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Tabagisme au Burkina: difficile combat pour le «paquet neutre»

13/04/2015
23:09

La mise en œuvre  du paquet neutre standardisé de cigarettes comportant des messages imagés sera bientôt appliquée au Burkina. Le décret sur le conditionnement des tabacs a été adopté en 2011, et l’arrêté d’application  tant attendu a été signé par le ministère de la Santé et celui en charge du commerce, le 7 avril 2015. Les conflits d’intérêts financiers et sanitaires entre le ministère de la Santé et l’industrie du tabac n’ont pas facilité les choses. Chaque année, en rappel, le tabac tue 600 personnes au Burkina Faso et appauvrit des ménages.

Une bonne nouvelle pour les antitabac ! L’arrêté d’application  introduisant le Paquet neutre  de cigarette standardisé (PNS) a été signé le 7 avril 2015.
Il  permet  de réduire la  consommation du tabac. C’est ce qu’affirment certains spécialistes antitabac notamment, les Drs Mohamed Ould Sidi Mohamed et Narcisse Naré, tous deux médecins burkinabè engagés dans la lutte contre le tabagisme depuis de longues années. 

Le PNS, de quoi s’agit-il ? Toutes les marques de cigarette seront conditionnées dans des paquets ayant tous la même forme, la même taille, la même couleur et la même typographie, sans aucun logo. Le nom de la marque continuera toutefois d'apparaître en petits caractères sur les paquets. Et sur les faces principales de ces paquets, figureront des messages imagés sur les conséquences du tabagisme. En clair, il apparaîtra  sur tous les emballages des produits du tabac, des images choquantes de cancers de poumons, de la gorge, de la bouche, (…) afin de dissuader les jeunes à s’adonner au tabagisme. Pour le Burkina, l’arrêté indique que durant les 12 premiers mois, l’image retenue est le cancer de la bouche. Et chaque année, l’image   changera, la 2e année, l’image évoquera les maladies graves du cœur.  Pour la mise en œuvre pratique, l’article 23 de l’arrêté précise que «l’industrie du tabac est tenue de se conformer aux dispositions du présent arrêté dans un délai maximum d’un an à compter de son entrée en vigueur».
«Le conditionnement neutre vise à réduire l’attrait des produits du tabac et l’intérêt qu’ils suscitent, à accroître la visibilité et l’efficacité des mises en garde sanitaires obligatoires et à réduire la capacité d’induire en erreur les consommateurs sur la nocivité du tabac. C’est pour contrer la publicité mensongère de l’industrie du tabac», indique Dr Mohamed Ould Sidi Mohamed. 


Le directeur de la promotion de la santé du ministère burkinabè de la Santé, Dr Narcisse Naré, renchérit en ces termes : «Le paquet neutre contribue à empêcher une présentation trompeuse des produits du tabac suggérant que certains seraient moins dangereux alors que tout est dégât dans le tabac».
Si la nouvelle est bien accueillie par les acteurs de lutte contre le tabac,  Dr Sidi  Mohamed estime que le temps qu’on donne à l’industrie du tabac pour s’y conformer est trop long.


Réduire l’attrait à la cigarette ! 


