« Et si après Paris, toute l’Afrique se rendait à Brazzaville ou Conakry »
Professeur d’Histoire-Géographie au Lycée départemental de Toussiana, Adama Coulibaly partage sa réflexion sur la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance des pays africains. Il propose que le président français, Nicolas Sarkozy, entreprenne le voyage vers ses homologues africains pour une commémoration unitaire à Brazzaville ou à Conakry.
L’année 2010 est consacrée à la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance des pays africains. La France qui joue un rôle de premier plan pendant cette période veut apporter sa touche à l’événement. En effet, le 14 Juillet 2010, le président français, Nicolas SARKOZY, a invité ses pairs africains à la commémoration de la fête de l’indépendance française.
L’occasion fut donnée aux armées africaines de défiler aux cotés de leurs frères d’armes français. La fête anniversaire de la France ressemblait à la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance des pays africains sur les Champs-Elysées à Paris, loin du continent. A ce sujet, depuis l’annonce de cette invitation faite aux chefs d’Etat africains, beaucoup de débats ont été menés sur l’opportunité de la participation des africains à cet anniversaire en France.
Maintenant que la fête à Paris est terminée, nous nous demandons si l’Afrique va se limiter à cette célébration dans l’Hexagone. Les Africains ne peuvent-ils pas envisager une commémoration unitaire de notre cinquantenaire sur le sol africain ? Nous disons tout de suite que rien ne peut bloquer une telle éventualité. Mais pourquoi nous tenons à cet anniversaire unitaire en Afrique ? Pourquoi le choix de Brazzaville ou de Conakry ?
1) POURQUOI UN ANNIVERSAIRE UNITAIRE EN AFRIQUE ? Aujourd’hui, nombreux sont les Africains qui n’ont pas compris les raisons pour lesquelles nos chefs africains ont accepté l’invitation du président SARKOZY. Pour les uns, c’est le chef qui a convoqué ses sujets.
Pour les autres, la France vient de démontrer qu’elle maîtrise toujours son precarré des Jacques FOCCART et autres Bob DENARD. Pour dire que sous SARKOZY encore, la France ne veut pas lâcher sa chose. Mieux, elle cherche ses "Intérêts parce qu’elle n’a pas d’amis ".
A Paris, Nicolas SARKOZY a occulté des sujets qui intéressent le continent africain même s’il a apporté une esquisse de solution aux problèmes des pensions des anciens combattants. Les problèmes en suspens sont : reconnaissance des crimes et torts commis pendant la colonisation et les modalités de dédommagements.
Aussi, les Africains demandent plus de précision sur le règlement du problème des pensions à savoir : le sort réservé aux anciens combattants qui ne sont plus de ce monde. Sur ce chapitre, nous proposons que le Gouvernement Français indemnise les pays ou les villages par la construction d’infrastructures communautaires : les écoles, dispensaires forages etc.
Au Burkina, ces dédommagements intéressent tous les villages car il est difficile de trouver dans notre pays un village qui n’a eu d’anciens combattants. La commémoration à Brazzaville ou à Conakry permettra aux chefs d’Etats de se dédouaner vis-à-vis de leurs peuples qui ne sont pas contents du déplacement de Paris. Nous espérons que le président français ne trouvera pas d’excuses pour esquiver ce voyage en terre africaine.
Ce sera l’occasion pour lui de retourner l’ascenseur à ses invités du 14 juillet 2010. Dans son discours, le porte-parole des chefs d’Etats devrait évoquer :
La résistance à la conquête pour dire que les peuples d’Afrique n’ont jamais accepté la domination française ;
L’exploitation des colonies qui a permis le décollage économique de la France ;
La lutte anti-coloniale qui a contraint la France à quitter le continent sur la pointe des pieds ;
L’exploitation des colonies a permis à la France de rentrer dans l’histoire ;
L’engagement de la France sans délais à payer sa dette qu’elle-même a reconnue à l’Elysée le 14 Juillet 2010.
A Brazzaville ou à Conakry, le président Abdou DIOUF, Secrétaire Général de la francophonie pourrait mettre à profit son séjour pour réconcilier les deux géants de la cour francophonie qui se livrent actuellement à une guerre à distance, à savoir Nicolas SARKOZY et Laurent GBAGBO.
Le second qui accuse le premier d’avoir voulu, le renverser en 2002 pendant la rébellion de Guillaume SORO. Après la réconciliation des ennemis d’hier, le président SARKOZY pourrait faire un tour au Burkina Faso pour remercier Blaise COMPAORE pour avoir par ses médiations éteint les volcans togolais, ivoirien et guinéen.
Le président SARKOZY pourrait terminer son voyage en Afrique par la Côte d’Ivoire, afin de rassurer les Français et les Ivoiriens, que la guerre entre les deux chefs est terminée et que l’heure de la coopération au profit des peuples a sonné. Pourquoi nous proposons Brazzaville ou Conakry pour accueillir le président français pendant cette commémoration unitaire du cinquantenaire en Afrique ?
2) Brazzaville ou Conakry ?
