Changement au Niger

Tandja devenu humble six mois après

mardi 27 juillet 2010

On l’a vu défier l’Afrique et la communauté internationale au moment où il était aux commandes de son pays, le Niger. Dans son entêtement à se maintenir au pouvoir, il n’a voulu écouter personne et avait plongé des millions de patriotes dans une profonde crise politico-institutionnelle dont l’issue a été le coup d’Etat du 18 février dernier.

Même la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dont la Cour de justice aurait été sollicitée par des membres de sa famille, soucieux de le tirer de là où la vie n’est pas du tout comme un long fleuve tranquille, n’a pas eu grâce à ses yeux.

En effet, lorsque cette organisation sous-régionale lui avait demandé de sursoir à son projet de se maintenir au pouvoir pour trois années supplémentaires, Tandja avait tout simplement répliqué que la CEDEAO n’a construit au Niger ni un km de route ni un mètre de ligne téléphonique. Aujourd’hui, le puissant d’hier retrouve toute l’humilité africaine.

Il demande la clémence du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), à travers une lettre dactylographiée, datée du 22 juillet 2010. L’ancien « homme fort », en résidence surveillée depuis six mois, a maintenant les pieds sur terre.

Mamadou Tandja, comme tout citoyen nigérien, prie humblement son tombeur, Salou Djibo, de « reconsidérer sa décision de le mettre à la disposition de la justice ». Raison avancée, sa santé. Il demande alors, son maintien dans son actuel lieu de détention, la Villa verte, juste à quelques pas des bureaux du général Djibo. Là, Mamadou Tandja, s’estime « bien traité ».

Ainsi, l’ancien homme fort reconnaît implicitement et au grand jour, le pouvoir de Djibo, car sauf erreur ou omission de notre part, ces deux hommes d’Etat n’avaient pas encore eu de contact officiel. Même si d’aucuns susurrent qu’une rencontre aurait déjà eu lieu entre eux.

Drôle de climat au sein de la famille de l’ex-dignitaire aujourd’hui, rattrapé par son arrogance. Tandja a-t-il trahi sa famille ? Ou a-t-il été forcé par le cours des événements à se dénier ? Nul ne le sait.

Car pendant que les siens s’évertuent à le tirer de sa situation inconfortable en recourant à la Cour de justice de la CEDEAO, lui, dans une première missive au président de cette même Cour, recuse la saisine de l’instance sous-régionale. Le président déchu affirme qu’il n’est pas à l’origine de la plainte déposée au Tribunal de la CEDEAO et précise qu’il n’a chargé personne d’entreprendre une telle requête.

En conséquence, il demande au responsable de cette juridiction de « ne tenir compte d’aucune plainte », ajoutant qu’il n’autorise personne à agir en son nom. Assumant toute sa responsabilité, l’ex-président écrit à l’institution de la CEDEAO : « Je vous adresse cette correspondance en toute âme et conscience et libre de toute contrainte ».

Maintenant, la balle est présentement dans le camp des politiques en place. Certes, nul n’est au-dessus de la loi, mais le président peut user de sa grâce pour tirer son ancien supérieur d’une situation fort encombrante. On retient, au bout du compte, que cette lettre révèle si besoin en est, que le printemps du président Mamadou Tandja est véritablement loin derrière lui.

Bilélé BENIN


Copyright - © - Sidwaya - Novembre 2009 |Administration