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Elle abandonne l’école pour être 6è épouse d’un sexagénaire

01/06/2015
22:57

Le mariage forcé et précoce est endémique  dans la province du Sanmatenga. La Direction provinciale de l’Action sociale a enregistré 125 cas en 2014 et une dizaine de cas au premier trimestre de l’année en cours. Pire, le phénomène n’épargne pas les élèves du cycle primaire. Ces chiffres ne sont que la face visible de l’iceberg en ce sens que la pratique, très souvent, est clandestine. L’union forcée entre une promise et son homme est parfois une cause de l’échec scolaire.

Wendata Evelyne Ouédraogo ! Elève en classe de CM2 à l’école primaire de Pissila, à 30 km de Kaya, ne répondra pas présente à l’examen du Certificat d’études primaires, session de 2015, prévu le 9 juin prochain. La cause : elle a été victime de mariage forcé au cours du premier semestre. Agée de 16 ans, elle s’est régulièrement inscrite du CP1 au CM2 dans ladite école. D’un niveau assez bien, selon son directeur, Alexis Ouédraogo, elle a été élue premier ministre du gouvernement scolaire. Elle représentait ainsi les élèves en cas de besoin. Ses absences vers la fin du 2ème trimestre ont poussé le directeur et l’enseignant de la classe de CM2 à «fouiller » pour comprendre. Renseignements pris, leur élève a été donnée en mariage à un chef coutumier de cinq épouses. « Au début, on nous a fait croire  qu’elle pleurait, qu’elle voulait retourner à l’école et on lui en empêchait», explique M. Alexis Ouédraogo. La police, l’action sociale et la justice ont été saisies. Le chef  traditionnel, la fille et ses parents ont été entendus par le procureur de Kaya, Arouna Yoda. Tous les acteurs ont mis les bouchées doubles pour que Wendata puisse au moins passer son examen, mais peine perdue. Le laps de temps que la fille a passé avec le « vieux » a été suffisant pour « laver son cerveau ».
A la grande surprise des enseignants, la fille, accompagnée de ses parents, a dit devant ses maîtres que ce sont ses parents qui l’ont mise à l’école, ce sont les mêmes qui l’ont donnée en mariage. Elle aime bien son mari, elle respecte aussi la parole de ses parents. Elle ne veut pas qu’on l’oblige à revenir à l’école parce qu’elle ne veut plus fréquenter, mais être désormais  à côté de son «amour ». Le chef traditionnel et sa jeune épouse ont bien voulu répondre  aussi à la convocation du procureur. Le langage n’a pas varié. Au palais de Kaya, la fille a coupé court au procès qui se profilait à l’horizon contre le chef traditionnel. Elle a déclaré aimer son désormais mari  sans contrainte quelconque et  qu’elle est consentante à la relation.
« J’ai un pincement au cœur ; les efforts que nous avons fournis pour qu’elle puisse réussir à ses études sont réduits au néant. Nous aurions souhaité qu’elle puisse avoir son certificat et poursuivre ses études au collège. Avec ce cas qui  s’est produit dans notre école, et qui n’a pas été résolu comme il le faut, nous craignons d’éventuels d’autres cas», s’exprime impuissamment M. Ouédraogo. L’école qu’il dirige compte 436 élèves dont 119 filles. Dans la Circonscription d’éducation de base 1 (CEB) de Pissila, il y a 4511 garçons et 3793 filles. Et selon  l’inspecteur, Mamadou Barry, chaque année au moins 5 filles tombent en grossesse non desirée.

Des pratiques occultes

Le phénomène du  mariage précoce et/ ou forcé est culturel dans cette partie du Burkina. La Direction provinciale de l’Action sociale du Sanmatenga a enregistré 125 cas en 2014 et une dizaine de cas au premier trimestre de l’année en cours. Les motivations sont entre autres, la reconnaissance des bienfaits d’autrui et le souci d’éviter que la fille ne pique une grossesse avant de se marier ou ne s’adonne au vagabondage sexuel. 
Pour le chef de service de la promotion de la famille et des services sociaux, Ayouba Tao, quand il reçoit une plainte, il fait la médiation en convoquant la fille et tous ceux qui y sont impliqués. Cette  technique peut durer 2 à 3 mois. Le mariage forcé dans la zone est souvent accompagné de sorcellerie. Les filles qui refusent se voient jeter un mauvais sort. En plus des menaces verbales ou physiques, il y a aussi des pratiques occultes et la fille, par peur de subir le sort, accepte. M. Tao entend fréquemment ces phrases rapportées des victimes : « Si tu ne viens pas chez moi, tu vas mourir ; tel fétiche va te bouffer ». « 60 à 70% des victimes de mariage forcé, indique M. Tao, se préoccupent de comment conjurer le mauvais sort afin de rester en vie ». Dans la médiation, les agents de l’Action sociale demandent à l’homme de lever le sort et de renoncer à son projet.

