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Cécile Béloum :Une «amazone» de la santé de la mère et de l’enfant

04/01/2016
21:57

Véritable artisan du développement, Cécile Béloum est membre fondatrice et présidente du conseil d’administration de l’association Appui moral, matériel et intellectuel à l’enfant (AMMIE). «Humaniste» bon teint, elle a, depuis plus de deux décennies, fait du bien-être de la famille, son terrain de prédilection. En fin d’année  2015, nous l’avons rencontrée au siège de l’association à Ouahigouya. Portrait d’une femme modèle dans la promotion de la santé de la reproduction.

Née à Napalgé dans le département de Séguénéga  à 55 km de Ouahigouya, Cécile Béloum a fait de la «procréation responsable», son credo. Elle donne tout le sens de l’assertion du philosophe allemand, Georg Wilhelm Friedrich Hegel : «Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion». Mme Beloum  nourrit, en effet, une passion pour le développement, la protection et la survie de  l’enfant. «Nous œuvrons pour la procréation responsable. Nous voulons que chaque enfant qui vient au monde soit  souhaité et attendu par ses parents et non pas par accident ou par surprise», confie-t-elle. Mais d’où vient ce dévouement pour la cause de l’enfant ? Tout débute au Centre de récupération nutritionnelle (CREN) du CHR de Ouahigouya où elle fait ses premiers pas dans le domaine de la santé publique en qualité d'infirmière diplômée d'Etat spécialiste en santé communautaire. Au cours de cette aventure qui durera cinq années, la bonne dame, aujourd’hui sexagénaire, en a vu  de toutes les couleurs. En effet, à l’instar d’autres régions, cette partie du Burkina Faso croulait sous le poids des pesanteurs socio-culturelles et des croyances populaires. A cette époque, pour les populations, la malnutrition aiguë (dont une des causes est le manque d'espacement des naissances , Ndlr) était le fait de singes. 

Mais, Cécile Béloum sera profondément marquée par la souffrance des enfants et  des mères au CREN. Au contact des patients, elle découvre alors sa vocation. Elle apporte au quotidien du baume au cœur des visiteurs de l’établissement hospitalier. Cependant, agent de l’administration publique, l'infirmière diplômée d'Etat spécialiste en santé communautaire au  cœur gros est consciente des affectations pour nécessité de service. Que faire pour perpétuer cette œuvre de bienfaisance au-delà des conjonctures administratives ? C’est ainsi qu’avec un groupe de 13 personnes composé en majorité de professionnels de santé, elle porte sur les fonts baptismaux, en 1992, l’association Appui moral, matériel et intellectuel à l’enfant (AMMIE). «La création de l’association est née lors de mon séjour au CREN où j’ai côtoyé la souffrance des enfants et de leurs parents. Pour leur permettre d’atteindre  l’âge de 4 ans, nous étions obligés de récupérer certains enfants  3 ou 4 fois», se souvient-elle.
 
Dans la province du Yatenga, l’association Appui moral, matériel et intellectuel à l’enfant (AMMIE) couvre plus d’une centaine de villages. Des groupements féminins mis sur place grâce aux bons soins de l’association y constituent des sortes de points focaux. Chaque groupement peut compter environ 120 femmes. L’AMMIE s’appuie sur ces différents groupes pour informer, sensibiliser et former. Devenue association de renforcement des capacités, la structure de Mme Beloum assiste plusieurs associations spécialisées dans l’animation de fora traitant de la thématique de l’enfant et de la mère. 
En plus des activités classiques, avec des associations partenaires, elle a développé des stratégies pour mener son combat pour le bien-être de la famille. L’un des moyens consiste à aborder le thème de la planification familiale dans les baptêmes, dans les mariages, et tout autre regroupement à caractère festif ou non. En matière de sensibilisation à l’utilisation des méthodes de contraception, foi de la fondatrice de l’AMMIE, il ne faut rien négliger : «Il faut sensibiliser les femmes, les  belles-mères et même les mères qui contraignent parfois leurs filles et belles-filles afin que celles-ci fassent d’autres enfants». Les pesanteurs socio-culturelles sont coriaces ! Mais, Cécile Béloum, sûre du bien-fondé de son combat, n’a pas démordu pour autant. Aujourd’hui, les fruits de cette détermination sont perceptibles. Au départ réticents, de plus en plus, de maris dans la province du Yatenga adhèrent à la philosophie de la planification familiale. La grande satisfaction de Mme Béloum réside surtout dans le fait de voir de nombreuses femmes vivant en milieu rural choisir librement d’espacer les naissances.