-Pourquoi Brazzaville ? Brazzaville est actuellement la capitale du Congo dont le président est Denis SASSOU N’GESSO. C’est l’explorateur franco-italien, Pierre SAVORGNAN DE BRAZZA (1852-1905) qui avait eu pour mission de conquérir le bassin de Congo. Brazzaville se trouve donc à l’emplacement du poste de NTAMO établi par BRAZZA en 1880.
La ville prit plus tard le nom de l’explorateur et devint capitale de l’AFRIQUE EQUATORIALE FRANCAISE (AEF) en 1910. En décembre 1943, en pleine deuxième guerre mondiale, M. René PLEVEN, Commissaire aux colonies annonce à Madagascar une politique nouvelle dans les colonies. C’est BRAZZAVILLE qui est choisie pour abriter la conférence. La conférence de BRAZZAVILLE se déroula du 30 janvier au 08 février 1944 sous la présidence de René PLEVEN. Elle fut ouverte par le général DE GAULLE.
Dans son discours d’ouverture le 30 janvier 1944, le Général DE GAULLE affirmait : "on veut que le pouvoir politique de la France s’exerce avec précision et rigueur sur les terres de son empire. On veut aussi que les colonies jouissent d’une grande liberté administrative et économique. On veut également que les peuples éprouvent par eux-mêmes cette liberté et que leur responsabilité soit peu à peu formée et élevée afin qu’ils se trouvent associés à la gestion de la chose publique de leur pays ".
La conférence de BRAZZAVILLE esquisse les grandes lignes d’une nouvelle politique devant tenir compte de nombreuses revendications nationales des populations africaines qui sentent le vent de la liberté. La conférence a pris d’importantes décisions. On peut citer entre autres :
La représentation des colonies au parlement français ;
L’abolition du travail forcé.
La conférence de Brazzaville c’est vrai, n’a jamais abordé l’Indépendance politique des pays sous dépendance de la France. Mais, on peut dire qu’elle est le point de départ des indépendances et mérite son nom de ville symbole de la naissance de liberté qui intervient entre 1958 et 1960.
-Pourquoi Conakry capitale de la Guinée ? C’est la Guinée qui va dire "NON" au référendum du Général DE GAULLE qui appelait de toutes ses forces à adhérer à sa "Communauté" pour une indépendance progressive de l’Afrique dans le cadre français. Sékou TOURE pensait que l’occasion était belle de prendre l’indépendance tout de suite. Au cours de la tournée du Général DE GAULLE au mois d’avril 1958 pour appeler à voter "Oui" à son référendum, le succès est triomphal à Tananarive, Brazzaville, Abidjan.
En Guinée, Sékou TOURE et son parti, le Parti Démocratique de Guinée (PDG) disent "Non" à l’homme du 18 juin 1940. Sékou TOURE dans son discours a opté "Pour le mot d’ordre d’indépendance immédiate" et jette à la face du Général DE GAULLE cette phrase historique "Nous préférons la pauvreté dans la liberté, à la richesse dans l’esclavage ". Le 28 septembre 1958, la Guinée dit "Non" à la communauté et accède à l’indépendance le 12 octobre 1958 "A ces risques et périls ".
Ainsi la Guinée a été le premier pays francophone d’Afrique à recouvrer sa liberté, son Indépendance après plusieurs décennies de domination française. Voici les raisons pour les quelles nous disons que Conakry peut accueillir cette commémoration unitaire en terre Africaine.
La situation politique actuelle dans ce pays ne devrait déranger ce projet. Au contraire, cette commémoration pourrait faire renaître l’espoir en Guinée qui accueillerait toute l’Afrique francophone ; ce qui pourrait être aussi un soutien à ce pays qui vient de loin.
Au terme de notre réflexion, nous invitons une fois de plus les pays africains à une commémoration unitaire de notre accession à la souveraineté internationale en Afrique dans un pays symbole comme le Congo-Brazzaville ou la Guinée-Conakry.
Cette commémoration pourrait faire le bilan du chemin parcouru de 1958 à nos jours et projeter un avenir sans guerres ethniques ou tribales où disparaîtront corruption et détournement de fonds publics. Tout cela dans une démocratie où chacun se reconnaît dans une élection bien préparée et bien organisée. Le continent africain n’est pas maudit, mais le poids de son Histoire passée et récente paralyse en partie son décollage politique, économique et social.
BIBLIOGRAPHIE
Robert et Marianne Cornevin : Histoire de l’Afrique des origines à nos jours. Payot Paris 1964
Joseph Ki Zerbo : Histoire de l’Afrique Noire Edition Hatier
Dictionnaire Universel Hachette / Edicef 1995 deuxième Edition
Histoire le Monde Contemporaine du 19e siècle à nos jours classe de 3 e Edicef 1973 Emissioh- LES GRANDS MOMENTS DU TIERS MONDE DE RADIO FRANCE INTERNATIONALE (RFI) : Le "NON" de la Guinée diffusée sur Radio Burkina le 23 septembre 1986.
COULIBALY ADAMA
PROFESSEUR D’HISTOIRE - GEOGRAPHIE
AU LYCEE DEPARTEMANTAL DE TOUSSIANA
BP 452. TOUSSIANA - REGION DES HAUTS-BASSINS.
TEL : 70 46 51 17
Email : cool_addams@yahoo.fr