Ces problèmes de sort et de violences faites aux filles, la sœur Perpétue Ouédraogo  les connaît également. Dans le Foyer de jeune fille sis à la Cathédrale Notre-Dame de Kaya dont elle est la responsable, 50 pensionnaires y séjournent. Les élèves sont au nombre de 13. Chacune a son histoire propre à elle, mais le dénominateur commun reste le mariage forcé ou précoce. Si certaines ont pu accéder facilement au lieu de refuge, d’autres ont développé des stratégies pour échapper à leurs poursuivants. C’est le cas de Zoénabou Sawadogo d’un village de la commune de Barsalgo situé à 60 kilomètres de Kaya. Jeune fille, elle a été donnée en mariage à un homme qu’elle considère comme son grand-père. Elle n’est pas d’accord mais toute la famille y tient. Néanmoins, elle a fait 29 jours avec le sexagénaire avant de s’échapper sans crier gare. Des courses-poursuites se sont engagées. Dans sa fuite à travers  la brousse, elle a pu se cacher sous un arbre. Elle a marché sur une longue distance pour trouver refuge chez les sœurs. Et là, maintes fois, sa famille a tenté de la récupérer. Cela fait trois ans que Mlle Zoénabou est au foyer et a appris à tisser et à tricoter. Elle tente d’oublier ses mauvais souvenirs et de se reconstruire une nouvelle vie loin des siens, puisqu’elle est devenue persona non grata dans son village. Mais son bannissement de la famille n’a pas été prononcé. « Tout juste après ma fuite, on m’a raconté que mon père est allé rencontrer le patriarche de la famille pour l’informer afin qu’il puisse prendre la décision, en fonction des rites, de me bannir. Malheureusement pour lui, il avait trop bu  et était inconscient », raconte-t- elle. Pour le moment, Zoénabou a un fiancé qu’elle a librement choisi et attend impatiemment le mariage.

Au foyer, les filles exercent des métiers tels que le tissage, le tricotage, l’élevage, le jardinage et l’agriculture. Ce qu’elles produisent est utilisé pour les nourrir et les entretenir. Le fruit de leur métier, affirme la sœur Ouédraogo, ne suffit pas pour s’occuper d’elles. Elles sont nombreuses et les moyens disponibles ne couvrent pas toujours les besoins. Le foyer est soutenu par l’Organisation catholique pour le développement et la solidarité (OCADES) et souvent par des actions ponctuelles d’autres structures. Aussi, la sœur reconnaît que les dons se font de plus en plus rares. « L’Eglise est pour la dignité humaine. Nous condamnons le mariage forcé et apportons notre soutien à celles qui en sont victimes. Nous menons la médiation et arrivons à réintégrer certaines filles dans leur commune. D’autres restent chez nous 3 à 4 ans, ou plus », déclare la religieuse.

Pas assez de dénonciation

Le mariage forcé et ou précoce est condamné par la loi. Cheick Ahmed Doussa, adjoint au commissaire central  de police de Kaya, pense que le phénomène est tellement clandestin à telle enseigne qu’on ne peut pas cerner son ampleur. Par an, le commissariat traite au moins 3 à 4 cas avérés de mariage forcé. Ce ne sont pas tous les cas qui arrivent au commissariat ou à la justice. Dans le mois d’avril 2015, les éléments de son collègue du Service régional de la police judiciaire de Kaya, Hamado Tassembédo, sont tombés sur une fille attachée de force qu’on amenait à son présumé mari dans la commune de Korsimoro, à une trentaine de kilomètres de Kaya. Les forces de l’ordre sont intervenues et en collaboration avec la Justice et l’Action sociale, une solution a été trouvée. Le projet de mariage a été abandonné et la fille a regagné sa famille. Un comité d’éveil a même été mis en place pour déjouer toute tentative de récidive. « Les gens ne dénoncent pas, ce qui rend nos actions très difficiles. Les dénonciations (sur le 1010 ou le 17) sont quasi rares, c’est lorsque la fille s’échappe que l’on est mis au courant », soutient le commissaire Doussa. Aussi, l’une des difficultés à leur niveau est souvent le manque de structure d’accueil en attendant de toucher l’Action sociale.

