Le président Omar el-Béchir obtient sa réélection
Le chef de l’Etat soudanais Omar el-Béchir a été déclaré vainqueur le lundi 26 avril 2010 à l’issue de la première élection présidentielle pluraliste du pays depuis 24 ans, avec un score de 68% des voix.
La réélection du président soudanais Omar el-Béchir ne faisait pas de doute. En effet, le scrutin a été boycotté par ses principaux adversaires. "Le candidat arrivé en tête est Omar el-Béchir, il a gagné avec 68% des voix sur plus de 10 millions de bulletins validés", a déclaré le président de la Commission électorale nationale soudanaise Abel Alier. En plus du chef de l’Etat, le scrutin qui s’est ouvert le 11 avril 2010 et a duré cinq jours, a renouvelé le parlement et les responsables locaux.
C’étaient les premières élections multipartites organisées au Soudan depuis 1986. Elles constituaient la clé de voûte de l’accord de paix conclu en janvier 2005 entre le Nord arabe et musulman et le sud chrétien et animiste après 24 ans de guerre civile qui a fait près de deux millions de morts et davantage de déplacés.

Les observateurs internationaux ont dénoncé des retards, des intimidations et des listes incorrectes, mais n’ont pas demandé la reprise du scrutin. Néanmoins, ils ont souhaité que des leçons soient tirées pour un bon déroulement du référendum de 2011 sur l’indépendance du Sud Soudan. Cette région jouit d’un statut d’autonomie par rapport au reste du pays. Son président Salva Kiir a également été réélu à l’issue du scrutin d’avril 2010 avec 92,99% des suffrages.
Il assumera également la fonction de premier vice-président du Soudan et formera un gouvernement de coalition nord-sud. Salva Kiir, on se rappelle avait succédé en juillet 2005 au leader de la rébellion sud-soudanaise John Garang, mort dans un accident d’avion. Le référendum d’autodétermination du 9 janvier prochain pourrait consacrer Kiir comme chef d’un nouvel Etat africain au sous-sol riche en pétrole.
Se débarrasser des griffes de la CPI
Certes, Omar el-Béchir a remporté sans coup férir la présidentielle surtout avec le retrait de ses deux principaux adversaires, Yasser Arman, un musulman laïc soutenu par les ex-rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) et Sadeck al-Mahdi, chef du parti Umma dont le gouvernement élu avait été renversé en 1989 par le coup d’Etat d’el-Béchir.
Qui plus est, le scrutin a été entaché d’accusations de fraudes notamment de la part du SPLM, parti au Sud-Soudan. Mais on s’étonne quand même que el-Béchir n’ait pas réalisé un score à la soviétique, comparé à Salva Kiir qui a été élu avec 92,99% des suffrages.
Les regards sont maintenant tournés vers le processus de paix dans la région du Darfour et vers la Cour pénale internationale qui a délivré un mandat d’arrêt contre le président soudanais pour des crimes de guerre dans cette région.
Dès l’annonce de sa réélection, Omar el-Béchir a promis de tendre la main à toutes les forces politiques soudanaises pour former un "partenariat national". "Je réaffirme que j’irai de l’avant pour que le référendum du Sud se tienne en temps et heure et que le processus de paix au Darfour s’accomplisse", a-t-il déclaré lors d’une intervention télévisée.
On le sait, il vient de tourner une page avec son ancien "frère ennemi" Idriss Déby du Tchad afin de sécuriser leur frontière commune et ne plus servir de base arrière pour des rebellions. En outre, malgré des difficulté, les négociations se poursuivent à Doha au Qatar pour un retour à la paix au Darfour. Aussi Omar el-Béchir bénéficie de nombreux soutiens parmi ses pairs de l’Union africaine qui accusent la CPI de s’acharner sur l’Afrique en fermant les yeux sur des crimes commis dans d’autres parties du monde.
Selon des observateurs, el-Béchir avait besoin d’être élu dans le cadre d’un processus reconnu par la communauté internationale, pour conforter les tentatives de l’Union africaine, de pousser le conseil de sécurité de l’ONU, à faire appel à l’article 16 du statut de Rome. Ce qui permettrait un gel des poursuites contre le chef de l’Etat soudanais. A l’évidence, Omar el-Béchir sort plus que jamais renforcé après le scrutin qui vient de le consacrer pour cinq ans à la tête du plus vaste pays d’Afrique.
Bachirou NANA