«De prime abord, ça peut me faire peur. Ça va me refroidir.  Je vais hésiter avant peut-être de reprendre mon habitude. Cependant, les non-fumeurs ne seront jamais attirés par les paquets de cigarette bizarres», avance un fumeur actif, B. B., qui a bien voulu garder l’anonymat. 
Technicien en informatique, B.B. est un fumeur invétéré, une vraie cheminée. Depuis l’enfance, il a commencé à fumer de temps à autre pour faire comme les autres. De 2001 à aujourd’hui, il fume régulièrement. La moyenne de clopes par jour qu’il estime avec beaucoup d’hésitation est de 15. La marque qu’il fume lui coûte 25 F CFA le bâton, soit 400 F CFA en moyenne dépensés par jour. 
B.B est toujours en train  d’aller voir des appareils des services de sa structure ou  d’aller chez le tablier situé juste à l’entrée principale de son service. Ses yeux rouge vif comme une braise de cigarette  donnent l’impression de quelqu’un qui ne dort  qu’une heure de temps par jour et les autres heures consacrées à ses ordinateurs et à sa cigarette. « Le jour où ça me manque, je ne suis pas à l’aise et je suis  énervé», rétorque- t-il.
Il dit sentir un peu de fatigue le matin. Aussi, il a déjà été chez le dentiste pour un problème de dent et celui-ci l’a conseillé d’arrêter de fumer. Son mal de dent serait lié à la consommation de cigarette. 
«Le paquet neutre est  une très bonne idée. Peut-être, ça va me permettre à moi aussi de cesser de fumer. Car j’espère un jour cesser de fumer», lance-t-il sans conviction. 
En attendant, l’arrêté d’application du PNS est rentré en vigueur  et l’industrie du tabac a encore quelques mois pour s’y conformer.


Que de péripéties !


En rappel, la loi antitabac a été votée en 2010 et le décret, pris le 26 octobre 2011. L’arrêté d’application vient d’être signé, le 7 avril 2015. Trop de temps attendu ! En 2013, quand le gouvernement se préparait à sa mise en œuvre, l’industrie du tabac via la Chambre de commerce des Etats-Unis d’Amérique a crié à la violation de la propriété intellectuelle des propriétaires de marques. Elle l’a fait savoir en adressant une correspondance à l’Etat burkinabè. 
Un extrait de cette lettre datée du 3 décembre 2013 : «Monsieur le Premier ministre, je vous écris au sujet d’une question d’importance pour nos membres sur des questions d’affaires découlant d’une série de décrets de lutte antitabac qui ont été adoptés au Burkina Faso et sont actuellement en train d’être officiellement mis en œuvre. Nous comprenons qu’un de ces décrets est relatif à l’emballage et l’étiquetage des produits du tabac. L’interdiction de l’utilisation de logos, de couleurs et d’images de marque sur les emballages abroge les droits de propriété intellectuelle pour les propriétaires de marques et soulève des préoccupations concernant les engagements de l’accord commercial international existant…».  A l’aide des experts de l’OMS, l’Etat a pu réfuter les arguments  de la Chambre de commerce des Etats-Unis. Mais  la bonne marche vers l’application du paquet neutre standardisé au Burkina Faso est ralentie.
 Selon  Dr Naré, le décret,  dès son adoption en décembre 2011, a connu des péripéties notamment à travers des écrits de l’industrie du tabac qui visaient à dénoncer le non-respect par notre pays des règles du commerce international. «Aujourd’hui, les choses sont rentrées dans l’ordre et bientôt, on disposera des paquets neutres de cigarette standardisés au Burkina», a-t-il déclaré. Cette lenteur dans l’application du décret s’expliquait du fait que l’industrie du tabac a intenté des actions en justice contre les pays ayant adopté le PNS : l’Australie, l’Irlande et la Grande-Bretagne. «Le Burkina Faso avait  pris  l’option d’ajourner l’application du PNS en attendant les conclusions  des procès qui opposent en ce moment l’industrie de tabac à un certain nombre  de pays qui ont adopté le paquet neutre comme l’Australie (premier pays), l’Irlande et la Grande-Bretagne. Nous avions voulu simplement observer la prudence et tirer les leçons pour une mise en œuvre efficace du paquet neutre au Burkina», s’est justifié Dr Naré. 
Le Burkina et le Togo sont pour l’instant les seuls pays africains à avoir adopté des mesures introduisant les PNS dans leur législation nationale. Le Tchad, le Niger, l’Afrique du Sud et Djibouti ont ou s’apprêtent à appliquer des images sur les paquets de cigarette.  Le Canada est le premier pays à introduire des images sur les emballages du tabac. Aussi, le Parlement français vient d’autoriser la mise en œuvre du paquet neutre sur tout le territoire français à partir de mai 2016. Le paquet avec des images n’est pas forcément le PNS parce que certaines écritures de l’industrie du tabac peuvent toujours y figurer.
Après l'Australie, l’Irlande, l'Angleterre, bientôt la France,   le Burkina sera-t-il le premier pays africain sur la liste  à  mettre en œuvre les paquets neutres de cigarette standardisés ? Les activistes comme Dr Sidi attirent dans tous  les cas l’attention du gouvernement burkinabè.  «Avec les menaces des industries du tabac, les gouvernements reculent la plupart du temps, estime Dr Mohamed Ould Sidi Mohamed. Mais je souhaite que le gouvernement  burkinabè continue dans ce sens en  montrant à l’industrie du tabac, qu’il est indépendant et qu’il veut protéger sa population».  Contactée, l’industrie du tabac n’a  malheureusement pas souhaité donner son point de vue sur la question.


