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Le bonheur du malheur

31/08/2018
00:31

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Le prochain que vous élevez au rang d’humain n’est qu’un loup déguisé au pelage noir. On dit souvent que le commerce est un jeu d’enjeux ou le bénéfice est le maître-mot. Mais quand la recherche de la plus-value frise le superflu au point d’être indue, il y a de quoi être déçu de l’intégrité moulue. Il a suffi que des chauffeurs débrayent quelques jours pour que des chasseurs de prime mènent la battue des vautours. Il a fallu que des routiers soient en colère pour que de vils larrons heureux jouent le baron sans macaron. Pour un litre d’essence vendu d’ordinaire à 650 francs, des Burkinabè l’ont vendu à d’autres à 1000 francs ; 1500 francs ; 2000 francs, voire 3000 francs CFA. Bravo pour le sens des affaires au goût d’enfer ! Malheureusement le sens mercantiliste a pris le pas sur celui du bon sens et de la mesure. On peut béatement comprendre une augmentation même de 100% ; mais quand la hausse dépasse l’entendement, on peut parler d’extorsion. Avait-on vraiment besoin d’user de la situation jusqu’à ce point ? C’est vrai, il n’y a pas de limite tangible dans la spéculation, mais on peut humainement avoir un seuil de tolérance. Si avec cette grève, on a acheté le carburant cinq fois plus cher, il faut craindre qu’il y ait des mutants parmi nous. Ils se sont frotté les mains et souhaité la prochaine crise ! Ce fut la campagne des rapaces, des véreux ! En cas de sècheresse totale, certains vendront la goutte d’eau de leur puits à 1000 francs ; en cas de catastrophe quelconque, ils vous dépouilleront avant de vous secourir juste pour être sûr que vous n’avez rien dans les poches. Déjà à Ouagadougou, on vole l’accidenté inconscient qui se cherche ; on vole le malade souffrant sur son grabat ; on vole dans les églises et les mosquées. Pourquoi donc s’étonner qu’un homme vous vende un litre d’essence à 3000 francs CFA ? Le malheur des uns fait le bonheur des autres, malheureusement le cupide profane ne sait pas que la vie est un boomerang. Nos actes et nos pensées ont des échos ; nos intentions bonnes ou mauvaises ont pour destination finale nous-mêmes ! Très souvent, le bien ou le mal que l’on fait retombe sur notre descendance, parfois de génération en génération. Mais personne n’est obligé d’y croire, c’est une loi de l’univers. Nous exagérons peut-être un peu, mais lorsque vous voyez le steeple-chase des revendeurs de carburant lors de cette grève, il y a de quoi s’inquiéter. Mais n’y a-t-il pas pire ? Le mois de carême est dit mois de pénitence et d’absolution, mais c’est au cours de ce même mois que les prix des produits de grande consommation grimpent. C’est à Noël que l’on vous coupe jusqu’à la moelle. C’est pendant « la fête du mouton » que le jeune bélier de 40 mille francs est vendu à 120 mille francs CFA, voire plus ; même le sucre de la rupture du jeûne devient amer par son prix. Il y en a même qui bloquent expressément l’écoulement d’un produit donné pour créer la rupture, enfler le besoin et augmenter indûment le prix. Peut-on avoir la foi et multiplier un prix autant de fois, sans laisser le choix au client en émoi ? Peut-on spéculer au-delà du raisonnable au risque de vendre à une victime doublement éprouvée ? Quelle est la marge de tolérance entre le possible et le répréhensible ? Il paraît que seule la conscience peut répondre, mais qu’est-ce qu’une conscience sans repentance ? Nous sommes à la croisée des chemins, sans boussole ni repère. Mais droit dans les yeux, quelques questions méritent d’être posées : quel peut être le rôle de l’autorité face à la surenchère dans une crise du genre ? Peut-on vendre un litre d’essence à 3000 francs CFA au lieu de 650 francs dans un Etat de droit ? Peut-on, au nom d’intérêts corporatistes étouffer tout un pays en proie à l’insécurité et pendant trois jours, au nom de querelles de clocher ? Ce pamphlet n’a peut-être aucun mérite d’être écrit. Il ne sera peut-être qu’un autre coup d’épée dans l’eau. Mais il suffit de gonfler les faits et d’imaginer le pire pour se rendre compte qu’il tire la sonnette d’alarme de chaque âme que nous sommes. Mais de quoi je me mêle quand ils sont capables de profaner la tombe de l’autre pour extraire l’os qui fait prospérer à vie ? Pourquoi je me trémousse tant quand ils sont capables de troquer leur propre fils, leur femme ou leur mère pour toucher le ciel ? Au finish, cette chronique n’aurait même pas dû être écrite, puisqu’elle ne vaut même le prix d’un litre d’essence frelaté. En vérité, elle n’est pas à vendre ni en vente, elle est à prendre pour comprendre et sans rien rendre en retour. Nous avons beaucoup à faire et à refaire pour ce pays où l’intégrité flirte avec la cupidité dans le lit de l’indifférence coupable. 


Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr





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