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Fonctionnaires en milieu rural : entre débrouillardise et devoir de service public

07/08/2018
20:40

Les  conditions de travail des agents de l’Etat en milieu rural laissent à désirer. Sous équipement, bâtiments désuets, absence de bureaux, accès difficile à des logements décents sont entre autres réalités  vécues par ces serviteurs.  Sidwaya est allé à leur contact,  courant juin 2018, dans les régions des Hauts-Bassins et des Cascades.   

Située à une trentaine de kilomètres de Orodara, chef-lieu de la province du Kénédougou (région des Hauts-Bassins), la bourgade de Kangala en cette période d’hivernage est quasi déserte. Les travaux champêtres battent leur plein. Pendant ce temps, des ouvriers d’une entreprise s’affairent à l’entretien de la route dégradée qui mène à Kangala. Dès l’entrée du village, le visiteur ne tarde pas à apercevoir, une zone boisée abritant les bâtiments de la préfecture. Là, assise sur un banc, une dame, visiblement captivée par un ordinateur portable posé sur les jambes, nous accueille. Cette femme, qui s’avère être un agent d’agriculture, est sans bureau fixe. Elle nous indique le bureau du préfet dont la porte d’entrée donne directement sur un couloir. Aucune secrétaire pour nous diriger. Nous voilà  dans le bureau du préfet. A l’intérieur, nos yeux se rivent aussitôt sur le plafond. Les contreplaqués sont en lambeaux et laissent entrevoir les tôles et tous les chevrons qui les maintiennent. « Il y a des chauvesouris dans le plafond. Souvent des abeilles viennent loger ici, au-dessus de ma tête », lâche le préfet Ousmane Traoré. Outre le plafond, les murs sont parsemés de traces de ruissellement d’eau. « Quand il pleut, nous sommes obligés de nous tenir debout. L’eau suinte de partout », confie-t-il, tout en montrant du doigt, les différentes fissures de la toiture. Tous les bureaux de la préfecture présentent le même aspect : plafonds en lambeaux ou noircis par les eaux, murs défraichis, bâtiment délabré. Aucun ventilateur encore moins de climatiseur ne conditionne l’air dans les lieux, la ville n’étant pas encore reliée au réseau électrique. « Le bâtiment construit en 1996  n’a pas connu de retouches depuis lors et se trouve aujourd’hui dans un état de délabrement avancé », signifie le représentant de l’Etat. Sa résidence, située à quelques mètres de là,  ne présente non plus, meilleur visage. Elle se trouve elle aussi, dans un piteux état, à telle enseigne que son occupant a dû l’abandonner pour louer une maison en ville. Les bureaux et la résidence ne sont pas d’ailleurs clôturés, exposant les travailleurs à de nombreux risques. « Nous recevons constamment la visite des serpents, des abeilles et des chauvesouris », ajoute le préfet.

Quand les ustensiles de cuisine et le matériel de bureau se cotoient

Les préfectures de Samorogouan toujours dans le Kénédougou, de Oueleni ou de Dakoro dans la Léraba, région des Cascades, se trouvent dans la même situation lamentable. Le préfet de Samorogouan, Éric Sawadogo dit « Moussa », a au moins sa résidence clôturée. A Dakoro, un village situé à une vingtaine de kilomètres de la frontière ivoirienne, la commune a « eu pitié » de son préfet et a réhabilité sa résidence en attendant son bureau qui, comme ceux de ses homologues de Kangala ou de Samorogouan, est totalement délabré. « Ce matin même (NDLR, 21 juin 2018), j’ai tué une chauvesouris dans mon bureau », relate le préfet Saidou Moustapha Ouédraogo, l’air désemparé. Obligation de réserve oblige, certaines autorités administratives ne se sont pas beaucoup étalées sur les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Mais selon certaines sources introduites, les préfectures visitées ne disposent pas de budget et dépendent des hauts- commissariats.  Et ce sont 10 millions de francs CFA qui sont mis par an à la disposition de ces entités pour s’occuper des départements sous leur coupe. Ainsi, dans le Kénédougou, par exemple, ce sont 13 préfectures et le haut-commissariat y compris, qui se partagent les 10 millions FCFA.  Soit près de 750 000 FCFA comme budget de fonctionnement par structure et par an. Outre les problèmes d’infrastructures et de matériel de travail, les représentants de l’Etat dans les zones reculées font face à d’autres soucis : insécurité, manque de personnel de résidence ou sollicitations sociales diverses. Il nous est même revenu, qu’un haut-commissaire fait lui-même sa cuisine, parce que sa famille n’étant pas sur place, obligation lui étant faite de ne pas se restaurer en ville. Les services techniques ne sont pas non plus mieux logés. Si les domaines transférés aux communes,  telles la santé et l’éducation,  sont plus ou moins bien loties, ce n’est pas le cas pour les services de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement auxquels nous nous sommes intéressés.  A Kangala, les agents de l’Agriculture et de l’Environnement partagent le même bureau à la préfecture, « l’hôtel administratif » en quelque sorte. Ce local n’est pas aussi présentable. Les murs et les plafonds sont vétustes.  « Nous n’avons pas de bureau, nous sommes obligés de travailler ici », nous lance Salimata Soré, l’agent d’agriculture. Son collègue de bureau et agent des Eaux et Forêts, Moussa Sampedgo, ajoute : « Quand il pleut, chacun se cherche ». Si à Kangala, les forestiers n’ont pas de bâtiment propre à eux, ceux de Samorogouan travaillent dans un local privé qui sert d’ailleurs de logement à l’un d’eux. Le bailleur, nous a confié un agent trouvé sur place le 6 juin 2018, leur a donné un délai de trois mois pour libérer les locaux. A Dakoro, les agents forestiers ont eux-mêmes réhabilité la maisonnette qui leur sert de bureau. Malgré les retouches, les ustensiles de cuisine et le matériel de bureau se disputent le petit espace de l’intérieur, qui  sert aussi de dortoir. 