Une femme au  cœur gros

D’où sa déception de voir des élèves tombées enceintes et ce, en dépit de la grande disponibilité des produits contraceptifs. Pire, elle affirme avoir le cœur brisé, chaque fois, qu’une élève abandonne ses études à cause d’une grossesse. Elle a  toujours en mémoire l’interruption, à l’époque pour cause de grossesse, du cursus scolaire de filles pourtant excellentes.  «On ne devrait plus parler de nos jours de grossesses non désirées. Des méthodes de contraception existent. Malheureusement, nos filles n’en font pas usage. Les parents sont aussi responsables en ce sens qu’ils n’osent pas parler de sexualité à leurs enfants», déplore Mme Beloum. 

 L’AMMIE développe, pour sa part, à l’intention des filles-mères, un projet de soutien médical, social et de promotion de la planification familiale. Une cinquantaine de filles-mères a été ainsi recrutée et suivie financièrement et psychologiquement. Certaines qui avaient abandonné l’école reprennent le chemin des classes et d’autres apprennent un métier de leur choix. «Au début, sur 50 filles-mères, 36 portaient des enfants non reconnus par leur père. Tous les 36 enfants ont été reconnus par leurs pères avant la fin du projet. Ces mères ont été demandées en mariages par les pères de leurs enfants. Je crois que l’amélioration de la condition financière de ces filles y est pour quelque chose», souligne Mme Béloum. Infirmière soignante, infirmière chef d’unité de soins, infirmière-enseignante, directrice régionale de l’Ecole nationale de la santé publique de Ouahigouya, directrice régionale de la promotion de la femme du Nord, députée, ministre, Mme Béloum est restée elle-même malgré un riche parcours professionnel. Une perfectionniste amoureuse du travail bien fait et qui accepte difficilement les défaites. 

Ses collaborateurs, comme Adja Bintou et Boureima Adama Ouédraogo, sans hésiter, la qualifient de dame dynamique, rigoureuse et travailleuse.

«Elle est rigoureuse dans le travail, elle n’aime pas les échecs. Elle ne garde jamais rancune. Elle est trop humaniste. Une fois, une personne handicapée est venue lui dire que son enfant a été renvoyé pour frais de scolarité non honorés. Elle m’a instruit de faire tout mon possible pour que l’enfant retrouve le chemin de l’école. Ce qui fut fait à la grande satisfaction de Mme Béloum»,  raconte le comptable de l’AMMIE, Boureima  Adama Ouédraogo.

Chaque jour, Cécile Béloum, le foulard noué à l’africaine, le teint d’ébène, n’a qu’une seule obsession : servir son semblable. «Mon bonheur c’est de me sentir utile pour les autres. C’est être au service de ma communauté. Je n’aime pas la malhonnêteté. La franchise dans les relations interpersonnelles nous met à l’abri d’amères déceptions», indique- t-elle.

Pour améliorer l’utilisation de la contraception au Burkina Faso, «Maman Cécile», comme on l’appelle affectueusement, préconise le renforcement de la sensibilisation. «Il ne faut pas se relâcher. L’information doit atteindre toutes les couches de la société sans exception. Tout le monde a besoin de sensibilisation», conseille Mme Béloum.


Boureima SANGA



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Dans le contexte de la polygamie, les femmes se font la concurrence à travers le nombre d’enfants


La présidente de l’AMMIE insiste sur la sensibilisation. Pour elle, tout le monde a besoin d’être sensibilisé aux questions de santé notamment, celles sur la planification familiale. Et pour appuyer ses propos, elle rapporte souvent deux témoignages. Le premier concerne un commerçant voyageur. Il est   polygame. Après avoir suivi les sensibilisations à la planification familiale, il enjoint ses trois femmes de pratiquer la contraception.   Elles ont choisi les pilules. Le mari, avant de voyager, retire toutes les pilules des femmes, les met dans sa cantine qu’il prend le soin de fermer à clé. De retour de voyage, il les redistribue. Il leur disait avant chaque départ de voyage : «Vous n’avez pas besoin de contraception à mon absence».  Selon Mme Béloum, cette pratique à la limite du risible, entraînera nécessairement des échecs. L’effet des pilules n’étant pas continu. 

L’autre témoignage porte encore sur un couple polygame où les femmes se faisaient la concurrence à travers le nombre d’enfants. Le mari décide alors de mettre ses femmes désormais sous contraception. C’est ainsi qu’elles ont opté pour les pilules. L’une d’elle avait un enfant de moins que l’autre. Le mari lui achetaient des contraceptifs qu’elle gardait par devers elle, sans les prendre, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte.  Elle a rassemblé le lot de pilules et l’a remis à son mari : «Voilà tes comprimés, je suis enceinte ! ».  Des sous-entendus, de l’avis de Mme Béloum, sont récurrents dans l’adoption des méthodes contraceptives. C’est pourquoi, insiste-t-elle, la sensibilisation doit être permanente.


B.S.






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