Les producteurs veulent prendre l’organisation en main
La Journée nationale du paysan est l’un des temps forts du processus de démocratisation et de dialogue au Burkina Faso en ce sens qu’elle permet aux 80% de la population très souvent marginalisée, à savoir les paysans de faire entendre leur voix. Cependant, cela n’est pas toujours évident, compte tenu de la forte présence de l’administration. De plus en plus des voix s’élèvent pour réclamer une appropriation totale de la JNP par les paysans eux-même, surtout en termes d’organisation.
L’organisation de la Journée nationale du paysan (JNP) dans sa forme actuelle, n’est plus au goût des producteurs, qui dénoncent une trop grande présence de l’administration et du politique.
Ainsi, à l’occasion de l’entretien avec le chef de l’Etat, les producteurs ont fini par lâcher le mot : "La JNP est d’abord et avant tout, l’affaire de nous paysans. C’est pourquoi nous réclamons que l’organisation de la JNP, pour les éditions à venir, soit entièrement confiée aux organisations professionnelles agricoles mobilisées au sein de la Confédération paysanne du Faso (CPF) et des Chambres régionales d’agriculture", a demandé le président de la CPF, Bassiaka Dao au chef de l’Etat.
Cette requête des producteurs s’explique par le fait qu’ils se sentent "fagocités" par les responsables administratifs. "Au lieu que ce soient les ministres, les gouverneurs, les hauts-commissaires, les préfets et les maires, c’est nous qui devons être à l’avant-garde, parce que c’est notre tribune," a déclaré le président de la CPF.
Dans cette même lancée, le président de la Fédération provinciale des producteurs de la Sissili (FEPPASI), Moussa Dagano, pense que la forte présence de l’administration au forum ne permet pas aux paysans de mieux s’exprimer, comme ils l’auraient souhaité. Il arrive souvent, a-t-il dit, que le débat devienne trop technique.
Pour lui, le choix même des représentants des producteurs pour participer à la JNP pose problème car les organisations faîtières ne sont pas impliquées. Et d’ajouter que ce sont les techniciens qui désignent ceux qui doivent intervenir et qui les préparent en conséquence.
Les personnes désignées, la plupart du temps, ne sont pas selon Moussa Dagano, les vrais représentants des producteurs. Toute chose qui fait dire à Moussa Dagano que la JNP a beaucoup regressé en termes d’implication des acteurs concernés. Au début, a-t-il confié, la JNP n’était pas autant cadrée et dirigée comme c’est le cas aujourd’hui. Pour d’autres observateurs encore, la JNP est victime de son succès. Le nombre important de personnalités qu’elle draine, éclipse parfois la présence des paysans.
Le président du Faso, tout en reconnaissant que la revendication des producteurs est légitime, a souligné que l’organisation d’une telle journée demande beaucoup d’efforts et de moyens. C’est pourquoi, Blaise Compaoré a souhaité que pour les prochaines éditions, une plus grande responsabilité soit confiée aux paysans. La finalité est qu’à la longue, ils puissent organiser leur journée comme ils l’entendent.
Fatouma Sophie OUATTARA