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Production de légumes à Oulo: La tomate sahélienne attire Ghanéens, Nigériens

04/06/2018
00:00

 Dans le village de Oulo, à 25 km de Dori,  sur l’axe Dori-Djibo, la production de tomates est l’activité principale pendant la campagne agricole sèche. Un gagne-pain pour de nombreux acteurs : des autochtones louent la terre aux étrangers qui l’exploite, d’autres jouent aux démarcheurs et les femmes récoltent les légumes dans les champs. A un autre maillon de la chaîne,  acheteurs ghanéens, nigériens et ouagalais se bousculent pour cette tomate. Reportage sur une activité aux multiples facettes ! 

Il est 16 heures ce dimanche 11 mars 2018 sur le site de production de tomates de Oulo,  situé à 25 kilomètres de Dori. Le soleil est ardent. Aidés par leurs démarcheurs, les acheteurs ghanéens, nigériens et ouagalais se faufilent entre les caisses et cartons de tomates en marchandant avec les producteurs, les ramasseuses, les charretiers et les trieuses de tomates. Les prix se négocient en fulfuldé, mooré, anglais, haoussa et français. Ce jour-là, sept camions « 10 tonnes » s’apprêtent à charger dont trois venus du Niger, deux du Ghana et deux autres de Ouagadougou. Le ronronnement de l’un des camions d’immatriculation nigérienne et les coups de klaxon du chauffeur invitent les chargeurs à faire vite pour reprendre la route de Niamey. C’est dans cette ambiance que notre guide, Boureima Oumarou Maïga, un homme aux multiples casquettes, nous met en contact avec le chauffeur nigérien, Boubacar Souley. Notre interlocuteur a chargé 400 cartons pour 400 000 F CFA,  en raison de 1 000 F CFA l’unité.

Les 10% du démarcheur 

Le démarcheur de ce camion nigérien,  Hama Boureima Dicko, fils de Oulo, a reçu une ristourne de 100 F CFA sur chaque carton et engrange ainsi 40 000 F CFA sur le chargement nigérien. Il dit faire cette activité depuis cinq ans et travaille essentiellement avec les acheteurs nigériens qui l’informent deux ou trois jours avant d’effectuerle déplacement. Hama Boureima Dicko dit gagner sa vie dans cette activité,  car sa rémunération atteint souvent 100 000 F CFA par opération. Outre les démarcheurs, les femmes chargées de la récolte de la tomate touchent 200 F CFA par carton et leur nombre varie entre cinq  et dix en fonction de la demande. Quant aux charretiers qui acheminent les caisses de tomates du champ jusqu’aux camions, ils sont payés en fonction de la distance dont la plus longue est estimée à deux km. Ainsi, le gain des charretiers varie entre 100 FCFA et 250 FCFA sur chaque carton. Mamounatou Simporé, une acheteuse venue de Ouagadougou, a déboursé 700 000 F CFA pour acquérir 70 caisses en raison de 10 000 F CFA la caisse. Evidemment, son démarcheur, venu avec elle de la capitale, se frotte les mains avec la somme de 70 000 F CFA , car sur le prix de chaque caisse, 1 000 F CFA lui reviennent. Le Ghanéen,  Kouame Tanoh, a acheté 300 cartons à raison de 2 500 F CFA le carton dont 500 F CFA pour le démarcheur. Il dit avoir dépensé au total 750 000 FCFA. Avant d’arriver au Ghana, souligne M. Tanoh, certaines tomates pourrissent en cours de route. C’est la raison pour laquelle, il s’attache les services de certaines de ses compatriotes depuis Dakola pour trier les bonnes tomates. « Notre principale difficulté est le prix de la tomate qui dépend du marché. Lorsque la tomate manque, le carton peut se vendre entre 3 000 et 5 000 F CFA au Ghana. En revanche, on revend le carton à 2 000 F CFA pour ne pas perdre davantage », préciseKouame Tanoh. Au Niger, le prix du carton se situe entre 3 000 FCFA et 3 500 FCFA. A Ouagadougou, dame Simporé compte revendre ses tomates à 15 000 FCFA la caisse.

