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Agriculture au Centre-Nord : Faute de terres fermes, ils cultivent sur des collines

08/11/2018
21:26

Les terres cultivables dans le Centre-Nord figurent parmi celles les plus dégradées au Burkina Faso, selon les techniciens de l’agriculture. Cette situation, couplée à la pression foncière, amène des petits producteurs à pratiquer l’agriculture sur des collines culminant à près de 150 mètres. A l’aide des techniques culturales (demi-lunes, cordons pierreux, diguettes, etc.), les cultivateurs produisent diverses céréales, malgré le caractère accidentel du milieu. Reportage !

La cinquantaine bien sonnée, Assèta Sawadogo est une productrice dans la commune rurale de Boussouma dans la région du Centre-Nord. Cette mère de quatre enfants n’avait imaginé qu’après avoir rejoint son mari, elle se retrouverait en train de cultiver sur une colline. Isoler les gros cailloux et désherber du bas vers le haut de la colline à l’aide d’une petite daba, telles ont été les premières tâches auxquelles elle s’est adonnée pour pouvoir disposer d’un champ dès les premiers moments des travaux champêtres. Assèta Sawadogo y cultive du sésame et du sorgho blanc et espère récolter en fin novembre. Dans l’après-midi du mardi 16 octobre 2018, la productrice se trouve presque qu’au sommet de la colline. La rejoindre demande une escalade d’environ 150 mètres dont seuls, les initiés n’éprouvent pas de difficultés pour arriver au sommet. Nous essayons, nous aussi, mais la raideur de la pente est telle que la marche au cours de la montée se fait par moment à « quatre pattes ». Nous y parviendrons finalement tant bien que mal, après quelques dizaines de minutes de marche en se faufilant entre des tiges de sorgho et quelques épines. Dame Sawadogo, assise à même le sol, confie qu’avec l’aide de ses enfants, elle exploite ce champ puisque son mari étant invalide du fait du poids de l’âge. « Je cultivais avec mes parents dans un bas-fond, mais après mon mariage, il y a de cela une trentaine d’années, je cultive en hauteur par manque de terres », précise-t-elle. Son fils, Rasmané Sawadogo, 26 ans, se mêle aux échanges. Il avoue que cultiver sur les collines n’est pas chose facile. « Nous faisons des pieds et des mains sur cette colline», lance-t-il. En effet, en plus de la pénibilité du travail, la famille doit faire face aux reptiles, scorpions, oiseaux et autres singes maraudeurs qui ravagent le champ.

L’entraide communautaire n’existe pas

L’entraide communautaire, d’après le fils de Mme Sawadogo, n’existe pas dans cette contrée où personne ne peut travailler sur des collines. Selon Rasmané Sawadogo, ses parents avaient leurs exploitations agricoles sur cette colline avant sa naissance. Aujourd’hui, c’est sur ses épaules que repose la majeure partie du travail, le chef de famille étant frappé par le poids de l’âge. Le jeune homme espère récolter deux charrettes de sorgho blanc équivalent à quatre sacs de 50 kg. Et ce, grâce, dit-il, aux techniques de conservation et de récupération des sols (demi-lunes, cordons pierreux et diguettes antiérosives) enseignées par les agents d’agriculture et certains organismes comme l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). « Nous avons bénéficié également des semences améliorées de sorgho blanc et de haricot de la part des services d’agriculture», précise-t-il. Assèta Sawadogo ajoute que, courant 2017, elle a bénéficié d’une formation similaire organisée par la FAO au profit des petits producteurs du Centre-Nord.  Sur une autre colline située à quelques mètres du champ de Assèta Sawadogo, se trouve l’exploitation de sorgho blanc du producteur Ousmane Ouédraogo, d’une superficie d’environ quatre hectares. L’accès au sommet de cette colline se fait avec l’aide du propriétaire. Dans ce champ emblavé, on remarque des crevasses sur le long, constituant un passage de l’eau de pluie et des cordons pierreux. La semence améliorée utilisée dans cette exploitation est « Wangaré ». C’est une variété recommandée par les agents techniques d’agriculture selon Ousmane Ouédraogo car explique-t-il, elle pousse rapidement par rapport à la variété locale. Il affirme qu’il cultive sur la colline depuis 1989. Pour lui, l’agriculture sur une élévation est plus harassante que celle sur terre ferme. Ainsi, il fait usage d’une petite houe pour cultiver.
Selon ses prévisions, il compte récolter près de trois tonnes de sorgho blanc et 300 kg de haricot.

