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Barrage «Kanazoé» à Ouahigouya : L’eau menace les riverains

12/09/2018
01:16

Construit en 1976 pour pallier les problèmes d’eau de Ouahigouya et développer la culture maraîchère, le barrage dit «Kanazoé», sis à la périphérie ouest de la ville, ne fait plus que des heureux. Sa proximité avec les habitats du secteur n°13 crée d’énormes soucis à certains résidents. Arrêt sur un quartier inondable dont la population ressent toujours des palpitations cardiaques à la moindre formation de nuages.

«Si vous habitez le secteur n°13 de Ouahigouya, à côté du barrage  Kanazoé, il faudra vous procurer une pirogue car, vous en aurez besoin en saison des pluies». Cette plaisanterie de mauvais goût des habitants du quartier traduit bien le calvaire qu’ils vivent chaque hivernage et ce, pendant des années dans cette partie de la cité de Naaba Kango. Au-delà de cette blague en guise de résignation, Assétou Ouédraogo ne cache pas son indignation : «Si j’étais en location, j’allais quitter immédiatement la zone». Mais son sort semble être scellé puisqu’elle est établie sur sa propre parcelle. En effet, une grande retenue d’eau, communément appelée barrage  Kanazoé , est érigée à la lisière de la ville, dans sa partie occidentale. L’ouvrage construit, selon la Directrice régionale (DR) de l’eau et de l’assainissement du Nord, Ruth Toé, courant 1976, côtoie une partie du secteur n°13, à quelques mètres seulement des habitations. Seule sa digue, bordée d’un canal, le sépare des habitats. Cette bande de terre, un peu surélevée, crée une sorte de seconde retenue d’eau du côté des logements. Le canal, censé assurer l’évacuation des eaux et éviter toute stagnation, est rarement curé. Il est obstrué par toutes sortes de déchets solides et des herbes par endroits. La conséquence, ce sont les inondations à répétition dans la zone à la moindre goutte de pluie. Dès lors, une forme de promiscuité s’installe. D’ailleurs, les habitants gardent toujours fraîchement en mémoire le sinistre de 2015 qui les a traumatisés. Cette année-là, se rappelle le pasteur Yacouba Ouédraogo, l’un des sinistrés, l’eau est montée à près d’un mètre du sol. Une situation qui a provoqué l’écroulement de beaucoup de maisons, surtout celles construites en matériaux non définitifs. Aux dires de nombre de résidents, si l’inondation a eu de l’ampleur, c’est parce qu’il manque également de caniveaux dans la zone. 


