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Relance du CDP : La résilience d’un parti, la tolérance d’un peuple

12/09/2018
02:15


Très affecté au lendemain de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a vu la chute brutale de son fondateur, Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) tente tant bien que mal de se remettre en selle. Malgré la traversée du désert qu’ont connue nombre de ses dirigeants, l’ex-parti au pouvoir se positionne de nos jours comme la troisième force politique du Burkina Faso et mobilise des foules à chacune de ses sorties. Une remontée fulgurante qui a fait dire à certains de ses admirateurs que le «CDP is back», nonobstant l’émergence de nouvelles divergences et l’apparition de frustrations internes.
Personne ne vendait cher la peau du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) juste après l’insurrection populaire de 2014 suivie de l’exil forcé de son mentor, Blaise Compaoré, en terre d’Éburnie. Porté sur les fonts baptismaux en 1996 à la suite de la disparition de son ancêtre, l’Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail (ODP/MT), le CDP était un méga parti habitué au pouvoir et raclant presque tout lors des consultations électorales avec son terme fétiche, le «tuk guili». Pendant près de 20 ans ce parti a fait la pluie et le beau temps dans l’échiquier politique national jusqu’au jour où tout a basculé. S’entêtant, nonobstant les contestations tous azimuts, à modifier l’article 37 de la Constitution en vue d’un troisième mandat présidentiel, les responsables du CDP ont été surpris par la tournure des événements des 30 et 31 octobre 2014. En deux jours, la rue a eu raison de leur long règne. Le candidat naturel, Blaise Compaoré, ainsi que plusieurs cadres du parti prennent la poudre d’escampette. Le CDP s’enlise et les militants désemparés se murent dans le silence. Mais la descente aux enfers ne va pas s’arrêter de sitôt. Le pouvoir de la Transition mis en place en 2015 ne fera pas de cadeaux au parti de l’épi et de la daba et à ses alliés. Accusés de corruption ou de malversations, plusieurs responsables « Cdpistes » avaient été arrêtés au début du régime de Transition.  En outre, certains ont vu leurs candidatures aux élections législatives et à la présidentielle rejetées après une réforme du code électoral par la transition. Le putsch de septembre 2015 conduit par le Gal Gilbert Diendéré et le Régiment de Sécurité présidentielle (RSP) est venu davantage enfoncer le clou. Les putschistes ont tenté de justifier leur coup de force par leur ferme volonté d’empêcher cette mesure d’exclusion aux différentes élections. Très vite, l’ex- parti au pouvoir a été suspecté d’être de connivence avec les déstabilisateurs du régime transitionnel. « Sous prétexte que ce coup d’État nous était favorable, certains en ont profité pour dire que nous l’avions préparé, alors qu’aucun de nos membres n’était impliqué », se défend Achille Tapsoba, vice-président du CDP dans les colonnes de Jeune Afrique. Gel des avoirs du parti, arrestations de ses nouveaux dirigeants dont Eddie Komboïgo, le président et Léonce Koné, l’un des vice-présidents, sont d’autres coups durs qui ont frappé l’ex-formation majoritaire. Beaucoup de ses cadres y voient des manœuvres d’intimidations dirigées contre leur parti. Ce dernier est au bord de la décadence.


