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Sans a priori

10/06/2018
21:32

Sans a priori

Durant l’année 2017, le Burkina Faso a enregistré 68 grèves et sit-in, pour de meilleures conditions de vie des travailleurs, selon les estimations de l’Institut Free Afrik.  Tirant leçons d’une année particulièrement agitée sur le front social, le président du Faso avait fait la proposition d’une approche globale et beaucoup plus équitable de la problématique des salaires et autres avantages de la Fonction publique. « Il est évident aujourd’hui qu’en matière de satisfaction des revendications salariales, il n’est plus possible de continuer à imaginer des solutions au cas par cas, en dehors d’une approche d’ensemble, à l’échelle de la Fonction publique», avait-il déclaré le 29 décembre 2017. C’est finalement  demain mardi que s’ouvre la conférence nationale sur les systèmes de rémunérations des agents de l’Etat, en concertation avec les partenaires sociaux et les autres composantes de la Nation. D’emblée, cette réforme annoncée est source d’espoirs pour ceux  qui désespéraient de voir le service de la nation exploser les charges de fonctionnement de l’Etat, tout en s’éloignant, d’année en année, de sa finalité, c’est-à-dire le service exclusif des usagers. Nul besoin d’insister sur la pertinence de telles assises, car relevant de l’anticipation des difficultés éventuelles avant que la fièvre des revendications sociales ne fasse sauter la cocotte-minute.  A ceux que les chiffres ne rebutent pas, il faut rappeler que depuis 2016, l’incidence des mesures de revalorisations salariales et indemnitaires est évaluée à 181,421 milliards de F CFA au moins. Selon des projections de sources gouvernementales somme toute pessimistes, elles impacteront les rubriques  dépenses de personnel des budgets 2018, 2019 et 2020 respectivement de 91,594 milliards de FCFA, 103,294 milliards de FCFA et 100,822 milliards de FCFA au moins. Avec de telles augmentations, le pays court un risque d’insoutenabilité de la masse salariale qui caracolera à 1 000 milliards en 2020. La situation est suffisamment grave pour qu’on ne l’ausculte pas au fond.  Il est bel et bien temps d’esquisser des solutions  les plus innovantes pour y remédier. Voulue comme la plus inclusive possible, la concertation suscite pourtant quelques réserves, voire des craintes de certaines composantes des partenaires sociaux. Sur les six centrales syndicales du Burkina Faso, cinq ont effectivement transmis leurs propositions au gouvernement, et une centrale, en l’occurrence la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) s’est, jusque-là, réservée. Pour adéquat qu’il soit, au regard de la diversité et des spécificités des questions qui seront abordées, le format de la rencontre  (gouvernement, forces vives de la nation et organisations syndicales) ne lui semble pas convenir. Pour la CGT-B, l’examen des rémunérations  devait exclusivement être une affaire d’employeurs (Etat) et d’employés.
Cette vision est assez simplificatrice, car les travaux préparatoires de la commission thématique embrassent bien plus que le sujet des rémunérations. L’on ne saurait surtout empêcher une  contribution au débat sur ce qui a toujours alimenté les plateformes revendicatives minimales (Statuts particuliers ou autonomes, le principe «à diplôme égal, salaire égal, des fonds communs...). L’autre détail de nature à rassurer plus d’un sceptique est que la  réforme amorcée concerne aussi bien les travailleurs du publics que le Président du Faso, les autres présidents d’institutions, les membres du gouvernement, les enseignants-chercheurs, les agents des projets et programmes de développement, les députés, les militaires et les gendarmes ainsi que les agents régis par des statuts autonomes… Il convient donc d’aborder cette question éminemment sociale de la rémunération sans a priori. Avec à l’esprit qu’on ne pourra pas continuer à demander le miracle au Burkina Faso au moment où des pays pétroliers connaissent des difficultés à boucler leurs fins de mois, qu’il faut absolument passer par cette évaluation globale pour voir s'il faut continuer avec le système actuel, le corriger, le réorienter, le réformer afin de préserver les travailleurs des affres des retards ou des arriérés de paiement de salaires. Rien que pour cela, souhaitons à l’unisson que cette énième réforme puisse avoir meilleure fortune que les précédentes. En effet, une nouvelle grille indemnitaire des agents publics a été mise en œuvre en 2014, la loi 081 portant Statut général de la Fonction publique est entrée en application en 2016 de façon consensuelle sans pour autant réussir à calmer le front social.  La réforme du système des rémunérations des agents publics sera-t-elle la bonne ? En tout cas, elle aura le mérite d’oser inventer un avenir radieux pour le Burkina Faso afin que personne ne reste sur le bas-côté de la route, selon le vœu, sans cesse, répété du Président du Faso.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr



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