Un marécage en ville


Au constat, pas le moindre caniveau en bordure des ruelles. Et pourtant, le terrain est devenu marécageux du fait de la présence du barrage. Le seul ouvrage d’évacuation des eaux dans les environs qu’est le canal a été aussi construit par un coup de chance. Selon les explications du délégué du quartier, Ousmane Ouédraogo, qui précise avoir participé aux travaux de construction du barrage, la réalisation du canal n’était pas inscrite au programme des patrons du chantier. «Quand on construisait le barrage, j’avais attiré l’attention des responsables du chantier en leur disant que s’ils ne creusent pas un canal qui va longer la digue, le deuxième barrage, ce sera nos maisons. Ils m’ont dit qu’il n’y aura pas de problème. Lorsque la première pluie est tombée, l’eau a stagné et leurs engins ont commencé à s’embourber. C’est la raison pour laquelle, ils ont creusé le canal», indique-t-il. Dès lors, les problèmes d’inondation se sont plus ou moins résolus jusqu’à ce que des riverains, par leur comportement incivique, bouchent le canal avec des déchets de tous genres. «Le problème vient de certains voisins. Ils déversent des ordures dans le canal et l’eau ne peut pas passer. Je les ai interpellés à maintes reprises en vain», déplore celui qui dit être installé dans la zone depuis 1960. Le délégué informe par ailleurs que toutes les maisons de sa cour ont été reconstruites ; les premières s’étant toutes écroulées à la suite des inondations. Toutefois, M. Ouédraogo semble ne pas être au bout de ses peines. Car, avec l’obstruction du canal, son arrière-cour est toujours envahie par des eaux en hivernage. Ceux qui n’ont pas pu supporter le calvaire annuel ont dû déguerpir des lieux pour d’autres destinations. Certains n’ont même pas eu le courage de s’y établir, laissant ainsi leurs parcelles à la merci des eaux et des herbes. En témoigne le nombre élevé de lots non mis en valeur et d’habitats abandonnés dans la zone. Ces espaces sont devenus des lieux privilégiés pour cultiver des céréales et faire paître les animaux. Une situation qui n’est pas sans conséquences sur la sécurité et la santé des riverains. Le « lac » créé par les eaux stagnantes aux pieds des maisons est devenu un lieu par excellence d’éclosion des moustiques. Excédés, beaucoup ne savent plus où donner de la tête. Ils ont l’air d’être abandonnés à leur triste sort. «A vrai dire, c’est le calvaire que nous vivons à chaque saison des pluies. Lorsqu’il pleut, on patauge dans l’eau pour rejoindre les concessions», témoigne, impuissante, Assétou Ouédraogo. Elle renchérit en précisant que si après une pluie elle est toujours hors de sa concession, il faut qu’elle s’assure d’abord de son accessibilité avant d’y retourner. Dans le cas contraire, il faudra patienter le temps que le niveau de l’eau baisse. Vu l’état du sol qui est humide en permanence, Mme Ouédraogo estime qu’il n’est pas donné à n’importe qui de s’établir dans la zone. «Si tu n’as pas les moyens, tu ne peux pas t’installer ici, parce qu’il faut construire des maisons très solides. Celles en banco ne peuvent même pas tenir une année», précise-t-elle. Jean Savadogo, un septuagénaire vivant depuis 1976 dans le quartier, a dû changer la manière de construire ses logements à la suite de l’effondrement des premiers, en renforçant les soubassements. Malgré tout, il n’est pas à l’abri des inondations. «Ma terrasse est haute mais parfois, l’eau monte et pénètre nos maisons», souligne-t-il avec consternation. Etabli depuis plus de 40 ans sur sa parcelle, M. Savadogo pointe également du doigt l’incivisme qui a contribué à boucher le canal. Sinon, clarifie-t-il, il n’y avait pas d’inondation au moment où le canal n’était pas obstrué. C’est également l’avis du pasteur Yacouba Ouédraogo. Il dit ne pas trop accuser uniquement la présence du barrage. «Nous avons trouvé le barrage ici, parce que nous avons construit notre église en 2000.  Mais à l’époque, il n’y avait pas d’inondation. C’est depuis que le canal est obstrué que les inondations ont commencé», relate-t-il. Oumar Ouédraogo soutient, quant à lui, que le canal est rarement débouché malgré les multiples interpellations des autorités municipales. «Nous signalons nos problèmes à la mairie à travers notre délégué mais ce sont toujours des promesses vaines que nous recevons», déplore-t-il. 


Le souhait d’avoir des caniveaux


Toutefois, en juin 2017, le cri du cœur des résidents a été finalement entendu par les autorités municipales et le conduit d’eau a été débarrassé de ses déchets. Et ceci, grâce au soutien du ministère en charge de l’urbanisme et des bonnes volontés qui ont bien voulu prêter des engins à la commune, renseigne le maire de Ouahigouya, Boureima Basile Ouédraogo. «Avec des machines, nous avons essayé de curer le canal et je pense que le travail qui a été effectué a empêché que l’eau stagne comme les années passées», se réjouit-il. Celui qui dit être de cœur avec les populations affectées révèle que des mesures ont été prises par la mairie pour désormais curer le canal à chaque début de saison pluvieuse. «C’est une décision que la commune a prise et je pense qu’elle sera respectée», rassure l’édile. Un ouf de soulagement pour les habitants qui s’en réjouissent mais pas la fin de leur calvaire. La zone étant marécageuse, ils estiment que le bout du tunnel n’apparaîtra qu’avec la réalisation de caniveaux. «Notre souhait, c’est d’avoir des caniveaux sinon, dire qu’on va nous reloger ailleurs, ce sera compliqué», avance Oumar Ouédraogo. Assétou Ouédraogo embouche la même trompette. Cependant, elle exige l’aménagement des voies, condition sine qua non pour faciliter l’accès à la zone. Des doléances qui ne sont pas une mince affaire pour la commune. «Pour être honnête, nous n’avons pas les moyens suffisants pour accéder rapidement à ces requêtes», répond le bourgmestre. Néanmoins, il dit ne pas baisser les bras. Il compte encore sur l’appui du ministère en charge de l’urbanisme et des personnes de bonnes volontés pour aménager les rues et curer le canal. «Nous allons, pour notre part, nous charger d’apporter le carburant et de payer les ouvriers», clarifie le premier responsable de la ville. Un relogement des riverains sur un autre site n’est pas, pour l’heure, à l’ordre du jour, même si tout le monde s’accorde à reconnaître la légitimité des plaintes des habitants du secteur n°13. 
«Franchement, il y a des endroits où il n’est pas intéressant de construire», atteste le maire, Boureima Basile Ouédraogo. Face à cette situation, le maire et ses administrés sont désemparés. L’autorité communale veut désormais mettre l’accent sur la sensibilisation de la population à changer de matériaux de construction. Et là, la question des moyens se pose de nouveau. Beaucoup disent n’en avoir pas assez pour ériger des bâtiments bien solides, à plus forte raison, chercher un autre endroit. Certains habitants avouent ne plus trop se fier aux promesses des responsables municipaux de trouver une solution définitive à leur situation. «Quand il y a une inondation, les autorités municipales viennent faire le constat et ça s’arrête là»,  regrette Assétou Ouédraogo. Ses propos sont corroborés par ceux du pasteur Yacouba Ouédraogo qui indique que beaucoup de promesses qui leur ont été faites sont restées vaines. Excédé, le délégué du quartier, Ousmane Ouédraogo, finit par lâcher : «A Ouagadougou, quand il y a eu l’inondation (du 1er septembre 2009, ndlr), les sinistrés ont été recensés et relogés ailleurs. Pourquoi pas nous ?». A cette préoccupation, le bourgmestre rappelle que c’est une question de gouvernance et de moyens. Ce dont il peut être sûr, c’est que la prévention sera son leitmotiv tout au long de son mandat. «Je ne le souhaite pas mais si aujourd’hui il y a une inondation  à Ouahigouya, nous serons dans l’obligation de reloger les gens, parce qu’ils n’ont pas demandé à être sinistrés», confesse-t-il. Quid de la proximité du barrage avec les habitats ? Y aurait-il eu une erreur de lotissement ? Le maire n’est pas si sûr. Il doute plutôt de la réalisation d’une étude d’impact du barrage avant son implantation. 