Si la police est saisie, un dossier est monté et envoyé au procureur. Les dispositions du code pénal, concernant les infractions en matière de mariage, explique le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Kaya, Arouna Yoda, prévoient une peine de 6 mois à 2 ans pour quiconque contraint une personne au mariage. La peine est un emprisonnement de 1 à 3 ans si la victime est mineure. Et la peine maximale est appliquée si la fille est une mineure de moins de 13 mois. 
Mais le phénomène est trop complexe et ancré dans les us et coutumes des communautés. Si bien qu’en justice, il y a aussi des limites. Le témoignage de Mme le substitut du procureur, Korotimi Yaméogo, précédemment juge-stagiaire au tribunal de Ouahigouya en dit long. «Le dossier d’un cas de mariage forcé est arrivé en justice. Le jour de l’audience, la fille a dit qu’elle est amoureuse de l’homme. Elle  est consentante à leur relation ». Et Mme Yaméogo de poser la question,  on fait  comment ? Avant de répondre, on ne peut pas aller au-delà quand bien même  on sait que c’est sous la pression.  A la lumière de ce témoignage, souvent, les procès sur le mariage forcé tournent court. Vu la sensibilité du phénomène, le procureur Yoda  estime que la répression n’est pas toujours la solution dans l’intérêt de la victime.


Boureima SANGA
bsanga2003@yahoo.fr

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Victime et chanceuse

Lili Soré avait l’habitude de passer ses vacances chez sa tante à Abidjan. En classe de 6e alors qu’elle avait 16 ans, elle a quitté son Koudougou natal (Burkina Faso) pour se rendre du côté de la lagune Ebrié. Mais c’était mal connaître les intentions de sa tante. Celle-ci avait un projet pour elle : la donner en mariage à l’un des fils de sa coépouse. « Un jour, on préparait pour mon mariage. Ma tante ne m’a jamais parlé du mariage. Une petite de la famille m’a dit qu’on a choisi la date de mon mariage. 
Au début, je ne croyais pas, mais au fil des jours, les choses se précisaient et je constatais que mon présumé mari s’intéressait de plus en plus à moi », raconte-t-elle. Un soir sous la pluie, elle sortit discrètement, direction chez les sœurs de Treichville. Elle connaissait l’endroit parce qu’elle s’y rendait pour vendre  des biscuits et des kleenex. Les religieuses l’ont bien accueillie. Mieux, une des sœurs était originaire de Yako et parlait mooré, la langue maternelle de Lili. Elles l’ont conduite à l’ambassade du Burkina Faso en Côte d’Ivoire où un billet d’avion en classe économique lui a été trouvé. 
Arrivée au Burkina, elle a été récupérée par les sœurs. Après quelques années blanches, elle a repris les études jusqu’en classe de terminale où elle échouera au baccalauréat. Depuis 3 ans,  elle est pensionnaire du foyer de jeunes filles victimes de mariage forcé de Kaya. Les sœurs l’ont inscrite à l’école de santé où elle fait la 2e année. Il lui reste une année pour obtenir son diplôme  d’infirmière diplômée d’Etat. Son rêve est de devenir attaché de santé, option pédiatrie. Mais elle a quand même des inquiétudes. Les ressources se font un peu rares et souvent, elle a des difficultés pour avoir du carburant pour se rendre à l’école. 
Les sœurs lui ont payé une moto et le carburant par semaine leur coûte 2000 FCFA. « La situation est un peu difficile ; les dons se font rares. Les filles sont nombreuses et les sœurs n’ont pas assez de ressources pour s’occuper d’elles toutes. J’ai souvent des soucis pour mon carburant », s’exprime-t-elle.

B.S.