 Tracasseries routières, le casse-tête 

Les revendeurs expliquent que les frais annexes relativement importants contribuent à augmenter leurs charges. Le producteur de tomates, Hamidou Compaoré, par ailleurs propriétaire de camions et démarcheur,  achemine ses tomates au Ghana et au Niger. A l’entendre, il y a des problèmes sur l’axe Dori-Ouaga, particulièrement à l’entrée et à la sortie de Kaya. Les chauffeurs se plaignent des tracasseries jusqu’au point où leurs frais de route ne suffisent plus. En réalité, renchérit-il, quand le camion est vide, le chauffeur paye 3 000 F CFA à chaque poste. Ce prix monte à 5 000 F CFA lorsque le camion est chargé. « Ils ne demandent pas de papiers. Si tu donnes l’argent, ils te laissent partir, sinon ils déposent les documents et  vaquent à leurs occupations », confie-t-il,  pour témoigner du calvaire vécu par les chauffeurs sur cet axe. Mamounatou Simporé se plaint également des énormes dépenses liées à la location du camion et aux frais de route qui lui coûtent respectivement 250 000 F CFA et 60 000 F CFA. S’exprimant en langue nationale mooré, elle soutient que « Ya tilaye » soit en français «  C’est obligé ». Et d’ajouter que « si tu ne donnes pas l’argent, le camion sera bloqué ». Pour sa part, M. Tanoh estime que les frais de route s’élèvent à 200 000 F CFA sur les axes Kumasi-Oulo-Kumasi.  Et le camion est loué à 500 000 F CFA à Dakola pour le trajet aller-retour. Pour le parcours Niamey-Oulo-Niamey, Boubacar Souley dit avoir déboursé la somme de 100 000 F CFA pour le carburant et 150 000 FCFA pour les frais de route. 

Environ 13 500 maraîchers venus d’ailleurs

Le chef de l’unité d’appui technique de Dori qui a,  en charge,  la ferme semencière de pomme de terre et d’oignon de Oulo, Thomas d’Aquin Dah, évalue à près de 13 500 le nombre de maraîchers à proximité du cours d’eau. Ils produisent plusieurs spéculations, dont la tomate majoritairement, sur une superficie d’environ 6 500 ha. Selon lui, deux à six tonnes  de tomate est produite à l’hectare. Pour une estimation minimale de la production de la présente campagne agricole sèche de tomate, M. Dah précise qu’elle pourrait atteindre 13 000 tonnes. Le propriétaire terrien et conseiller municipal, Boureima Oumarou Maïga, par ailleurs,  fils du chef du village et président du groupement de producteurs de tomate Wetty de Oulo, fait savoir que la production de la tomate a débuté il y a huit ans. « C’est la construction du barrage de Yakouta qui a favorisé cette activité. Depuis lors, les gens viennent de Ziniaré, Bogandé, Kaya, Loumbila, Ouagadougou et Koupéla louer la terre pour la production de tomates », relate-t-il. Il explique en outre, que la terre est louée aux allogènes sur ¼, ½ et un hectare, au prix variant entre 200 000 et 400 000 F CFA. « Chaque propriétaire terrien gère sa portion de terre sans l’ingérence du chef. En sa qualité d’autorité morale, il est informé de la présence de tout étranger dans le village et reçoit sa part », nous déclare-t-il. 