«Il faut libérer le lit du barrage…»


«Normalement, on ne peut pas faire un barrage sans études, sinon l’ouvrage va céder. Les barrages sont des ouvrages complexes et si les études ne sont pas bien faites, on va sentir des défaillances après leur réalisation», se défend la DR de l’eau et de l’assainissement du Nord, Ruth Toé. Elle aussi indexe le lotissement qui semble être mal exécuté, à son avis. «Quand on construit un barrage, on doit délimiter la zone des plus hautes eaux et celle de servitude. Au niveau de la zone de servitude, on ne doit avoir ni d’activités humaines ni d’habitations. Maintenant si les populations se retrouvent dans le lit du barrage, c’est que le lotissement n’a pas respecté ces principes et c’est ce qui crée les problèmes d’inondation», indique Mme Toé. Mais le bourgmestre de Ouahigouya semble épouser l’avis contraire. « Au moment où on construisait le barrage Kanazoé, les maisons étaient déjà là. Ce ne sont pas les riverains qui sont venus trouver le barrage mais plutôt l’inverse », révèle l’autorité communale. Pour cela, elle pense qu’on aurait dû reculer l’ouvrage assez loin de la ville. «Je ne suis pas un technicien du domaine mais je dis qu’on ne peut pas venir construire un barrage à dix mètres des habitations», mentionne l’édile. Il avance, pour preuve, que le lotissement daterait, mais sans trop de conviction, des années 1945 ou 1946 alors que le barrage n’a été construit qu’en 1976, soit plus de 30 ans après. Qu’à cela ne tienne, la technicienne de l’eau opte pour le déguerpissement des riverains pour venir à bout des inondations. « Il faut que les gens libèrent le lit du barrage. Quel que soit ce qu’on fera, si on occupe l’espace de l’eau, elle va toujours nous envahir», prévient la DR. De quoi donner du fil à retordre à la commune qui n’a pourtant pas envisagé de délocaliser, pour le moment, les riverains affectés. Ses moyens ne lui permettent pas une telle entreprise dans de brefs délais, à en croire le bourgmestre. 
En attendant, le maire invite les habitants à adopter des comportements responsables. «Il y a des gens qui sont très inciviques malgré les différentes campagnes de sensibilisation. Je pense qu’avec la communication, nous parviendrons un jour à leur faire adopter de bonnes pratiques», se convainc-t-il. A l’Etat central, il demande de sévir dans la lutte contre l’utilisation des sachets plastiques non biodégradables qui continuent d’inonder les différents marchés. Car, foi de l’édile, ces sachets contribuent pour beaucoup dans l’encombrement des ouvrages d’évacuation des eaux. Mais à quand la fin du calvaire des riverains du barrage ? Mystère et boule de gomme. Comme quoi, cette préoccupation semble dépasser les compétences de la commune.









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18/11/2018 21:20
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