Concours directs de la Fonction publique

Quête d’emploi pour les uns, business pour les autres

vendredi 9 juillet 2010

Environ 380 000 candidats sont sur le starting-block pour les concours de la Fonction publique. A quelques jours des épreuves, les postulants affûtent leurs armes. Toutefois, la quête d’emploi des uns nourrit le business des autres, qui développent des activités diverses autour de la préparation des concours.

Il est 18 h, ce mercredi 26 mai 2010, au Lycée Bangr-Nooma sis à Koulouba dans la commune de Ouagadougou. Le débat est houleux dans la classe de 6e. Au tableau, Saïdou Birba s’attelle à expliquer à l’assistance un exercice de tests psychotechniques dans le cadre de la préparation des concours. En attendant la période des épreuves, prévue du 15 au 26 juillet 2010, sur toute l’étendue du territoire, les candidats s’y préparent activement.

Cette préparation engendre un fonds de commerce pour des citoyens. Saïdou Birba dirige depuis 2004, une structure, Agence conseils en formation et recrutement (ACFR), qui s’occupe de la formation des candidats aux différents concours directs de la Fonction publique.

Pour avoir accès à cette structure de formation, les postulants aux concours doivent débourser par mois, 5 000 F CFA. En 2010, l’ACFR a commencé la formation des candidats depuis le mois de décembre 2009, et ce, jusqu’à l’administration des épreuves des concours en juillet.

Saïdou Birba dont la structure dispose d’annexes dans la ville de Ouagadougou et de représentations à Koudougou et à Kombissiri, forme cette année, plus de 900 candidats. Selon lui, depuis 2004, le nombre de personnes qui suivent la formation dans son centre s’accroît à un rythme exponentiel. "En 2OO4, nous avions eu un effectif de 25 personnes, plus de 700, en 2009 et cette année, nous sommes d’abord à 900 candidats", a indiqué Saïdou Birba.

C’est donc tout un établissement avec des annexes en plein essor que gère M. Birba, fonctionnaire de son état. "Les recettes que nous générons ne permettent pas de devenir riche, mais on arrive à s’en sortir depuis qu’on a commencé en 2004", relève-t-il. En outre, poursuit Saïdou Birba, dans la somme de 5000 F CFA que doit payer chaque postulant par mois, les 1 000 F CFA sont destinés à la documentation.

Cette formation concerne tous les niveaux et aborde les tests psychotechniques, la culture générale, la synthèse de dossier et la dissertation. Même si elle relève de l’informel, Saïdou Birba a réussi en six ans, à mettre en place une structure de formation des candidats aux concours de la Fonction publique qui lui permet d’occuper son temps en dehors du service. Dans la ville de Ouagadougou et ailleurs, le secteur connaît un essor et les centres de formation se multiplient.

Le groupe SISAJO est implanté à Ouagadougou, à Banfora et à Manga. Selon le président du groupe, Sanfielè Joseph Sirima, sa structure de formation est bien organisée avec des spécialistes, des juristes, des économistes, des professeurs de sciences, d’histoire-géographie, de français qui se consacrent chacun à un volet de la formation. Les candidats sont fréquemment soumis à des évaluations pour jauger leur niveau.

Le groupe SISAJO est une sorte d’établissement bien structuré qui emploie un personnel au service de la formation. "Pour bénéficier de la formation, les candidats doivent débourser 5 000 F CFA, le premier mois et 4 000 F CFA, par mois, pour la suite de la formation. En province, comme les élèves n’ont pas de moyens, nous faisons à 3 000 F CFA, par mois", affirme M. Sirima. L’activité ne permet pas d’amasser des fortunes à l’entendre, mais il arrive à payer les enseignants et à tirer son épingle du jeu.

Même la confection des différents documents de tests de niveau, de culture générale, d’actualités semble constituer une usine. Ousmane Touré produit depuis 1995, ces documents en vue de permettre aux candidats de se préparer aux épreuves.

Il dirige même une entreprise, Editions, informatique et service (EJS), une société à responsabilité limitée, qui s’occupe de la fabrication des documents. Selon lui, la collecte des informations, leur vérification et leur saisie, ainsi que la distribution de ces livres mobilisent tout un monde et créent de l’emploi. Ces documents de 132 pages chacun sont tirés à des milliers d’exemplaires et distribués dans les 45 provinces du Burkina au coût unitaire de 1 650 F CFA.

"Dire que le secteur n’est pas rentable, c’est mentir, mais ça ne nous permet pas de faire de gros sous", affirme M. Touré. La vente des documents de préparation aux concours permet aux jeunes, surtout aux élèves en vacances, d’occuper leurs jours sabbatiques. Mariette Abem est élève en 3e au lycée Le bon Berger. Depuis 2000, elle s’adonne pendant les vacances, à la vente de documents de tests psychotechniques, de tests de niveau et bien d’autres documents portant sur l’actualité.

"Le marché n’est pas florissant par rapport aux années précédentes. Toutefois, je peux avoir entre 6 000 et 8 000 F CFA par jour. C’est avec cet argent que je paie mes frais de scolarité et mes fournitures", affirme Mlle Abem. Patricia Doungassé, élève en 4e au lycée Espoir, occupe aussi ses vacances à la vente de ces documents. Ses recettes journalières, selon elle, oscillent entre 2000 F et 3000 F CFA.

