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Mévente à la SN-SOSUCO : Du mercurochrome pour une gangrène sucrée

12/09/2018
01:37

La Société nouvelle-Société sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO) connaît une mévente sans précédent de ses produits. Un phénomène cyclique qui la plonge dans une situation inconfortable. Les importateurs qui se livrent à une concurrence impitoyable ont su développer une politique commerciale très agressive qui empêche la SOSUCO de pénétrer véritablement le marché. Il suffit d’arborer les labyrinthes des circuits d’approvisionnement du pays en sucre pour s’en convaincre. L’avenir de la SN-SOSUCO semble être compromis si des actions d’envergure ne sont pas faites.

Malgré des efforts renouvelés du gouvernement et des partenaires privés, la SN-SOSUCO a renoué avec les méventes de sa production. Des montagnes de paquets de sucre couverts de bâches dans l’enceinte de l’établissement par-ci, des sacs de poudre de sucre entassés dans les entrepôts par-là. Tel est le constat que notre équipe de reportage a pu faire durant le mois de mars 2018 sur le site de l’usine à Bérégadougou dans la région des Cascades. La société sucrière est, sans conteste, dans l’impasse et fonce tout droit dans le mur, faute de débouché pour écouler normalement ses produits. D’une année à l’autre, la crise se répète et la situation de l’entreprise ne cesse de se dégrader. C’est la croix et la bannière pour écouler sa production estimée entre 25 000 à 30 000 tonnes de sucre par an contre une consommation nationale évaluée entre 120 000 et 150 000 tonnes. Le reste étant satisfait par le sucre venant d’ailleurs. Un paradoxe qui s’explique, selon le directeur général, Mouctar Koné, par le phénomène de la fraude et les avantages accordés aux importateurs. Il est revenu sur la fameuse valeur de référence (190 000F) qui permet aux importateurs de dédouaner moins cher et de vendre à bas prix leur marchandise. Une telle politique commerciale, se défend-il, ne peut qu’être dramatique pour l’industrie locale. Le directeur général de GENEDIS Burkina, Saïdou Zanga Sessouma, soutient que tout se résume au coût et à l’accès au sucre local. Jamais il n’a enregistré une mévente du sucre importé. Dans son magasin, une pile de cartons et de sacs de sucre estampillée « SN-SOSUCO » attend preneur. Rares sont les clients qui pointent pour s’en procurer. Jean Marie Soma, commerçant au grand marché de Banfora, connaît cette entreprise comme sa poche. Il se plaint du fait que les commerçants locaux ne disposent pas de moyens conséquents pour acheter directement du sucre à la SN-SOSUCO. Ils s’approvisionnent chez les grossistes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Comme quoi, les quantités à commander ne sont pas à leur portée. En vue de rapprocher le sucre au consommateur, les responsables de la société ont procédé à l’ouverture de magasins dans certains chefs-lieux de région. Mal leur en a pris. « Le consommateur préfère aller là où il peut avoir la boîte d’allumette, le riz, le sel, l’huile et le sucre en un même lieu », raconte le directeur commercial et marketing de la SN-SOSUCO. Il s’insurge contre les dépôts-ventes qu’effectuent certains commerçants, une politique commerciale défavorable à la SOSUCO. Preuve à l’appui, le directeur général, Mouctar Koné, révèle que cette pratique a ruiné sa société.  Ainsi, dit-il, les impayés issus de la vente à crédit ont été évalués à 5 milliards FCFA, toute chose qui ne l’encourage plus à oser. 