Une volonté de se relever


Privé de candidat à la présidentielle, le CDP arrive néanmoins à déjouer les pronostics en obtenant 18 députés à l’issue des élections législatives du 29 novembre 2015. Il devient ainsi la troisième force politique du pays après le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré, 55 députés et l’Union pour le progrès et le changement (UPC) de Zéphirin Diabré, 33 députés. Une surprise pour beaucoup d’observateurs de la scène politique puisque personne n’aurait parié un tel score pour un parti qui était voué aux gémonies. Les responsables du parti, eux, ne s’avouent pas vaincus. La présidentielle de 2020 est déjà dans le viseur. Une commission ad hoc présidée par Léonce Koné est mise en place courant fin mars 2017 en vue de la réorganisation et de la relance du parti. Même hors du pays, le fondateur Blaise Compaoré a toujours son mot à dire dans la gestion du CDP, puisque consulté en permanence par ses dauphins pour les prises de décisions. Revenu à la tête du parti, Eddie Komboïgo ou «l’enfant prodige» comme on le surnomme a effectué des tournées régionales qui ont connu de francs succès en termes de mobilisation. Des tournées qui visent, selon lui et ses camarades à galvaniser les troupes pour les positionner en ordre de batailles démocratiques. « Après l’insurrection, nous avons eu des militants qui ont été emprisonnés (…) Aussi, il y a un bon nombre de nos camarades à qui on a fait croire que le CDP était mort et qu’il était normal de le quitter pour rejoindre d’autres partis. C’est ce qui nous a conduit dans les campagnes et les communes pour remettre en place les délégués et nous voilà maintenant dans les provinces pour mettre en place les sous-sections», a confié le président Komboïgo lors de sa sortie à Ziniaré, fief de l’ancien président, Blaise Compaoré, et repris par le médias en ligne Kaceto.net. Ainsi, les nouveaux dirigeants du CDP espèrent reconquérir le pouvoir d’Etat afin, disent-ils, résoudre de manière efficace et durable les problèmes cruciaux des populations.
Toutefois, des querelles de leadership au sein de la nouvelle classe dirigeante semblent plomber les ambitions affichées du parti à revenir aux affaires. Le retour de Eddie Komboïgo à la présidence du parti n’a pas toujours fait l’unanimité au sein de ses camarades. Mais pour préserver l’unité et la cohésion du parti, le Bureau politique national a tranché la question et la tempête serait passée. « Quoi qu’il en soit, cet épisode est clos, grâce à la sagesse et à la mansuétude du Bureau politique qui a préféré éviter une crise au parti, en regardant vers l’avenir », indique, Léonce Koné lors d’une interview accordée au journal «Le Pays». Malgré tout, le président de la commission ad hoc n’a pas trouvé nécessaire d’accompagner Eddie Komboïgo dans ses tournées régionales. A ce sujet, il s’explique toujours dans les colonnes de «Le Pays» : « Je ne vois pas trop l’utilité de m’associer à cette forme de célébration du retour du ‘‘fils prodige’’. Surtout quand celui-ci, d’après ce qui m’a été rapporté, se proclame déjà comme le porte-étendard du CDP pour l’élection présidentielle de 2020. Tout cela est prématuré et est de nature à semer la confusion, à la veille du congrès». C’est dire que des dissensions, il y en a dans l’air. Le 7e congrès ordinaire des 5 et 6 mai 2018 était pressenti pour être celui de tous les dangers. La pléthore de candidatures (13 au total) pour prendre la tête du parti en dit long sur les rivalités internes. Une présumée demande de démission de Léonce Koné du CDP et adressée au président d’honneur, Blaise Compaoré, a circulé sur les réseaux sociaux. Mais surprise. M. Koné qualifie cette information de fausse. Même si l’implosion tant annoncée n’a pas eu lieu lors du 7e congrès, le parti a plus que besoin de resserrer ses rangs si, toutefois, il veut affronter, avec sérénité, les batailles électorales à venir. 


La tolérance d’un peuple


Si le CDP a pu traverser le désert, c’est d’abord grâce à la tolérance légendaire du peuple burkinabè. Car, il faut le dire, dans sa volonté d’aider Blaise Compaoré à demeurer au pouvoir, dans son attitude altière envers la société civile et les partis de l’opposition, le CDP s’est rendu coupable d’un forcing digne d’un mufle. Des propos du genre « on va modifier pian et y a rien!» brandis sur des pancartes lors des contremarches, ont été maintes fois entendus. Et donc, le peuple burkinabè insurgé, dans sa quête d’une nouvelle base pour sa relance après la crise, était fondé à prononcer la disparition de ce parti. Outre les exilés volontés des premières heures de l’insurrection, le peuple aurait pu lancer une chasse aux sorcières qui aurait provoqué une autre vaque d’exilés, obligés cette fois. Au contraire, les Burkinabè n’ont rien exigé de tout cela, laissant d’anciens responsables du CDP, mêmes les plus zélés, se terrer tranquillement chez eux ou renouer avec la vie quotidienne pour les plus sympathiques. Les destructions et les pillages dont certains ont été victimes relèvent bien souvent d’un effet de foule ou tout un moins, d’actes circonscrits au moment où la colère et l’excitation du peuple était à son paroxysme. Mais juste après, les manifestants ont nettoyé les débris provoqués par la bourrasque populaire, laissant place à l’apaisement. La mansuétude du peuple a ainsi facilité le retour du CDP, qui malgré l’embrouillamini né de la claque insurrectionnelle, malgré les ambitions antagonistes internes, s’est illustré en grande forme lors de l’élection couplée de novembre 2015. Le score engrangé à cette occasion laissait déjà entrevoir des possibilités au CDP d’un retour rapide aux affaires, créant ainsi un climat favorable à la cohésion du parti et un optimiste réaliste pour ses membres et ses soutiens. 
Parlant de soutien, le CDP a été accepté par ses adversaires d’hier les plus redoubles. Lors du dernier congrès du CDP, le discours de Zéphirin Diabré, celui-là même qui a mobilisé et formations politiques et société civile contre le pouvoir du CDP, en témoigne. «Les milliers de cœurs enthousiastes qui battent à l’unisson dans cette enceinte majestueuse de la salle du palais des sports de Ouagadougou (…) signalent déjà et de manière éloquente, que le CDP is back et que l’opposition est en marche», a-t-il lancé, au regard de la forte mobilisation des militants. Mais les nouveaux capitaines du bateau battant pavillon CDP pourront-ils taire leurs égos et faire bloc autour d’un candidat consensuel pour la présidentielle à venir? Ce qui est sûr, 2020 n’est plus loin.

Mady KABRE








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18/11/2018 21:20
11/11/2018 20:24
 

 



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