Mugabe se fait apôtre de la non-violence
Au 30e anniversaire de l’Indépendance du Zimbabwe célébré le 18 avril dernier, le président Robert Mugabé a exhorté ses compatriotes à mettre fin aux violences politiques et raciales dans son pays.
La célébration du 30e anniversaire du Zimbabwe, ex-Rodhésie du Sud et de sa propre accession au pouvoir a-t-il "assagi" le président Robert Mugabe, habitué aux discours enflammés ? En tous les cas, nombre de ses compatriotes ont été surpris plutôt agréablement par ses propos tenus le 18 avril 2010 à Harare devant près de 30 000 personnes. "Les dirigeants du gouvernement d’union (formé en février 2009 avec l’ancienne opposition) vous exhortent à cesser tout acte de violence", a-t-il déclaré.
Avant de préciser : "Nous, Zimbabwéens, devons entretenir un climat de tolérance et traiter les autres avec dignité et respect, quels que soient leur âge, leur sexe, leur race, leur ethnie et leur appartenance religieuse ou politique". L’ancien opposant et actuel Premier ministre, Morgan Tsvangiraï ne pouvait que se réjouir, lui dont le parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a longtemps subi les foudres du régime Mugabe.
Cependant, le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa qui juge ces déclarations "très positives", estime qu’il reste maintenant à les mettre en œuvre. Qu’est-ce qui a pu bien poussé Mugabe à modérer son discours ? La crise économique dans laquelle est plongé le pays a sans doute, fléchi la ligne adoptée par la parti au pouvoir.
On se rappelle la "nationalisation" des terres, mal maîtrisée, qui a engendré une crise économique sans précédent. Les invasions de fermes aux mains des descendants d’anciens colons blancs, par des vétérans de la guerre d’indépendance, ont entraîné depuis 2000, le départ de près de 4000 fermiers blancs.
A cela, on peut ajouter les violences politiques qui ont fait près de deux cents morts, surtout parmi les militants de l’opposition, suite à la défaite historique du parti au pouvoir aux élections générales de mars 2008. Les Etats d’Afrique australe avaient mis la pression sur Mugabe pour former un gouvernement d’union avec Tvangiraï, mais jusque-là, ils ne sont pas encore parvenus à convaincre les investisseurs internationaux de revenir dans "l’ex-Rhodésie du Sud".
Pour la présidentielle de 2012
L’inflation avait atteint un niveau record si bien que la monnaie nationale a été abandonnée au profit du dollar. Selon des observateurs, la mauvaise réforme agraire a fait que "l’ancien grenier à blé de l’Afrique ne peut plus subvenir à ses besoins et 70% de la population se retrouve sans emploi". Si certains ont approuvé l’expropriation des fermiers blancs qui détenaient la majeure partie des terres cultivables, ils ont déploré que l’Etat installe sur les terres réquisitionnées des proches du régime, surtout des anciens combattants de la guerre d’indépendance.
Beaucoup de terres sont restées en friches car les nouveaux propriétaires n’ont ni le matériel adéquat, ni les connaissances, ni les moyens financiers pour investir.
Au cours des festivités du trentenaire, le "héros de l’indépendance du Zimbabwe" a également reconnu que les enseignants recevaient une salaire dérisoire et s’est engagé à redresser le système éducatif. Le "revirement" de Mugabe qui bat sa coulpe et reconnaît ses "erreurs" après trois décennies de gestion du pouvoir est à saluer si tant est que cela permettra de remettre le Zimbabwe"à flots.
Mais, il ne faut surtout pas oublier que le président zimbabwéen prépare la présidentielle de 2012. A 86 ans, le doyen des chefs d’Etat africains se sent des forces pour continuer à diriger son pays. Cela vaut bien un repentir.
Bachirou NANA