« Un no man’s land »

Venu de Ouagadougou, Hamidou Compaoré s’est installé temporairement à Oulo pour produire la tomate et d’autres spéculations. En trois ans, il est passé d’acheteur à producteur et est actuellement démarcheur. Hama Boureima Dicko, également producteur- démarcheur, exploite  avec deux autres personnes  une superficie d’un demi-hectare qui leur permet de subvenir à leurs besoins. A l’instar d’autres producteurs, il dit ne pas bénéficier de l’accompagnement des services de l’agriculture et ne les approche pas non plus pour des appuis-conseils. Il s’approvisionne en intrants au marché de Dori. A ce sujet, M. Dah reconnaît que le site de Oulo est un « No man’s land » vu que les allogènes viennent avec leurs intrants louer la terre pour six mois et à la fin, ils retournent chez eux. Du coup, mentionne-t-il, il est difficile de les contrôler,  surtout qu’ ils ne sollicitent pas son appui.Le conseiller municipal, Boureima Oumarou Maïga,  exploite deux hectares et demi soit un hectare au bord du cours d’eau et le reste dans la ferme. Lors de la campagne écoulée, M. Maïga soutient avoir encaissé plusieurs millions de F CFA dans la vente de la tomate et la location de la terre, somme qu’il a utilisée dans l’achat de véhicules et de bœufs. Quant à Hamidou Compaoré, il souligne que cette activité lui a permis d’acheter un camion, une parcelle et d’envoyer son géniteur à la Mecque. Pour le propriétaire terrien Maïga, la production de tomate contribue à maintenir les jeunes dans le village,  parce que ses retombées améliorent les conditions de vie des habitants. Cependant, il déplore le fait que les gens viennent de divers horizons acheter la tomate avec l’aide des démarcheurs en fixant leur prix. «Ce sont les démarcheurs qui gâtent le marché dans la mesure où ils discutent avec les acheteurs avant que ces derniers n’arrivent sur le terrain. Tu es là, tu vois ta tomate en train de pourrir, tu n’as d’autre choix que de la brader pour avoir un peu d’argent », conclut-il, l’ai remonté.

Souaibou NOMBRE
Snombre29@yahoo.fr

Zoom sur le barrage de Yakouta

Le barrage de Yakouta sur les berges duquel est produite la tomate a un volume de 26 400 000 m3 de retenue d’eau à sa construction en 2005,  pour une longueur de 21 km et une superficie de 1 700  ha. La surface de terres aménagées et aménageables en amont et en aval est de 100 ha et 200 ha. Une dizaine de villages exploite le barrage pour le maraîchage et l’abreuvage des animaux. Il permet d’alimenter Dori et les environs en eau potable à travers un dispositif de pompage, de traitement et un château que l’ONEA y a réalisé. Il vise également à développer l’agriculture, la sylviculture et le pastoralisme.
Le coût de réalisation du barrage a été de 1,191 milliard de F CFA.                                                                                              

S.N

 Un barrage en danger

Selon M. Dah, pendant chaque campagne de production de tomate, les producteurs font entrer beaucoup de sable dans le cours d’eau. Ils n’ont pas les moyens adéquats pour faire l’irrigation, a-t-il constaté, d’où le non-respect de la zone de servitude qui est de 100 mètres entre la surface exploitée et le cours d’eau. « Ils se retrouvent dans le cours d’eau même et produisent la tomate. Ils remuent le sol et dès qu’il pleut, tout est lessivé et draîné dans le barrage. Ainsi, au fur et à mesure que les années passent, le système d’ensablement ne fait que progresser », alerte l’agent d’agriculture. Quant au directeur provincial de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique du Séno par intérim, Etienne Lompo, il précise : « Une visite sur le site nous a permis de découvrir l’utilisation de produits chimiques dans la production de la tomate ». M. Dah soutient que cette utilisation est abusive avec ces différents produits chimiques. « En plus avec des produits homologués aussi, ils utilisent ceux non homologués qui sont très dangereux. Certains producteurs utilisent sur la tomate,  des produits destinés à traiter le coton », rapporte le technicien. C’est pourquoi, le pharmacien en service au district sanitaire de Dori, Dr Karim Songzabré,  prévient qu’au regard de la toxicité et de la dangerosité des pesticides pour les humains, les animaux et l’environnement, il est important de respecter les dosages et l’usage. 

 S.N.


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