Violences faites aux femmes

Le Mogho Naaba Baongho interpelle la société

mardi 27 juillet 2010

La Commission épiscopale « Justice et Paix », a organisé vendredi, 23 juillet 2010, une cérémonie officielle de remise de message à Sa Majesté le Mogho Naaba Baongho. Le palais royal a servi de cadre à cette manifestation qui s’est déroulée en présence d’éminentes personnalités.

C’est dans une ambiance festive que s’est déroulée la cérémonie de remise du message à Sa Majesté le Naaba Baongho, le vendredi 23 juillet 2010 à son palais. A l’animation, Kisto Koimbré et sa troupe ont égayé l’assistance par leur prestation, empreinte d’éloges à Sa Majesté.

Organisée par la Commission épiscopale « Justice et Paix », des représentants des autorités coutumières, religieuses, administratives et politiques ont pris part à cette cérémonie. Les organisations de la société civile ont également été représentées.

Le message remis à Sa Majesté n’est rien d’autre que celui-là qu’il a livré en tant que parrain à la clôture le 6 mars 2010, de la marche contre l‘exclusion sociale et les violences faites aux femmes organisée par la Commission « Justice et Paix » pour marquer la commémoration de la journée de la femme. Le message a été à l’unanimité, jugé digne d’intérêt par les différents acteurs de la lutte contre l’exclusion sociale et les violences faites aux femmes.

Aussi dans sa quête d’une stratégie « efficace », la Commission « Justice et Paix », en collaboration avec ses partenaires, l’a édité en français et en mooré pour le rendre accessible à la population. Ce sont au total, 500 exemplaires de l’ouvrage qui lui ont été remis officiellement le vendredi, 23 juillet 2010, marquant ainsi le top de départ de la campagne de vulgarisation du document.

Emu par la grande mobilisation, surtout du côté des autorités coutumières et religieuses, le coordonnateur de la campagne de lutte contre l’exclusion sociale et les violences faites aux femmes, François de Sales Bado (il est aussi le secrétaire national de la Commission), a remercié les ministres de Sa Majesté et les partenaires pour leur soutien. Pour lui, il est préférable que des voix plus autorisées remercient Sa Majesté pour son adhésion à la lutte contre le fléau.

L’exclusion sociale, un phénomène qui prend de l’ampleur

"Le message présente son attachement aux valeurs de justice sociale, de vérité, de liberté et de tolérance", a confié M Bado. Et d’ajouter qu’il appelle à mettre fin à toutes les formes de violence et d’exclusion sociale à l’égard de toute personne et particulièrement, de la femme. Par ailleurs, il s’agit d’une interpellation à la réintégration sociale de toutes les femmes exclues de leurs familles et de leurs communautés.

Aussi, a-t-il poursuivi, « Sa Majesté invite chaque citoyen à travailler à l’édification d’une société juste, solidaire et prospère pour toute la population ». C’est en connaissance de cause qu’il a accepté parrainer la marche du 6 mars 2010. En tant qu’empereur des Mossé, Sa Majesté s’est senti frustré par les résultats des enquêtes sur le fléau qui indexe surtout cette partie du Burkina, qu’est le Plateau mossi. Ainsi, a-t-il souligné dans son message.

« Les enquêtes indiquent que c’est surtout dans le Plateau mossi que les femmes sont chassées de leurs villages pour cause de pratiques occultes néfastes ou de crimes. Les Centres d’accueil Delweldé, la Cour de solidarité de Paspanga … illustrent éloquemment ces violences faites aux femmes. Cela constitue une image négative pour le Burkina Faso et pour ces régions. Je souhaite que ces pratiques cessent ».

Plus loin dans son message, Sa Majesté a dit que : « Nul n’étant autorisé à se rendre justice soi-même, j’invite tous les citoyens à user des voies pacifiques pour la résolution des problèmes sociaux que connaîtront nos communautés. J’invite les chefs de canton et de village de mon ressort territorial, à mettre un terme à toutes les pratiques traditionnelles et culturelles qui portent atteinte aux droits et à la dignité de la personne humaine ».

Pour le parrain de cette cérémonie de remise officielle du message, Maître Frédéric Pacéré Titinga, « s’il y a un phénomène du fond des âges de l’humanité à avoir traversé l’histoire, les continents, les civilisations(…) sans exclusive, à avoir marqué d’un sceau indélébile, généralement terrible d’effroi, mais aussi d’atteinte à des droits (…), c’est certainement la sorcellerie ». Aucune civilisation, à l’écouter, n’a été épargnée.

Et l’Afrique reste le berceau du drame qui perdure, selon Pacéré Titinga, dans les entrailles du continent. A titre d’exemples, il a entre autres, parlé du Cameroun où de vieilles femmes accusées de sorcellerie, ont été battues ; des enfants de 8 à 14 ans accusés de la même cause à Kinshasa, ont été chassés de leurs familles ou battus à mort.

Maître Parcéré Tinga a fait également l’état des lieux de la situation au Burkina Faso. Il a affirmé qu’elle y est préoccupante depuis des décennies, surtout sur le Plateau mossi du Burkina Faso. « Que ce soit des régions telles que Ouagadougou, Yako, La-Toden, Kaya, Manga, les conditions des femmes en la matière, restent intolérables ».

Il a invité l’assistance à retrouver toutes ces informations dans ses écrits : « La famille voltaïque en crise », de 1975, « La famille burkinabè en crise », de 1995(soit 20 ans plus tard), et « Magie et la Sorcellerie ». Selon Maître Pacéré Titinga, à la date du 23 juillet 2010, on dénombre 365 pensionnaires au Centre Delwendé sis au quartier Tanghin, contre 361 dans les années 1980.

Enfin, le parrain de la cérémonie a traduit toute la reconnaissance de la Commission « Justice et Paix » à Sa Majesté le Mogho Naaba Baongho, avant de conclure en ces termes : « Il est indéniable que votre présence sur l’échiquier de cette lutte permettra enfin de sauver de l’humiliation, du déshonneur et de la mort, des milliers de femmes de notre temps ».

Aïssata BANGRE


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