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Procès du putsch "On fait le coup et la déclaration après", Damiss

10/10/2018
20:42

Encore à la barre du Tribunal militaire hier mercredi 10 octobre 2018, le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss a surtout été confronté aux avocats de la partie civile. Ceux-ci ont notamment cherché à savoir le travail journalistique que l’accusé a accompli au camp Naba Koom II dans la nuit du 16 septembre 2015.

Comment établir la frontière entre le journaliste en mission de collecte d’information sur le terrain et le citoyen ordinaire ? Cette préoccupation a beaucoup suscité le débat à l’ouverture du procès du putsch le mercredi 10 octobre 2018, lorsque la partie civile a commencé à interroger l’accusé Ouédraogo Adama dit Damiss. La première question a été de savoir pourquoi l’accusé, seul journaliste, à s’être retrouvé dans «l’épicentre du coup de force» de l’ex-RSP, n’a pas produit d’article sur ce qu’il a vu. «Il y avait pourtant de la matière à écrire un papier. C’est curieux que vous n’en ayez pas produit», a ajouté la partie civile. L’accusé a rétorqué qu’étant en congé, il est allé au camp Naba Koom II sur initiative personnelle, et n’avait aucune obligation de résultat envers sa rédaction. Du reste, a-t-il poursuivi, il n’a pas pu assister à la fin de la médiation conduite par l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo. C’est cette médiation, a dit Damiss, qui était la raison de son déplacement au camp Naba Koom II. «Quel bénéfice professionnel avez-vous alors pu tirer de l’immersion au camp ? Pourquoi n’avez-vous pas respecté le droit constitutionnel du public à l’information par la production d’un article de presse?», a insisté Me Séraphin Somé. Et Damiss de préciser que ce qu’il a vu et entendu, notamment la mise à l’écart du Premier ministre Yacouba Isaac Zida, n’était pas nouveau. Il a aussi argué que c’est seuls le directeur de publication de L’Observateur Paalga, le Conseil supérieur de la communication (CSC) ou encore l’Observatoire burkinabè des médias (OBM) peuvent lui reprocher son refus d’écrire. Mais Me Somé est resté convaincu que le prévenu n’a pas été au camp Naaba Kom II en tant que journaliste, mais plutôt comme acteur politique, d’où le fait qu’il n’a écrit aucun article ou donné aucune information à sa rédaction. La participation à la rédaction de la déclaration du Conseil national pour la démocratie (CND) a été le 2e point sur lequel Adama Ouédraogo a été «cuisiné». A la lecture des dépositions du général Gilbert Diendéré qui dit avoir demandé à Damiss de rédiger le brouillon dudit document, le journaliste a fait savoir que lui et l’officier général  ne se connaissaient pas vraiment. Le putsch étant une affaire de confiance, a-t-il poursuivi, Diendéré ne peut pas me donner une telle mission. «D’ailleurs, le discours n’est pas l’élément capital du coup d’Etat. On fait le coup et la déclaration est faite ultérieurement. Du reste, il y avait au RSP des officiers qui pouvaient bien rédiger la déclaration», a affirmé le confrère.

Un livre à problèmes

Quant à sa présence à la réunion de finalisation de la déclaration dans le bureau du chef de corps du RSP, l’accusé a martelé qu’il n’y était pas et que ses coaccusés (capitaine Oussène Zoumbri, commandant Korogho) qui disent l’y avoir vu ont dû l’apercevoir dans le couloir et penser, dans la confusion qui régnait, qu’il était à la rencontre. «Mais pourquoi, a interrogé Me Prosper Farama, attendre 23h30 pour aller au camp pour un reportage alors que depuis 15h30 vous étiez informé que les autorités de la Transition avaient été arrêtées ?». L’accusé a expliqué que dans l’entre deux temps, il se renseignait par téléphone et qu’il est sorti nuitamment pour couvrir la médiation du Collège de sages dont il a été informé de la tenue par les réseaux sociaux vers 23 heures. Quant à Me Pierre Yanogo, également de la partie civile, il a trouvé curieux que Adama Ouédraogo n’ait pas au moins informé les responsables de sa rédaction de son déplacement au camp. «Comment justifiez-vous que les putschistes, qui détestaient les journalistes et détruisent des médias, vous aient bien accueilli dans ladite enceinte militaire ? Quel travail journalistique y avez-vous accompli ? Quel autre journaliste y était ?», a demandé Me Yanogo. «L’Observateur Paalga qui m’employait et bien d’autres médias n’ont pas été détruits. Je n’ai pas vu de confrères au camp. Pour ce qui est du volet professionnel, je réponds que je ne suis pas poursuivi pour un travail journalistique », a répondu l’accusé. A la suite de la kyrielle de questions de la partie civile, les avocats du prévenu ont volé à son secours pour battre en brèche, un par un, les arguments développés à la charge de Damiss. Me Stéphane Ouédraogo a ainsi relevé les « contradictions » du général Diendéré dans ses différents PV à propos de la participation de Damiss au coup. «Dans le deuxième PV, le général dit que M. Ouédraogo n’était pas informé de l’attentat à la sûreté de l’Etat. Entre déclarations à charge et à décharge faites par la même personne, laquelle choisir ?», s’est-il adressé au juge. Pour lui, le Code de procédure pénale est assez clair en affirmant que le doute profite à l’accusé. Me Ouédraogo a également fait remarquer que le rapport d’écoutes téléphoniques d’une conversation supposée entre son client et le général Djibrill Bassolé n’indique pas qui est l’interlocuteur du général. Pour Me Mamadou Bambara, autre avocat du prévenu, Damiss doit tous ses «problèmes» au livre qu’il a écrit (NDLR : Blaise Compaoré : de l’ascension à la descension). En effet, l’avocat a laissé entendre que son client a dû contacter le général Diendéré dans le cadre de la rédaction de ce livre, ce qui a abouti à toutes les supputations. A tour de rôle, les avocats de la défense ont demandé au juge de n’établir sa conviction que sur la base d’éléments de preuve matériels, et non sur des déclarations contradictoires entre coaccusés. L’interrogatoire de Damiss se poursuit le lundi 15 octobre 2018 à partir de 9h.

Jean Philibert SOME
& Fabé Mamadou Ouattara




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