Des logements qui servent de bureau

A Kangala, c’est le logement qui sert de bureau à l’agent de l’Elevage. Le matériel de travail et  les jouets des enfants se trouvent dans le même  salon. « Nous n’avons pas d’infrastructures. Nous sommes en location et le bâtiment nous sert en même temps de bureau»,  relate Rasmané Tingré, le chef de zone d’appui technique d’élevage. Outre le manque de logements, l’agent vétérinaire dit ne pas disposer d’ordinateur et d’imprimante. « Nous sollicitons les services privés pour produire nos rapports et à nos frais », se lamente M. Tingré. En plus d’apporter un service d’appui-conseil aux éleveurs, le chef de zone est chargé de collecter les ressources. « Nous collectons les ressources halieutiques. Chaque mois, nous allons à Orodrara faire des versements chez un régisseur à la direction provinciale. Nous faisons toutes ces courses à nos frais et avec tous les risques que cela comporte et n’avons aucune ristourne », précise-t-il. Son collègue de l’Environnement, Moussa Sampedgo, embouche la même trompette, en ajoutant que lorsqu’il y a des manquants, ils sont sommés par courrier de  les rembourser.

 Bonne collaboration entre agents publics

A Kangala, Samorogouan ou à Dakoro, les différents services étatiques manquent presque de tout : bureaux, matériels roulant et informatique, fournitures de bureau, et carburant. A Dakoro, les agents de l’Agriculture ont même abandonné leurs bâtiments et préfèrent travailler à domicile. Malgré les conditions difficiles de travail, les commis de l’Etat affectés dans ces  zones, disent exécuter leurs tâches avec « dévouement et patriotisme ». « Les conditions sont certes, difficiles mais nous essayons néanmoins de donner le meilleur de nous-mêmes », laisse entendre Salimata Soré. Ces conditions difficiles n’entachent pas pour autant, la bonne ambiance qui règne entre travailleurs du public, à en croire le préfet Ousmane Traoré. « Nous travaillons dans la symbiose et la bonne collaboration. En cas de besoin, nous nous concertons pour traiter certains dossiers. A ce niveau, il y a une bonne collaboration entre les agents publics de l’Etat ». Selon le haut-commissaire du Kénédougou, Abdallah Sangaré, des mesures sont en cours pour résoudre ces différentes difficultés à travers le plan d’actions du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Il a laissé entendre que le département  a mis à la disposition des services techniques déconcentrés, du matériel de bureau.  Toutefois,  il croit savoir, au regard de la multitude de problèmes,  que « le ministère à lui seul ne peut résoudre toutes ces difficultés ». Le département de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale en est conscient des conditions de travail difficiles des fonctionnaires,  si on se fie à son directeur régional des Cascades, Toumani Diawara. Il soutient que les plus hautes autorités ont pris des mesures pour améliorer les conditions de travail des agents de la fonction publique. « Mais compte tenu de la situation économique, il n’est pas simple de satisfaire tout le monde tout de suite. C’est au fur et  à mesure que ces préoccupations seront résolues », souligne M. Diawara. Son collègue des Hauts-Bassins, Hamidou Ouédraogo, ajoute que sous l’égide du Secrétariat permanent de la Modernisation de l’administration et de la bonne gouvernance (SP/MABG), un conseil régional de déconcentration a été mis en place, dans le but de faire la situation des besoins des structures déconcentrées.
Des recommandations ont été formulées et transmises au Conseil national de déconcentration,  afin que des solutions soient trouvées, selon M. Ouédraogo. En attendant, les agents publics font des pieds et des mains pour faire fonctionner l’administration publique, loin des grands centres  urbains où les conditions de travail sont aussi plus ou moins  meilleures. 

Adaman DRABO
adamanbia@yahoo.fr






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