Boureima SANGA
bsanga2003@yahoo.fr


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Dr Narcisse Naré : «Tout est dégât dans le tabac»

Sidwaya (S.) : A votre avis, est-ce difficile pour 
l’industrie du tabac  de mettre en œuvre le paquet neutre ?


Narcisse Naré (N.N.) : Pas du tout! Des moyens colossaux sont utilisés par l’industrie du tabac pour le marketing des produits du tabac afin d’enrôler les futures générations. A mon avis, le problème ne doit pas se poser.  Mais  cela n’arrange pas l’industrie du tabac, puisque cela va entraîner sans doute des méventes.


S. : L’Etat burkinabè veut-il réellement réduire la consommation du tabac?


N. N. : Chaque jour, les industries du tabac développent des stratégies novatrices pour saper les politiques et programmes de lutte contre le tabac à travers le monde et recruter de nouveaux consommateurs. Au regard de cette situation, nos autorités multiplient des efforts pour lutter contre ce fléau. En effet, des textes existent mais il faudrait les appliquer et cela demande la détermination de l’ensemble des Burkinabè. La lutte antitabac n’est pas l’apanage seul du gouvernement, ni du ministère de la Santé. 


S. : L’interdiction de fumer dans les lieux publics est timidement  appliquée, il n’ y a pas non plus des structures de sevrage. La lutte n’est–elle pas indulgente ?


N. N. : Il convient d’intensifier davantage l’information sur l’interdiction de fumer dans un certain nombre de lieux définis dans le décret. Des actions d’information sont menées mais demeurent insuffisantes. Dans le cadre de la Journée mondiale sans tabac prévue au mois de mai prochain, nous comptons organiser une semaine de sensibilisation sur la nécessité d’appliquer tous ces textes antitabac.
Des structures spécifiques de sevrage tabagique n’existent pas pour le moment dans notre pays. Pour ceux qui veulent de l’aide pour arrêter de fumer,  ils devraient se référer aux  centres de santé où ils pourront bénéficier d’un conseil minimal pour le sevrage et ils pourront également s’orienter vers les centres de référence pour être pris en charge. 


S. : Le gouvernement, notamment le ministère de la Santé,  n’a-t-il  pas peur  des industries du tabac ?


N. N. : L’Etat, à travers le ministère de la Santé, est dans son rôle régalien de préserver la santé de la population burkinabè. Le tabac tue plus de 6 millions de personnes dans le monde chaque année et chaque 6 secondes, un individu meurt de maladies liées au tabac dans le monde. Au Burkina Faso, selon l’Atlas de l’OMS (2006), environ 600 personnes meurent chaque année de maladies dues au tabac. 
Devant ce tableau sombre, je pense que rien ne doit faire reculer un Etat dans la quête de la santé de sa population surtout jeune. Les intérêts économiques ne doivent en aucun cas primer sur la santé publique.


Propos recueillis par B.S.




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