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 La guerre n’a pas eu lieu

Ayouba Tao, chef de service  de la promotion de la famille et des services sociaux spécialisés, se  souvient d’un cas de mariage forcé. Il s’agit d’un mariage forcé d’un sexagénaire habitant une banlieue de Kaya et d’une jeune fille de 17 ans. Le vieux, âgé de 77 ans, est le patriarche de sa famille. Une autre famille lui a donné la jeune fille en mariage. Dans la tradition, la fille est donnée au patriarche pour que lui, à son tour, la  donne à un de ses fils ou simplement à un membre de la famille. Le temps passe et le vieux ne dit rien. Ses fils qui s’impatientaient commencèrent à s’inquiéter. Le silence du vieux ne leur inspirait pas confiance. Finalement, le vieux fut interrogé. Et il dévoila son projet de vouloir marier la fille. Il a surpris non seulement ses enfants et la fille avec qui l’écart d’âge est de 60 ans. 
La fille refusa de se marier à son « grand-père ». Celui-ci lui jeta un mauvais sort. Pour rester en vie, il fallait que la fille accepte sa proposition. Cette dernière se rendit à l’Action sociale, préoccupée par comment conjurer le mauvais sort. Convoqué, le vieux s’est présenté en tenue de guerre avec sa besace en bandoulière. «  Le vieux s’est présenté à nous dans un accoutrement de guerrier. Il était habillé de la tête aux chaussures en peaux d’animaux non tannées», raconte M. Tao.
 Les agents ont tenté de le sensibiliser afin qu’il renonce à son projet. Mais, il est resté campé sur sa position. Et un 2e rendez-vous lui a été donné dans deux semaines. Là, il demanda aux agents ce que les autres hommes avaient de plus que lui. Il ne changea pas d’avis et refusa d’annuler le mauvais sort jeté à la fille. Un 3ème rendez-vous lui a été donné dans deux semaines. A la grande surprise des agents de la direction provinciale de l’Action sociale de Kaya, le vieux est revenu, un jour non ouvrable et avant la date de la convocation. Les bureaux étant fermés, il est allé au domicile d’un agent pour lui signifier qu’il renonçait à son projet et qu’il retirait aussi le mauvais sort. Par conséquent, la fille était libre de choisir un de ses fils comme elle l’avait souhaité. Il a déclaré qu’au début, il croyait que les agents de l’Action sociale voulaient le forcer mais avec les multiples rendez-vous, il a compris qu’ils voulaient lui faire comprendre ce qu’est le monde d’aujourd’hui. Ce cas a été une médiation réussie que M. Tao garde en mémoire.

B.S.

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Une ex- policière du Ghana devenue  défenseuse  des femmes 

On l’appelle Yaaba, la grand-mère ! Aïsséta Sawadogo est son vrai nom que beaucoup ignorent. Agée de 68 ans, elle consacre son temps à la promotion de la femme. Au début, elle initiait des causeries-débats sur les questions de la santé de la reproduction, le mariage forcé, l’hygiène, etc., avec les femmes du secteur n°1 de Kaya. En 2002, elle créa une association dénommée Association féminine Songtaaba de Kaya. Ex-agent de la police ghanéenne, elle dit amener l’idée de ce pays où elle vivait avec sa famille. « Quand je suis arrivée au Burkina, j’ai constaté qu’il y avait trop de violences faites aux femmes. Nos sœurs étaient très renfermées. Alors, j’ai réuni les femmes du quartier et nous avons mis l’association en place », se plaît à expliquer Yaaba. Très connue dans la ville et sa banlieue, les filles et leurs mères la sollicitent pour résoudre les problèmes de mariage forcé. La plupart du temps,  elle réussit sa médiation parce que selon elle, ceux mis en cause n’aiment pas que l’affaire arrive à la police ou en justice. Actuellement, son association est en train de traiter d’un cas de tentative de mariage d’une élève de CM2 de Basneré, un village situé à environ une trentaine de kilomètres de Kaya. Pleine de volonté pour aider ses sœurs, Yaaba est confrontée au problème de moyens, ce qui l’empêche de mener convenablement ses activités. Son dernier financement obtenu avec l’UNICEF fait déjà belle lurette.

B.S.


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20/02/2017 15:05
13/02/2017 00:34
 

 



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