Trois tonnes de sorgho blanc


De son avis, l’Etat doit venir en aide aux personnes qui travaillent dans de pareilles conditions. A la question de savoir si les animaux viennent brouter l’herbe dans ces environs, Ousmane Ouédraogo répond par l’affirmative. Dans une autre commune de la région, précisément à Kaya, l’agriculture est pratiquée également sur des collines. C’est le cas au secteur n°4 de la ville où Zénabou Sawadogo et Fati Ouédraogo sont obligées de travailler sur des élévations afin de subvenir aux besoins de leur famille. « Il n’y a plus de terres à cause des opérations de construction. Nous n’avons pas d’autre choix. Je cultive avec mes enfants depuis dix ans », laisse entendre Zénabou Sawadogo. Et Fati Ouédraogo de renchérir qu’il y a des collines réservées aux pâturages. Les cultures sur les collines dans le Sanmatenga remontent selon le septuagénaire ‘’Rapooré Naaba’’ de Boussouma, il y a plusieurs générations. Il soutient que même en cas de mauvaise pluviométrie, les rendements sont satisfaisants. Mais ce dernier rappelle qu’il y a des collines sacrées où il est formellement interdit de pratiquer l’agriculture. Quant au notable à la cour royale de Boussouma, Mahamadi Ouédraogo, il note qu’il possède des collines où il cultive le sorgho blanc et rouge ainsi que l’arachide. « Je peux récolter huit charrettes de sorgho rouge au niveau des collines et à peine quatre charettes dans le bas-fond que j’exploite également », affirme-t-il. Pour le directeur provincial de l’agriculture et des aménagements hydrauliques du Sanmatenga, Kayaba Sidiki Ouédraogo, ce type d’agriculture se pratique sur des formations géologiques favorables à l’agriculture. « Le rendement est plus élevé sur les collines par rapport aux terres basses. Par exemple, si l’on récolte 100 kg sur les terres basses dans des conditions de superficie, de pluviométrie et de fertilisation similaires, l’on récolte 110 kg à 115 kg sur les collines », compare-t-il. La directrice régionale de l’environnement du Centre-Nord, Mariam Douamba, indique que les collines constituent un terroir pour ces habitants qui y cultivent à l’aide de techniques en foresterie et en agroforesterie, à l’image de la Régénérescence naturelle assistée (RNA), pour avoir de bons rendements. De son avis, le changement climatique est loin d’expliquer cette forme d’agriculture. Néanmoins, elle se convainc qu’elle a un impact sur l’environnement et les écosystèmes. Pour elle, les cordons pierreux sur les collines contribuent à améliorer le potentiel de l’environnement, à accroître la production durablement et à éviter le comblement des basses terres et des cours d’eau. Pour l’accompagnement des producteurs qui cultivent sur les collines malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés, le chef d’appui technique de la zone de Boussouma, Alain Nikiéma, recommande aux exploitants de se regrouper pour bénéficier des aides de l’Etat (intrants) et de ses partenaires.

Boukary BONKOUNGOU


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Abdoul Aziz Sawadogo, deuxième adjoint au maire de Kaya : «Les terres sont prises par consensus avec les sociétés immobilières»

« Les collines sont des portions de terres appartenant toujours aux familles. L’extension des lotissements due à la démographie galopante entraîne un accaparement des terres. C’est l’exemple à l’entrée de la ville de Kaya où il y a un lotissement, entraînant les populations à aller cultiver sur ces collines. Si une société ou une ONG veut faire une réalisation, elle est obligée de passer par la commune pour trouver un terrain en accord avec les populations. Souvent il y a un consensus entre les populations et les sociétés immobilières qui occupent les terres (plusieurs ha) obligeant les occupants à aller sur les collines. La mairie ne peut en aucun cas, intervenir, compte tenu de la vision des jeunes qui veulent amasser beaucoup d’argent. Et pourtant, pour les vieux, l’on ne doit pas vendre la terre, on la loue ».

B.B



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11/11/2018 20:24
04/11/2018 21:38
 

 



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