Le libéralisme amoche le protectionnisme local


Cette année encore, les responsables de la société se sont vu obliger d’appeler l’Etat à la rescousse. Ce à quoi des rencontres d’échanges ont été initiées de sorte à donner un nouveau souffle à cette entreprise. Autour de la table, les importateurs, les responsables de la SN-SOSUCO et les autorités du ministère du Commerce. Des actions de sauvetage ont été entreprises çà et là, mais la crise paraît structurelle. «Le ministère du Commerce a pris des mesures fortes pour permettre à cette entreprise d’écouler ses produits», déclare Alassane Ouédraogo, directeur du guichet unique et de l’investissement. Au nombre de ces mesures, l’obligation faite aux importateurs d’acheter une certaine quantité de sucre à la SN-SOSUCO avant d’obtenir les autorisations d’importer. «C’est une condition sine qua non», précise Alassane Ouédraogo. Une mesure vivement désapprouvée par la plupart des commerçants. On se rappelle les moments où la SOSUCO faisait la pluie et le beau temps, quand le monopole du sucre avait été attribué à la Société de distribution du sucre (SODISUCRE). Comme un paravent, cette structure créée par l’Etat avait mis la SOSUCO à l’abri des soubresauts du marché. Elle privilégiait notamment la vente du sucre local, quitte à combler par la suite le gap avec le sucre importé. Le cauchemar de la SOSUCO a commencé avec la dissolution de ladite société en 2008 (pour cause de marges exagérées) à la suite des émeutes de la faim, précédée de la libéralisation du secteur sucrier. Cette ouverture du marché va lentement mais sûrement conduire la SOSUCO dans sa situation actuelle. La libéralisation du secteur a aussi favorisé l’éclosion d’un avatar de fraudeurs qui arrivent à passer par les mailles avec du sucre frauduleux. D’où la nécessité d’engager une lutte sans merci contre ce phénomène. A ce niveau, la douane a décidé de durcir le ton à travers des contrôles stricts sur les camions. «Nous avons constaté que depuis quelque temps il y a des saisies, ce qui s’était arrêté il y a très longtemps», se félicite M. Koné. Parmi ces nouvelles mesures figure la taxation des véhicules transportant à la fois plusieurs produits. En revanche, le ministre avait demandé aux responsables de la SOSUCO de revoir le prix du sucre à la baisse. Des sacrifices ont été faits dans ce sens, mais les commerçants trouvent toujours le sucre local plus cher. De 2017 à 2018, ce sont en tout 20 000 FCFA de réduction qui a été opérée sur la tonne de sucre granulé et en morceau. Selon Mouctar Koné, ces efforts sont à saluer à leur juste valeur. «Nous vendions la tonne de sucre à 680 000F en début de campagne puis à 670 000F en 2017, et tout dernièrement avec les négociations avec le ministre nous avons accepté d’enlever encore 10 000F  sur la tonne cette année. Nous avons enlevé au total 20 000 F sur la tonne du sucre en morceaux. Et maintenant pour le sucre granulé, nous étions à 490 000F puis à 475 000F et enfin à 470 000F après les négociations», explique le directeur général, Mouctar Koné. Des efforts censés résoudre un tant soit peu la crise et attirer de nombreux clients. «Réellement, cette année, nous avons fait énormément d’efforts qui ne nous arrangent pas mais nous étions obligé de le faire», confesse M. Koné. Il est aussi révolté contre l’Etat du fait qu’il paie correctement les taxes et les impôts alors que ses concurrents bénéficient des facilités qui leur permettent de vendre leur sucre à un prix bas. La conquête du marché sous régional et international fait partie de la stratégie commerciale de l’entreprise. Chez les pays voisins du Burkina comme le Togo, le Bénin et le Ghana, où le sucre blond est bien prisé, il arrive souvent que la SOSUCO leur envoie ses produits à la suite de petites commandes. Mais de façon générale, constate M. Koné, tous les pays qui nous entourent consomment le sucre blanc. C’est fort de ce constat qu’il a tenté une amère expérience l’année dernière, de produire du sucre blanc uniquement pour le marché national. Cette tentative s’est soldée par un échec cuisant à cause de la dégringolade de son prix au niveau international, et qui compromet la production nationale. «Si on poursuivait à le blanchir, on ne pouvait pas le vendre moins cher comme chez les commerçants et ce sera une perte», reconnaît-il.


10 000 emplois en péril 


En matière de qualité, les responsables de la société sont unanimes à reconnaître que leur sucre n’a rien à envier au sucre importé. De ce point de vue, le DG est fier de ses produits et défie quiconque à prouver le contraire. «Il est de très bonne qualité et naturel puisque le sucre blanc que le consommateur achète est un sucre qui a été artificiellement blanchi avec adjonction de substances chimiques qui lui donne sa couleur blanchâtre», affirme Mouctar Koné. En outre, du point de vue gustatif, il y a la saveur naturelle qui lui donne toute sa spécificité par rapport au sucre importé. Le directeur du guichet unique est du même avis. Pour lui, le sucre local est d’une qualité irréprochable et naturelle. Il encourage les consommateurs à s’en procurer, quitte aux responsables de la société d’œuvrer pour le rendre accessible à tous. Là où le DG et son staff ont à se reprocher, c’est naturellement la qualité des emballages. Les plaintes enregistrées les ont convaincus à améliorer ces emballages. «Maintenant certaines personnes se plaignent de nos emballages, nous sommes obligés de changer», note-t-il. La SN-SOSUCO, c’est aussi un vivier d’emplois pour les jeunes et les femmes. De nos jours, elle embauche plus de 10 000 personnes dont 3000 salariés permanents. Ce qui constitue déjà une bonne chose en matière de lutte contre le chômage. A l’évidence, la mévente du sucre n’est pas sans conséquence sur le fonctionnement même de l’entreprise. L’assèchement des comptes asphyxie la santé déjà exécrable de cette société. Aujourd’hui, la SN-SOSUCO a perdu sa crédibilité auprès de ses partenaires. Fournisseurs et banquiers affichent désormais leur méfiance vis-à-vis de cette entreprise du fait qu’elle n’arrive plus à honorer  ses engagements à temps. « Par jour, nous recevons 15 voire plus, coups de fil de nos fournisseurs attendant leur payement depuis des semaines ou des mois », déplore Mouctar Koné. Parallèlement à cela, elle n’a plus les multiples avantages qui lui étaient accordés dans le cadre de certains contrats. « Par exemple, un fournisseur peut décider de te fournir une pièce et te laisser 60 jours, voire plus, pour payer. Maintenant quand tu n’arrives pas à honorer tes engagements, la prochaine commande, il n’accepte plus te livrer la pièce à l’avance ; il demande à être payé avant de passer à la fabrication», poursuit M. Koné. La SN-SOSUCO, selon ses dires, s’est retrouvé dans ce bourbier. Dans ces conditions, les investissements et autres projets d’envergure y prennent un coup. « Des projets d’extension des champs de canne existent, mais tant que le commercial ne bouge pas, rien ne pourra prospérer », argumente le directeur marketing. Le gouvernement envisage de relancer les industries en difficultés à travers la transformation structurelle de l’économie telle que préconisée dans l’axe 3 du PNDES. «Il faut que nous travaillions tous pour avoir des industries compétitives et c’est dans cet élan que le ministère de l’Industrie s’inscrit. Donc nous avons tous intérêt à accompagner toutes les unités industrielles au niveau national», souligne Alassane Ouédraogo. En attendant, le directeur général de la SN-SOSUCO, Mouctar Koné, exhorte les Burkinabè à activer la fibre patriotique à savoir, consommons ce que nous produisons.



Ouamtinga Michel ILBOUDO
Omichel20@gmail.com






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