Planification familiale en milieu rural

Tant d’obstacles sur le chemin des dames

jeudi 8 avril 2010

Chaque année, plus de 2000 femmes meurent au Burkina Faso de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Pour réduire cette hécatombe et permettre l’épanouissement des familles burkinabè, le gouvernement avec l’appui des associations et des ONG a fait de la promotion de la planification familiale, son cheval de bétail. Si la notion de planification est comprise et acceptée dans les milieux urbains, elle est encore à ses premiers pas dans les zones rurales où beaucoup d’obstacles se dressent sur son chemin.

33,53% à Kombissiri, 25,5% à Manga, 14% à Guelwongo ; ces taux de prévalence contraceptive qui sont en-deçà de la moyenne nationale (31,37%) à l’exception du district sanitaire de Kombissiri, sont le reflet des difficultés d’application de la Planification familiale (PF) en milieu rural. Même si ces indicateurs sont en progression, il n’en demeure pas moins que les femmes en milieu rural rencontrent d’énormes difficultés dans leur volonté d’espacer les naissances.

Le manque d’information des premières concernées

Selon l’Enquête démographique de santé (EDS) de 2003, “la prévalence contraceptive pour l’ensemble des méthodes est 3,4 fois plus élevée en milieu urbain et plus de 5 fois plus élevée en ce qui concerne les méthodes modernes”. Pourtant les méthodes de contraception existent depuis la fin des années 1980 au Burkina Faso.

La plupart des femmes en âge de procréer dans les villages n’ont aucune information sur la santé de la reproduction (SR). Pire, elles ignorent leurs droits sexuels. Alors que ces droits font partie des droits fondamentaux de l’individu et sont reconnus comme tels par les normes internationales relatives aux droits humains.

De Tuili dans le Bazèga à Semtinga dans la province du Zoundwéogo en passant par Guelwongo dans la province du Nahouri, toutes les femmes que nous avons approchées n’ont jamais entendu parler des droits sexuels. Pourtant la connaissance de ces droits qui garantissent entre autre l’information relative à la sexualité et la décision d’avoir ou non des enfants, participe à l’amélioration de la vie et des relations personnelles et contribue à l’égalité des genres et au renforcement des capacités des deux sexes. Malgré l’adoption en décembre 2005 d’une loi sur la santé de la reproduction, les femmes des milieux ruraux sont sous-informées sur leurs droits et sur les différentes méthodes contraceptives.

Selon le Médecin-chef du district (MCD) de Kombissiri, Dr Aloys Zongo, il y a une insuffisance de communication envers les bénéficiaires de la planification familiale. Ce manque d’information ne permet pas une diversité dans le choix des méthodes contraceptives qui souvent sont hors de portée des populations rurales.

Malgré la subvention des coûts des produits contraceptifs et l’adoption en 2005 d’un Plan stratégique de sécurisation des produits contraceptifs, ces produits demeurent chers pour les populations rurales. Au Burkina, la plaquette de pilule coûte 100 F CFA, l’injectable, 500 F CFA, le Norplan, 2 500 F CFA, le condom féminin, 100 F CFA. Ces prix bien que subventionnés constituent un frein à la planification familiale en milieu rural où la population vit dans une extrême pauvreté.

A Guelwongo, par exemple, village situé à deux kilomètres du Ghana, les femmes préfèrent s’y rendre pour se soigner parce que les produits y sont moins chers. Et selon l’infirmière du CSPS du village, il y a des femmes qui ont deux carnets de santé : un Ghanéen et un Burkinabè. En plus du coût, certains produits sont indisponibles dans certaines centres de santé. A Semtinga dans le Zoundwéogo, le CSPS ne dispose pas de Norplan.

Cette situation limite le choix des méthodes de planification familiale. A cette difficulté s’ajoutent le sous-équipement des formations sanitaires et le manque de formation des agents de santé. Pendant qu’au Ghana les CSPS sont électrifiés avec le l’eau potable, les agents de santé à Guelwongo ont confié avoir recours à leurs voisins pour avoir de matériels de conservation des produits. Dans certains CSPS, le manque de formation des agents les oblige à orienter les femmes vers les Centres médicaux avec antenne chirurgicale (CMA) qui sont souvent éloignés des villages.

Le poids des maris

Les époux constituent un grand obstacle à la PF dans les villages. “J’ai entendu parler de la PF et l’aimerai pratiquer mais mon mari s’oppose”, ce témoignage d’une femme de Tuili dans le Bazèga montre la difficulté que rencontre les dames pour convaincre leur mari à pratiquer la planification familiale. Le refus de la plupart des hommes que nous avons rencontrés repose sur le fait que la femme doit faire des enfants jusqu’à la ménopause.

Pour eux, les enfants sont source de richesse et imposent le respect des autres. Certains sont convaincus par des “fausses rumeurs” qui voudraient que la planification familiale rende stérile. Et une femme qui pratique la planification familiale devient une “dévergondée”. Selon le MCD de Kombissiri, Dr. Aloys Zongo, le refus des maris constituent la 3e cause de la sous utilisation de la planification familiale. Certaines femmes qui pratiquent la planification familiale sont obligées de camoufler leurs carnets pour que le mari ne le voit pas.

Les hommes qui devraient accompagner leurs femmes dans les centres de santé ne se sentent pas concernés par la planification familiale. Pour le directeur régional de la santé du Centre Sud, Dr sylvain Zèba, ce sont les pesanteurs sociales qui expliquent le faible implication des hommes dans les activités de planification familiale. Au vu de toutes ces difficultés, la planification familiale constitue encore un mirage pour certaines femmes en milieu rural. Pourtant son application, selon le Dr Sylvain Zèba, peut réduire de 30% la mortalité maternelle et infantile.

Pour briser ces obstacles, le gouvernement burkinabé avec l’appui de ses partenaires que sont les ONG et les associations doit axer ses activités sur la sensibilisation en impliquant les chefs traditionnels et les leaders religieux.

L’Etat à travers la direction de la santé de la famille doit travailler à disponibiliser et amoindrir les coûts des produits contraceptifs dans tous les centres de santé. Sinon l’accroissement grandissant de la population risque d’asphyxier l’économie nationale et tous projets de développement avec, car l’augmentation de la population laisse derrière celle des richesses. Une politique claire en matière de planification familiale en direction des zones rurales s’impose.

Moumini YAMEOGO


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