorité des Burkinabè savent que l’excision est punie par la loi, car, elle a de multiples conséquences sur la santé de la femme et des jeunes filles. « Malgré, les campagnes de sensibilisation, les gens continuent d’exciser leur fille dans la clandestinité. Nous avons touché plus de 500 imams et coutumiers qui ont reconnu que cette pratique n’est pas recommandée par la religion», a fait remarquer Mme Bassolé. Elle ajoute : « Notre objectif est que les gens soient sensibilisés et abandonnent cette pratique. Mais pour que la mayonnaise prenne, il faut ménager le bâton et la carotte ».

Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr


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