Cependant, elle précise qu’il y a aussi des moments où elle rentre bredouille. "Comme nous vendons au bord de la voie, il arrive que la police vienne ramasser nos documents et nous demande de payer une amende de 4 800 F CFA", confie-t-elle, comme une sorte de plaidoyer. Pendant la période de la préparation des concours, Roger Ilboudo, propriétaire d’une "librairie par terre" à Gounghin fait de bonnes affaires par la vente des documents de tests psychotechniques et de tests de niveau.

Au-delà du business

Au-delà de l’aspect lucratif des activités menées dans le cadre de la préparation aux concours, il s’agit, selon les promoteurs, d’accompagner les candidats à être dans de bonnes conditions de reussite. Pour Joseph Sanfiela Sirima, l’idée de la création de sa structure de formation est née du constat que les candidats ont de véritables problèmes avec les tests psychotechniques voire la culture générale.

"Pendant la formation, vous constatez que les gens ont accumulé les diplômes, mais ils n’ont pas un bon niveau de culture générale", relève M. Sirima. Il indique que depuis 2004, les candidats qui suivent la formation au groupe SISAJO à Manga, à Banfora et à Ouagadougou, ont compris que seul le travail paye et que les soupçons de fraudes aux concours ne sauraient expliquer leurs échecs. "L’objectif visé n’est pas l’argent.

Il y a des étudiants qui viennent pour suivre la formation, mais qui n’ont pas les moyens pour payer. Nous sommes obligés de les accepter par humanisme", soutient Joseph Sirima.

Pour le président de l’ACFR, Saïdou Birba, l’objectif principal est d’offrir une formation de taille aux postulants pour leur permettre d’être compétitifs sur le marché de l’emploi. Il indique que c’est le taux de réussite que son centre enregistre chaque année, qui explique l’affluence des candidats.

La nécessité et la qualité de la formation ne sont plus à démontrer, selon les personnes qui suivent l’enseignement dans ces différents centres. Bernard Gnago Danzo suit la formation au groupe SISAJO et estime qu’elle constitue un volet incontournable. "Avant que je ne vienne dans ce centre, je n’avais aucune notion des tests psychotechniques. Je me rends compte maintenant que ces tests répondent à des logiques et qu’il ne suffit pas d’aller cocher au hasard aux concours, mais de suivre la logique", apprécie Bernard Danzo.

Beaucoup de fonctionnaires ou d’élèves-fonctionnaires affirment avoir réussi à leurs concours, grâce à la formation reçue dans ces différents centres. C’est le cas de Isaac Pooda, élève-assistant des affaires économiques à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM). La formation au groupe SISAJO lui a permis de réussir en 2009, à quatre concours. Wendboumbou Dieudonné Kaboré doit son succès au concours d’officier de police en 2007 à la formation à l’Agence-conseil en formation et recrutement (ACFR).

La préparation, un facteur de réussite

Au regard de la qualité de l’enseignement reçu dans ce centre, l’officier de police Kaboré est revenu, cette année, inscrire sa cousine qui viendra de Houndé pour suivre la formation. Ces centres, selon leurs promoteurs, rendent de multiples services aux candidats et Joseph Sirima plaide pour un accompagnement de l’Etat pour mieux encadrer et orienter la formation des personnes en quête d’emploi dans la Fonction publique.

En dehors de la formation dans les centres, les postulants aux concours se préparent dans les quartiers, individuellement ou en groupe. Issouf Sankara étudie intensément dans son quartier. Dans sont groupe de 5 amis à entendre M. Sankara, il s’agit de revisiter ensemble la culture générale, l’actualité nationale et internationale, ainsi que les matières étudiées en classe.

Le quartier général de préparation de Mathieu Yaméogo est implanté à l’Université de Ouagadougou. Il s’agit, selon lui, d’un groupe dynamique qui enregistre de bons résultats, chaque année. "Cette année, nous qui sommes les recalés de l’année passée, avons reconstitué le groupe et nous travaillons dur", affirme M. Yaméogo.

Il indique que le travail en groupe permet d’échanger des expériences pour mettre tous les membres au même niveau d’information et traiter les exercices les plus difficiles. Si certains candidats se donnent à fond à la préparation, travaillent jour et nuit, d’autres manquent de temps pour se consacrer à cet exercice.

Inès Sininy a postulé aux concours, mais travaille dans une entreprise de la place. Après son travail, elle rentre très fatiguée le soir et le temps lui fait énormément défaut pour la préparation. Adama Ouattara se trouve aussi dans la même situation, parce qu’il est professeur vacataire d’anglais.

Occupé à préparer et à dispenser ses cours, ainsi qu’à corriger les copies des élèves, il n’a plus beaucoup de temps de bien se consacrer à la préparation des différents concours. Pour l’officier de police Dieudonné Kaboré, la réussite d’un concours dans un contexte où la demande dépasse largement l’offre, nécessite une préparation intense.

"En 2007, j’ai même suspendu mes études à l’Université de Ouagadougou pour pouvoir bien me préparer. J’étudiais du matin au soir, je lisais les journaux, écoutais la radio, je partais dans les cybercafés à la recherche d’informations", confie M. Kaboré. La préparation selon lui, est le premier facteur de la réussite à un concours.

Lassané Osée OUEDRAOGO

oseelass@yahoo.fr


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